LE PEÉSIDENT RUSSELL AU DOC DE PORTLAND
Haut-Canada, York, 21 novembre 1798.
Hilord Duc, —
J'ai l'honneur d'informer Votre Grâce que le comte de Puisaye est arrivé ici, le 18 du présent mois, et qu'il m'a remis les lettres de Votre Grâce, et de M. King, mentionnées en marge, et auxquelles je ne manquerai pas de me conformer.
(1) Archives, série Q, vol. !j85, p. 465. Ce document n'est pas daté, mais il parait avoir été transmis en juillet 1798.
M. Windham m'a fait un tel éloge des principes, de l'inté- . grité et de l'honneur de M. de Fuisaye, que je suis porté à mettre en lui un degré de confiance que j'aurais hésité, dans ce moment de crise, à reposer dans tout autre Français qui n'aurait pas été aussi bien recommandé. En conséquence, et avec le consentement de M. de Puisaye, j'ai choisi, pour y établir cette colonie d'émigrants français, l'étendue do terre inhabitée et située entre cette ville et le lac Simcoe, à une égale distance des établissements français dans le Bas Canada et sur la rivière Détroit, car, vu sa proximité du siège du gouvernement, il sera facile non seulement de leur porter secours en cas de besoin, mais aussi de surveiller tous leurs mouvements, qui seront ainsi sous le contrôle immédiat de l'administration. De plus, leur nombre contribuera à peupler cet espace inhabité par lequel les Indiens peuvent aujourd'hui s'avancer pour détruire cette ville, avant que leur approche puisse être signalée. Dans ce but j'ai ordonné à l'arpenteur général de diviser quatre cantons, au nord de Markham, Pickering et Whitby, et M. de Puisaye se propose d'accompagner le sous-arpenteur afin de pouvoir explorer ce pays.
Afin de les maintenir dans leur soumission, j'ai l'intention de créer, aussitôt que l'occasion sera favorable, un corps de milice composé de ces royalistes, que je placerai sous les ordres de M. de Puisaye, qui aura le droit de nommer les ofiiciers, et, le nommant membre de la commission de la paix, je lui donnerai la direction civile et militaire de la colonie. Ce gentilhomme paraît très flatté de la confiance que je repose en la sagesse et la fidélité de sa conduite, dans cette circonstance, et il me promet, en conséquence, de ne jamais admettre, dans l'établissement confié à ses soins, un Français dont les principes ne lui seront pas parfaitement connus.
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Grâce la copie d'une liste que M. de Puisaye m'a rémise, contenant les noms des personnes qui l'ont suivi dans cette province, ainsi que leurs titres respectifs ; et je prie Votre Grâce de permettre que ces personnes soient fournies de provisions prises dans les magasins de Sa Majesté. N'ayant pas reçu d'instructions à ce sujet, j'ignore si je puis leur accorder des rations, ainsi qu'il
a été fait à l'égard des émigrants qui, avant ce jour, sont venus s'établir ici, sur l'ordre de l'administration, ce que, d'après M. de Puisaye, on lui a donné lieu d'espéter. Je vous prie aussi, Milord, de me dire, avant que les lettres patentes pour la concession des terres aux personnes composant ce nouvel établissement, soient émises, si les concessionnaires doivent respectivement payer la moitié de la redevance (trois deniers par acre) ainsi que les nouveaux règlements l'exigent, ou s'il reçoivent leurs terres gratuitement ; et, si la moitié de la rédevance imposée aux officiers, (deux louis quinze schellings et six deniers par mille acres concédés) doit être payée par mandat sut le receveur général, comme autrefois.
L'arpenteur général n'a pas encore terminé son rapport sur le nombre des terres incultes dont on pourra disposer après que les engagements du gouvernement auront été remplis, et je dois en conséquence remettre à plus tard l'envoi à Votre Grâce de notre opinion conjointe sur le nombre d'émigrants français qui pourront obtenir des terres dans cette province, et sur les sites les plus convenables à leur établissement, mais je m'empresserai de transmettre le rapport avec toute la diligence possible. ,'
Maintenant il ne me reste plus qu'à prier Votre Grâce de .vouloir bien croire que j'exécuterai toujours avec plaisir les ordres de Votre Grâce, et que je ferai tout en mon pouvoir pour faire réussir les vues des ministres de Sa Majesté.
J'ai l'honneur d'être, ^ avec le plus profond respect,
Milord, De Votre Grâce, le très obéissant
et très humble serviteur,
PETER EUSSELL. (1) Sa Grâce le duo de Portland, Etc., etc., etc.
(1) Archives, série Q, vol. 286-1, p. 39.
Pièce XN, page 148.