‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 43 sur 81 · L'ABBE CHARLES-VINCENT FOURNIER · texte numérisé non relu

L'ABBE CHARLES-VINCENT FOURNIER

Ce bon prêtre naquit à Orléans, le 24 janvier 1772, du mariage de Laurent Fournier et de Marie-Anne Péguy. Ses études terminées, il endossa l'habit ecclésiastique et étudia la théologie chez les Sulpiciens de sa ville natale. C'est dans ce séminaire qu'il se lia de la plus étroite amitié avec un jeune lévite, M. Jean Raimbault, qui était à peu près de son âge. Apres avoir dépouillé la soutane dans le but de se soustraire aux fureurs des révolutionnaires, il dut se soumettre aux lois de la conscription. La Providence permit qu'il se trouvât à côté de son ami de cœur. Tous deux embrassèrent un état pour lequel ils ne ressentaient aucune vocation. !N"ous avons vu, lorsqu'il a été question de M. Raimbault, qu'ils désertèrent leur régiment, et que réfugiés à Anvers, l'un en partit pour Londres et l'autre, M. Fournier, alla résider en Allemagne. Mais bientôt il courut à Londres, où il espérait rencontrer plus de protection. En effet, dès son arrivée, il reçut l'offre d'une famille riche de devenir le précepteur des enfants. M. Fournier refusa cette position, quelque avantageuse qu'elle fût, afin de mettre à exécution son projet de retourner en France à la première occasion. Ce jour si désiré retardant toujours, il demanda d'être envoyé au Canada, Là il pourrait terminer ses

études théologiques, et devenir un prêtre du Seigneur.

M. Fournier arriva à Québec le 24 octobre 1796. Il n'était que minoré. Le séminaire de Montréal lui ouvrit ses portes. L'année suivante, le 23 août, il fut élevé au sacerdoce. Le séminariste avait retrouvé à Montréal plusieurs de ses anciens professeurs et directeurs d'Orléans, entre autres M. Chicoineau, qui avait été préfet des études de son temps. M. Fournier conserva durant toute sa carrière un profond attacbement à ces vénérables Sulpiciens ; ils l'avaient protégé dès sa plus tendre jeunesse, et jamais il ne leur ménagea les marques de sa reconnaissance et de son estime.

Au lendemain de son ordination, M. Fournier fut nommé vicaire à Vaudreuil, et l'année suivante à Chambly. En 1800 on le trouve curé à la Longue- Pointe, paroisse qu'il administra pendant dix ans. Enfin en 1810, il fut appelé à remplacer à la cure de la Baie du Febvre, M. l'abbé Olivier Asselin, qui venait de s'éteindre frappé de paralysie.

La belle paroisse de la Baie du Febvre fut le dernier théâtre où l'ami de M. Raimbault, alors curé de Mcolet, devait déployer son activité, son zële brûlant et les re6sourc,es de sa belle intelligence. L'œuvre par excellence de sa vie, à part celle de son ministëre auquel il se dévoua tout entier, fut de travailler à l'éducation de la jeunesse. C'est ainsi qu'il se chargea de l'avenir de plusieurs enfants de sa paroisse dont il payait la pension au collège de Kicolet. Le grand vicaire Louis Proulx, ancien curé de Sainte-Marie de Beauce, fut un de ses plus illustres

protégés. Et combien d'autres lui furent redevavables d'une belle position dans la société? Il se chargea aussi du sort de plusieurs orphelins qu'il mettait en apprentissage ou qu'il plaçait dans des familles respectables. Sous ce rapport sa charité ne. connaissait pas de limites ; ce qu'il retirait en revenus de sa paroisse, il le plaçait en bonnes œuvres. C'était sa manière à lui de thésauriser, et certes, ce procédé aux yeux du grand Dispensateur des biens terrestres, est bien le plus sage et le plus conforme aux préceptes évangéliques.

' Comme curé, M. Fouruier ne négligeait aucune occasion de pousser ses paroissiens dans la voie droite, la seule qui mené à Dieu. C'est lui qui, en 1833, obtint l'érection canonique de la Baie du Febvre. Il fit réparer et agrandir son église, et acheta plusieurs tableaux qui en font encore un des plus riches ornements. Il fut aussi l'un des bienfaiteurs de la mission de Drummondville ; elle reçut souvent sa visite, alors qu'elle ne faisait que débuter.

Lorsque Mgr Plessis passa en Europe en 1819, le curé de la Baie lui avait manifesté son désir de faire le voyage. C'eût été une grande consolation pour lui que de revoir son pays natal, cette ville d'Orléans si chëre à son cœur. Mais ce plaisir lui fut refusé. Quelque temps auparavant, il avait vécu à côté de ce personnage mystérieux dont nous avons déjà parlé, le duc de Vicence. Connut-il le secret de cet homme ? L'affirmative nous paraît assez probable. Les rapports d'intimité qui ne manquèrent pas d'exister entre ces deux Français, avaient sans doute réveillé cheîs le prêtre cet amour de la patrie absente, dont il mani-

festa un dernier symptôme à Mgr Plessis, peu de temps après le départ du duc.

