L'ABBE RENE-PIERRE JOYER
M. Joyer était originaire de Tours, en Angoumois, et il appartenait à une ancienne famille de cette province de France. Invité à se rendre au Canada par le grand-vicaire Desclieneaux, curé de Lorette, qui s'était chargé de payer ses frais de route, M. Joyer arriva à Québec, le 24 octobre 1796, et aussitôt il alla se réfugier au presbytère de Lorette. Deux ans plus tard, il est nommé curé de Caraquet, où il demeure jusqu'en 1806. Il passe ensuite à la cure de Saint-Sulpice (1806-1815), puis de Sorel (1815-16), de Saint-André de Kamouraska (1816- 17), et de la Pointe-du-Lac (1817-29). Enfin en 1829, il va résider aux Trois-Rivières, en qualité de chapelain des TJrsulines. !N"ou8 le retrouvons en 1833, retiré chez le curé de la Pointe-du-Lac ; il y demeure quatre ans. Pois il retourne aux Trois- Eiviëres, où, il vécut jusqu'à la période ultime de sa vie. Toutefois il est mort à l'hospice Saint-Joseph, à Montréal, le 15 février 1847, dans la quatre-vingttroisième année de son âge, et la soixantième de son ordination. Il fut inhumé dans l'église paroissiale de Kotre-Dame.
C'est assez peu souvent que l'on voit un prêtre aussi nomade. Que de mouvement ! Pourtant M. Joyer n'était pas inconstant, comme on le pourrait croire. Ces courses d'un clocher à l'autre, depuis Sorel jus-
qu'à Caraquet, étaient nécessitées par le besoin que ce prêtre éprouvait de changer de climat plutôt que de cure. Cependant il dut quitter Sorel, parce qu'il n'était pas assez au courant de la langue anglaise. M. Joyer avait des habitudes bien modestes. Simple en toute sa personne, il vécut toujours dans l'austérité et dans l'humilité. Wajant que de bas sentiments de lui-même, il abhorrait l'ostentation, la vanité et l'orgueil. Son jugement était sain, ses conseils reflétaient toujours la prudence. On avait souvent recours à ses lumières, parce qu'on le savait instruit, et toujours prêt à étudier une question afin de pouvoir porter un meilleur jugement. Des quarante-cinq prêtres français réfugiés au Canada, il resta l'un des derniers sur la brèche. Tous les autres avaient disparu tour à tour, lui, demeurant toujours debout, malgré ses nombreuses infirmités.