‹ Les échanges internationaux littéraires et scientifiques;1832-1880Chapitre 9 sur 10 · EXPÉDITIONS ET AFFRANCHISSEMENTS · texte numérisé non relu

EXPÉDITIONS ET AFFRANCHISSEMENTS

Ce titre reste à rédiger suivant la réponse que fera V Union postale à la demande de gratuité de transport qui lui a été adressée, au nom de la Commission, par M. le baron de Watteville. Il en est de même du protocole, dont les termes ne peuvent être déterminés que par les divers Gouvernements, après entente préalable.

Fait à Paris, le 29 janvier 1876.

Le règlement précédent fut soumis aux différentes puissances, dont les représentants au Congrès des Sciences Géographiques avaient signé la Convention du 12 août 1875. M. le Ministre de rintérieur de Belgique l'adopta, par arrêté du 9 septembre 1876, et dès lors la Commission Belge put entrer en communication avec la France.

Adhésion de la France aux Échanges Internationaux. — Développement de Tlnstitution. — État actuel. — De son

côté, la France avait constitué une Commission nationale des Echanges Internationaux, dont le programme renfermait les plus heureuses innovations. Cette Commission fut remplacée par un Service Français des Échanges Internationaux, fonction-

nant au Ministère de P Instruction publique, qui a pris Finitiative des affaires et se trouve maintenant chargé et responsable de toutes les opérations avec les pays étrangers. Ses attributions sont les suivantes :

a Le Service des Echanges Internationaux réunit pour les pays étrangers les cartes, documents littéraires, scientifiques, statistiques, législatifs, administratifs, etc., qui doivent leur être envoyés soit en dons, soit en échanges ;

a II recherche dans les archives, les dépôts et les bibliothèques françaises, et rassemble, pour les communiquer aux comités correspondants, ou du moins les indiquer et s^il est nécessaire en faire la copie, les documents tant anciens que nouveaux utiles à chacun d^eux : cartes, histoires, voyages, etc . ;

« Il fait connaître les documents publiés en France par des particuliers, les appareils et les instruments inventés, et s'efforce de les obtenir pour les comités correspondants au prix le plus réduit possible;

a En même temps le Service des Échanges Internationaux se tient prêt à répondre à toutes les questions qui lui sont adressées par ses correspondants sur les diverses branches de l'enseignement, sur les sciences, l'histoire, les beaux-arts, etc. ; et, lorsqu'il le juge nécessaire ou lorsqu'on lui en témoigne le désir, il soumet ces questions aux grands corps savants ou aux hommes spéciaux. D'autre part, il sert d'intermédiaire aux savants français qui ont besoin de renseignements de l'étranger. Il s'adresse aux bureaux correspondants pour obtenir ces renseignements.

« Le Service des Échanges Internationaux ne se met en rapport avec aucun pays sans avoir reçu l'investiture du gouvernement de ce pays. Il restreint pour chaque nation le cercle de ses travaux au gré des gouvernements qui lui en font la demande. »

Le Portugal, la Suisse et la Russie suivirent l'exemple de la Belgique et de la France, et instituèrent des bureaux, qui furent chargés des Échanges Internationaux.

Peu à peu la France, qui avait cherché à vulgariser le plus possible le but et l'utilité des Échanges, reçut les adhésions de plusieurs gouvernements étrangers. Ce n'est point ici le lieu d'indiquer tous les efforts qui ont été faits et toutes les péripéties qui les ont accompagnés. En somme, au 3i décembre 1879, date où nous écrivons les dernières pages de ce travail, la France

entretient des relations utiles d'échanges avec vingt et un États : la Belgique, la Suisse, la Russie, le Portugal, les Etats-Unis, l'Italie, la Chine, le Japon, les Pays-Bas, le Brésil, etc., etc.

Le Service Français des Echanges Internationaux est en relations, dans chacun de ces pays, avec un correspondant, qui a reçu Pinvestiture de son gouvernement. Ce correspondant est soit une commission, soit un corps savant, soit un haut fonctionnaire placé à la tête d'un grand établîssernent scientifique.