Deux ans avant de mourir, M. Fou rnier abandonna sa cure à M. l'abbé Michel Carrier. Retiré dans une petite maison à proximité de l'église, il y vécut dans . ■la paix la plus profonde, attendant d'un œil imperturbable le coup fatal, que ses infirmités, jointes à son âge assez avancé,rendaient de plus en plus menaçant.

M. Fournier mourut le 26 mai 1839. Ses obsèques furent honorées par la présence d'un grand nombre de prêtres, dont le plus remarquable, M. Raimbault, était encore curé de N'icolet. L'union n'avait jamais cessé d'exister entre ces deux prêtres. Compagnons d'études, frères d'armes, soldats du Christ, chefs de paroisse, tous deux avaient pn vivre sans presque jamais se séparer ; tous deux devaient, à un intervalle assez rapproché, recueillir la récompense glorieuse due à leurs pénibles labeurs. Ce fut M. Raimbault qui rendit les derniers devoirs à son ami, en bénissant sa fosse. Il lui consacra en outre dans les journaux une nécrologie où l'on retrace aisément la plume du supérieur de Nicolet.

Par son testament, M. Fournier léguait à la fabrique de la Baie du Febvre, sa petite maison, et au séminaire de Nicolet, une somme d'environ $2,500. C'était toute sa fortune.

L'ABBE PIERRE-BERNAUD DE BORNIOL

L'abbé de Borniol avait été ordonné" le 2 mars 1765, à iN'evers ; il devait être plus tard chanoitie de la cathédrale. H avait passé quel(jue temps en Angleterre avant de s'acheminer vers le Canada. Afin de se rendre plus utile, l'abbé avait essayé de se familiariser avec la langue anglaise. A force de travail, il put parvenir à la parler assez correctement, mais hélas 1 son accent laissa toujours à désirer, quelque bonne volonté apportât-il à vouloir acquérir la vraie prononciation.

A son arrivée à Québec, le 5 juin 1798, (1) l'évêque l'envoya à Saint-Laurent, en l'île d'Orléans, remplacer M. Boissonnault. " Je sais, disait M. de Borniol, que je ne mérite pas à ce point l'estime et la protection de mon supérieur, mais je ferai tout en mon pouvoir pour m'en rendre digne. C'est Dieu qui m'a conduit ici, et je veux lui être plus que jamais attaché."

M. de Borniol passa les vingt dernières années de sa vie à Saint-Laurent ; ce furent autant d'années dépensées au service de Dieu et du prochain. Comme il l'aimait, ce prochain, qu'il fût prêtre ou laïc, qu'il fût digne ou indigne de la charité, peu lui importait.

(I) M. Bois dit 1806, mais il se trompe.

Rendre service à tout le monde, ce fut le mobile de sa vie de curé. S'il savait qu'un confrère pouvait avoir besoin de son concours, si ce concours même était requis, il volait cbez lui, bravant le froid ou la chaleur, les tempêtes, les intempéries de toute nature. Et ce concours était toujours bienveillant autant qu'empressé. Fortement constitué, il faisait à pied des visites aux malades, à des distances assez considérables. Comme un bon përe de famille qui va visiter ses enfants aussi souvent qu'il le peut, M. de Borniol se complaisait à aller frapper d'une porte à l'autre, afin de se renseigner sur les besoins des familles ; il s'intéressait à chaque personne de la maison, et surtout aux enfants, pour lesquels il eut toujours une affection particulière. On eût été bien empêché de contrecarrer son goût pour les visites à domicile. D'après lui, c'était un moyen de faire du bien, et il en fit beaucoup de cette façon.

Les paroissiens de Saint-Laurent gardèrent un bien précieux souvenir de ce prêtre exilé, qui leur avait dit un dernier adieu, le 24 avril 1818, pour entrer dans la seule véritable patrie. Comment auraient-ils pu oublier un curé aussi compatissant, toujours prêt à sécher leurs larmes et à leur épargner la moindre contrariété ? Souvent il leur avait dit que les maux qu'il avait endurés, au début de sa carrière sacerdotale, lui avaient appris à compatir aux misères des autres, et que l'école du malheur est encore la meilleure, parce qu'elle apprend à l'homme à placer sa confiance en Dieu et en lui seul.

Le collège de Sainte- Anne possède un beau souvenir dû à la munificence de M. de Borniol : c'est

un petit navire en ivoire d'une extrême délicatesse de travail, fabriqué par un Français réfugié à Londres pendant la révolution. On a prétendu que c'était l'œuvre d'un .prêtre, qui donnait des leçons durant le jour, et consacrait ses soirées à des travaux manuels de cette nature. M. de Borniol l'avait reçu en cadeau d'un capitaine de vaisseau anglais, en reconnaissance de l'hospitalité du curé de Saint- Laurent, puis il l'avait ofîert à Mgr Plessis, lequel le donna à M. Painehaud, fondateur du collège.

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