LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL HUNTER AU DUC DE PORTLAND
Milord,
(Uxtrait.)
Québec, 11 octobre 1799.
J'ai quitté Québec le 29 juillet, le jour du départ du général Prescott pour l'Angleterre, et je" suis arrivé le 16 d'août à York, où j'ai pris en main l'administration du gouvernement du Haut-Canada. (1)
Au sujet des conditions auxquelles on doit accorder des terres au comte de Puisaye et aux émigrants français qui l'accompagnent au Canada, je suivrai strictement les instructions de Votre Grâce de les considérer comme des émigrants américains et de leur accorder leurs concessions aux mêmes conditions. Je suis encore à déterminer quelle quantité sera accordée à chaque personne, car, dans la liste transmise par Votre Grâce à M. Russell, je ne vois, à la suite de leurs noms, ni titres ni professions, mais dans une liste, dont je vous envoie une copie, et qui a été remise parle comte de Puisaye, ce dernier prend le titre de lieutenant-général et donne des titres à douze autres. Je demande en conséquence les instructions de Votre Grâce à ce sujet.
Je me permettrai de vous dire que, dans une conversation au sujet des terres à être accordées à Monsieur le comte de Puisaye et aux autres émiigrants français, que j'ai eue avec M. le juge en chef Osgoode, ce dernier a semblé douter qu'on pût leur donner un titre valable de ces terres tant que leur inhabilité comme aubains subsisterait.
Le comte de Puisaye ne demeure pas avec les autres émigrants français sur les terres qui leur ont été concédées, mais il a acheté une ferme, près de Niagara, sur laquelle il réside, avec sa femme de charge, le comte de Chalus, John Thompson et Marchand, leurs domestiques.
(1) Archives, série Q., vol. 386-2, p. 383*
On a éprouvé, en Haut-Canada, quelques craintes relativement à l'intimité qui existe entre le capitaine Brant et le comte de Fuisaye, m&is ces craintes me paraissent mal fondées, et je ne vois pas quel mal pourrait résulter de cette circonstance.
Ayant eu un malentendu avec le comte de Puisaye, ou trouvant que l'entreprise ne réalise pas ce qu'il en attendait, le Marquis de Beaupoil s'est décidé à i-etourner en Angleterre, avec M. Saint- Victor. Vers la lin de juillet, et munis de passeports que M. Russell leur a accordés, ils sont arrivés dans le Sas-Canada, avec cette intention. Je me suis efforcé de leur procurer un passage à bord de la frégate La Prévoyante, mais je n'ai pas pu réussir, et, ne me croyant pas autorisé à faire des dépenses à cette fin, je crois qu'ils se proposent de pourvoir eux-mêmes à leurs frais de passage.
Pendant mon séjour à York, j'ai pris des renseignements sur la situation présente des émigrants' français, et, d'après l'état ci-inclus, par M. Angus McDonnell, leur ami et agent, à York, Votre Grâce verra que, sur le nombre total qui a été envoyé d'Angleterre, il n'y en a que vingt-cinq qui habitent le Haut-Canada, savoir : cinq qui résident à Niagara, et vingt qui sont sur leurs terres à Windham. Ces derniers ont défriché entre quarante et cinquante acres de terre, et, si j'ajoute foi à leur dire, ils sont complètement dénués de moyens pécuniaires. Pour cette raison, ils m'ont prié instamment d'ordonner qu'il leur soit distribué du blé et de l'orge dé semence, sans quoi il leur serait impossible d'ensemencer les terres qu'ils ont défrichées. J'ai accordé leur demande. Il y a aussi vingt et un artisans et journaliers canadiens qui sont employés par les immigrants français, et à qui M. Bussell a accordé des rations.
Votre Grâce peut être convaincue que des rations ne seront pas données aux émigrants français, à moins d'une nécessité absolue, et je ne perdrai pas de vue et je me guiderai d'après les rations qui ont été fournies aux émigrants américains, lors de leur première arrivée dans la province. J'ai l'honneur d'être, etc., etc., etc.,
P. HtJIfTER.
Pièce OO, pages 99 et 159.
N". B. Les deux documents suivants accompagnaient la lettre de Sir Robert Shore Milnesà Shee, en date du 18 maz 1806. La lettre de M. J. Beeeourt était adressée à S. R. Milnes, et celle de M. l'abbé de Colonne à M, le comte Joseph de Fuisaye, alors à Londres.
Felthum Hill, Midd. 25 avril 1806.
Monsieur,
C'est le cœur serré de douleur, mais plein de confiance en l'honneur du gouvernement et en votre humanité que je prends la liberté de vous adresser la lettre ci-jointe, et la pétition qui m'a été envoyée pour vous être présentée par mon respectable ami M. l'abbé de Galonné.
J'ai reçu plus de cent lettres et demandes pour vous être soumises, et quelque justes que soient quelques-unes d'entre elles, je n'ai pas présumé de vous importuner, mais celle-ci étant d'une nature et d'une personne qui ont des droits à l'intérêt de tout ce qui est juste et généreux, j'aurais cru vous offenser en-Ja supprimant, et cela d'autant plus que votre décision prouvera sans doute aux Canadiens que le gouvernement est loin de partager les préjugés qui dirigent quelquefois les meilleures intentions de ceux dont ils croient avoir à se plaindre.
Je suis etc,
J. Beeoourt.