Les États qui ne figurent pas dans la liste précédente n'ont pas laissé que d'être engagés à prendre part aux échanges. Des propositions ont été faites au Danemark, à la Grèce, à la Hongrie, à la Norvège, etc. : rien jusqu'ici ne fait prévoir un seul refus. Les pourparlers continuent, et quelques lenteurs ne doivent pas donner lieu à des interprétations défavorables. Il ne s'agit pas, en effet, de constituer purement et simplement des bureaux d'Échanges Internationaux; il faut aussi leur donner de quoi vivre. D'où nécessité dé résoudre des 'questions administratives, d'attendre un budget, etc. Tout cela ne se fait pas en un jour. Observons néanmoins que chaque année sont arrivées en France des adhésions et que l'on a toujours Vu se multiplier les anneaux de la grande chaîne qui fera bientôt, nous l'espérons, le tour du monde. Les peuples se sentent tous liés par les grands intérêts de la science^ intérêts qui ne diminuent jamais.

Nous avons dit que jusqu'en mars 1879, le Service Français des Échanges Internationaux* n'avait eu à sa disposition ni budget, ni personnel, ni local. Malgré ces conditions essentiellement défavorables, le mouvement des volumes échangés s'est chiffré pour la France, par les nombres suivants :

En 1878 :

Volumes envoyés à l'étranger 5.700

Volumes reçus de l'étranger 7 -440

Total . . . 13.140

En 1879 : •

Volumes envoyés à l'étranger 10! 196

Volumes reçus de l'étranger 17.712

•Total . . . 27.908

A partir du mois de mars de cette année, un personnel spécial a été affecté aux Échanges; les transmissions ont été plus rapides, et on a pu accepter les charges et le travail causés par le développement incessant des Échanges Internationaux. Frappé des résultats obtenus en 1878, le Gouvernement Français a ouvert, pour les Échanges, un crédit de cinq mille francs au budget de 1 880. Nous pensons qu'il n'en restera pas là, et que les chiffres des opérations pendant l'année 1879, dépassant de beaucoup toutes les espérances, l'engageront à faire, non pas un plus grand sacrifice, mais une plus large concession. Sera-t-il possible, étant donnés les progrès de l'institution, de faire face, avec cette somme aux exigences fondamentales du service? Il faudra acheter les ouvrages sollicités par l'étranger en retour de ceux qu'il envoie, venir en aide aux établissements et aux sociétés ne possédant pas des éléments d'échange suffisants, payer les copies effectuées dans nos archives et nos bibliothèques, acquitter les frais de transport, de reliure et d'administration. Avec de telles ressources, on peut craindre que la destinée des Échanges ne dépende encore de la bonne volonté de quelques bureaux et de quelques administrations : or, toute bonne volonté est sujette à prendre fin, soit de gré, soit de force. N'oublions pas que les Chambres Belges ont voté l'année dernière six mille francs pour les échanges, et que les États-Unis consacrent, entre autres choses, cinquante exemplaires de tous leurs documents officiels et administratifs pour les expédier aux divers gouvernements. En 1 846, les Chambres Françaises accordaient aux Échanges 3ooo francs sur le budget de l'Instruction publique, 3ooo francs sur le budget de l'Agriculture et du Commerce, et 5ooo francs sur le budget de la Justice. Le Ministre de la Guerre avait de son côté trouvé moyen de leur attribuer une allocation de 2000 francs. Nous avons malheureusement fait un pas en arrière ; mais nous sommes en voie de le regagner.

Le Gouvernement Français sera certainement heureux de saisir une nouvelle occasion d'avancer dans la voie du progrès. Donner aux Échanges le moyen de s'étendre, c'est favoriser, par la diffusion de nos travaux littéraires et scientifiques, le'maintien et le développement de l'influence française chez tous les peuples. La France est un des promoteurs de l'œuvre ; elle doit, par ses puissantes ressources, occuper la tête du mouvement. Il y a là, sachons-le, autre chose qu'une question d'amour-propre bien entendu .

