L'ABBÉ J.- GUILLAUME ROQUE, P. S. S
M. Roque naquit le 25 janvier 1761, à Beaumont, dans le diocëse de Rodez, dépai'tement de l'Aveyron. Apres avoir terminé ses études tliéologiques au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, il fut envoyé au séminaire d'Angers, dont il devint bientôt le directeur. La Révolution le trouva occupé dans ces modestes fonctions. Mis en demeure de prêter le serment schismatique, il s'y refusa sans hésiter, préférant plutôt la prison ou la mort. On l'incarcéra et puis on le condamna à la déportation. M. Roque fat assez heureux pour se sauver en Espagne, où il fut accueilli par l'évêque d'Orense. Ce prélat lui accorda toute sa confiance, et ce fut avec regret qu'il le vit partir pour le Canada en 1796. C'était encore un prêtre relativement jeune ; il avait été ordonné le 24 septembre 1785.
De 1796 à 1806 M. Roque remplit la charge de directeur de la communauté de l'Hôtel-Dieu de Montréal.
En 1806, il prit la direction du collège, qu'il conserva jusqu'en 18^8. Ce fat l'époque la plus laborieuse de sa vie. Pendant vingt-deux ans il sut gagner l'affection de ses élèves par son dévouement à leur éducation, et par l'intérêt qu'il portait aux menus détails de leur vie journalière. Du reste, il les
aimait comme ses enfants et les traitait de même. Toujours cliaritable à leur endroit, il arrivait facilement à leur cœur pour mieux former leur esprit et ennoblir leur caractère. Former des hommes instruits, moraux, bien disciplinés, telle était sa suprême ambition, et il réussit dans une large mesure.
Ecoutons ce qu'en dit le Dr Meilleur, qui l'avait bien connu :
" M. Roque était considéré non seulement comme un homme très érudit, mais encore comme un saint. C'est surtout dans ses instructions religieuses, données sous forme de grand catéchisme aux élèves avancés, qu'on avait occasion d'admirer le plus son profond savoir, la vivacité de sa foi et son parfait dévouement aux intérêts de la religion. Il expliquait les saintes écritures et la doctrine de l'Eglise catholique avec la plus grande netteté et justesse, et sa facilité d'expression n'était surpassée que par son humilité. Ces conférences et ces instructions, où la diction, l'élocution et le style étaient impressifs et remarquables, bien que familières et simples dans leur forme, étaient de véritables cours de théologie où le sublime et le caractère particulier des vertus chrétiennes se confondaient dans la simple proposition d'une commune pratique. Le dogme et la morale étaient clairement développés et mis à portée de tout le monde. L'auditoire en était toujours très édifié et fort impressionné. Les explications qu'il en donnait étaient toujours solides et inattaquables comme la base sur laquelle ils reposent, et jamais elles ne laissaient dans l'esprit
de l'auditeur le plus léger doute ou la moindre hésitation."
M. Eoque était un prêtre rempli de l'esprit de son état ; il était à la fois prudent, zélé et dévoué. Pendant trente-quatre ans il agit comme grand- vicaire des évêques Plessis, Lartigue et Bourget ; et jamais aucune plainte ne fut portée contre ses décisions. Les évêques, le clergé et tout le peuple étaient unanimes dans leur - confiance et dans leur respect. Aussi, ce fut une grande fête à Montréal lorsqu'on y célébra le cinquantième anniversaire de son sacerdoce, qui tombait le 24 septembre 1835. Le vénérable vieillard était alors âgé de 74 ans. Cinq cents de ses élèves lui firent escorte, musique du 32e régiment en tête, et le conduisirent à l'église de ISTotre- Dame, où il y eut une messe solennelle, chant du Te Deum et sermon de circonstance prononcé par M. l'abbé Joseph Aubry, prêtre du séminaire de Québec. Mgr Lartigue assistait à cette fête de la religion, et Sa Grandeur reçut le renouvellement des vœux de prêtrise de M. Roque. Cette démonstration inoubliable laissa dans Montréal un heureux souvenir, et de l'aveu de tous, on n'avait jamais été témoin d'un semblable concours de prêtres et de laïques pour commémorer un anniversaire sacerdotal.
Après que l'âge et les infirmités eurent forcé M. Roque à quitter, au printemps de 1827,1a direction du collège, il s'occupa durant plusieurs années de diriger les sœurs de la Congrégation. En même temps il se livra au ministère paroissial avec les plus heureux fruits. La messe, le bréviaire, la confession,
la visite au Saint-Sacrement, absorbaient la majeure partie de son temps.
M. Eoque mourut le 3 mat 1840, à l'âge de 79 ans. Les élèves décidèrent de porter son deuil pendant un mois. Cette mortalité jeta un voile lugubre sur toute la ville de Montréal, Pendant plus de quarante ans, elle avait été témoin de la vie sainte de cet apôtre de Dieu. Le séminaire de Saint- Sulpice perdait en lui l'un de ses prêtres les plus distingués, et la science un de ses plus illustres représentants.