Pour rendre tous les services qu'on est en droit d'attendre d'eux» les Echanges ne doivent pas se borner à une simple transmission de livres, mais comprendre encore d'autres opérations. Ce sont : les recherches d^ns les archives et les bibliothèques, et les copies de documents demandées par les correspondants étrangers. N'y a-t-il pas aussi avantage à échanger des collections archéologiques et ethnographiques, des monnaies et médailles, des échantillons de géologie, de botanique, etc., et n'estce pas permettre ainsi aux pays qui ne publient pas beaucoup d'acquérir des documents ou des objets qui leur sont précieux? Ces pays-là sont précisément ceux quijnous sont le moins connus, et qu'il nous importe de connaître mieux. Nos musées scientifiques n'ont qu'à gagner aux opérations de ce genre qui leur feront recueillir des spécimens nouveaux et ce sera également un moyen de tirer parti, en les échangeant, de leurs doubles qui sont pour eux des non-valeurs.

On pourrait déjà signaler des propositions rentrant dans cet ordre d'idées. Nous ne mentionnons ici que pour mémoire les nombreux services déjà rendus par les Échanges à nos bibliothèques publiques et à nos sociétés savantes, qui n'auraient pu jusqu'à ce jour ni compléter ni obtenir d'importantes collections qui leur étaient indispensableis. Les bureaux étrangers, sur la demande du bureau français, ont comblé la plupart de ces lacunes.

Aussitôt qu'ils ont connu l'existence du Service Français des Echanges Internationaux, la plupart de nos grands établissements scientifiques, de nos bibliothèques et de nos sociétés savantes se sont empressés de- solliciter son secour^pour la transmission de leurs documents. Le Service des Échanges Internationaux s'est chargé d'expédier sans aucun frais tous leurs envois, et de leur faire parvenir gratuitement tous les documents qu'il recevrait pour eux de l'étranger. C'est un heureux dégrèvement pour beaucoup de minces budgets, dégrèvement qui se traduit pour les intéressés, soit par un développement de publications, soit par des échanges plus nombreux qui sont autant de sources d'acquisitions. Les frais d'envoi à l'intérieur sont nuls, car le Ministre de l'Instruction publique possède la franchise postale av'ec les établissements publics ressortissant à son administration et réciproquement. Quant aux dépenses sur les territoires étrangers, il y a compensation pour chaque pays, puisque les règle-

ments des Echanges Internationaux fixent que tous les frais de transport sont à la charge des expéditeurs. Or, comme en matière d'échanges soit de livres, soit d'objets, tout est ramené à une équitable réciprocité, il en résulte que personne ne se trouve lésé de quelque manière que ce soit.

Disons enfin un mot du principe d'après lequel se font toutes les opérations : « Pour tout volume ou objet transmis, la responsabilité de l'expéditeur ne se trouve dégagée qu'au moment où il possède l'accusé de réception du destinataire. » Autrefois, les ouvrages attribués à l'étranger étaient retirés très irrégulièrement. Tantôt ils restaient indéfiniment dans les dépôts du ministère, qu'ils encombraient ; tantôt ils étaient égarés et alors plusieurs fois réclamés. Rien de semblable aujourd'hui, car les documents destinés à un même pays sont adressés ensemble au correspondant du bureau français, lequel correspondant doit en accuser réception. Un tel service rigoureusement fait évite des pertes, de grands ennuis et des difficultés quotidiennes. Cette régularité dans les opérations a certainement exercé une influence favorable sur la décision qu'ont prise nos sociétés savantes, nos établissements scientifiques, nos bibliothèques, nos grandes administrations mêmes (i), de confier leurs opérations avec l'étranger au Service des Échanges Internationaux. Outre les avantages qu'ils retirent tous de la gratuité complète des envois, les transmissions de part et d^ autre s'opèrent pour leur compte et en leur nom sans le moindre souci, avec la plus grande célérité et la sûreté la plus rigoureuse.

Tels sont le passé et le présent des Échanges Internationaux. Les principes pour leur mise en œuvre sont établis, leur avenir est assuré et il ne reste plus qu'à réaliser des améliorations successives, au fur et à mesure qu'elles seront indiquées par l'expérience.

(1) Ministères de la Guerre, de la Marine, des Affaires étrangères, des Finances, de l'Agriculture et du Commerce, des Travaux publics, Préfecture de la Seine, etc.

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