LA THERMOGÉNÈSE DES HIBERNANTS RÉVEILLÉS
1. La température rectale des hibernants. — Nous avons vu au cours de cet exposé que les hibernants réveillés se comportent — d’une façon générale — comme des homéothermes quand la température du milieu baisse, ils ne se refroidissent pas ; ils augmentent au contraire leur thermogénèse. Seule la Chauve-Souris, qui restera en dehors de ces considérations, fait exception.
Par définition, « homéothermie » implique la constance de la température centrale, en dépit des fluctuations de la température du milieu. Or, sous ce rapport, les hibernants réveillés, appartiennent aux homéothermes : BENEDICT [9 c] donne comme température moyenne de la Marmotte, le chiffre de 36° et si nous recherchons les températures moyennes des animaux que nous avons étudiés, nous trouvons les valeurs suivantes :
36°8 pour le Hamster 36°5 pour le Spermophile.
37°7 pour le Loir.
Mais la constance de la température centrale est plus apparente que réelle : si nos moyennes sont aussi élevées et aussi
régulières, il n’en est pas moins vrai que fréquemment on trouve des valeurs beaucoup moins régulières et plus basses : c’est ainsi que nous avons observé chez le Hamster après un séjour de 3 heures à 28°, des températures pouvant atteindre 38° ou tomber à 35°9. Après 3 heures de séjour à 0°, la température rectale présente un écart maximal de 5°7 (38°2 et 32°5). Le Pigeon, de même poids, présente un écart maximal de 1° dans des conditions comparables.
Chez le Spermophile, nous trouvons des hypothermies de 34°8 et 35°4 après 2 ou 3 heures de séjour à 20°.
Le Loir aussi peut présenter des hypothermies, comme par exemple la température de 34°5 enregistrée chez un animal vivant à 20°.
Ces observations sur l'instabilité de la température centrale des hibernants en été sont en accord avec de très nombreuses constatations anciennes et récentes. C’est ainsi que MANGIrt [531 et Forez [31] enregistrent des hypothermies très accusées chez le Loir en été. BARKOW [6] note des températures de l’ordre de 28° chez le Hérisson et HALL fait des observations analogues [40]. Plus récemment, Mimacr et WEINLAND [59] mesurent une fois 18° dans la bouche du Hérisson. GROEBBELS [37] et HERTER [42] notent des températures oscillant entre 31°0 et 35°5. HoRvATH [44] observe en 1879 des températures de 32° à 39° chez le Spermophile. Quant aux hypothermies de la Marmotte, signalées dès le milieu du siècle passé par VA- LENTIN [78] dans deux mémoires, elles ont fait l’objet d’une étude approfondie par BENEDICT [9 c] ; cet auteur insiste sur le fait que l’on ne doit pas considérer une température de 35° comme anormale chez cet hibernant. Les hypothermies atteignant 30° ne sont pas rares et s’observent au début de l’été quand il ne peut être question de sommeil. SIMPSON [76], en 1911, remarque qu'il s’agit d’une véritable instabilité thermique, car la température rectale de la Marmotte qui a tendance à tomber quand la température du milieu est inférieure à la neutralité thermique, a tendance à s’élever au-delà des valeurs normales quand la température du milieu s’élève un peu. La stase thermique est déclanchée avec une facilité très grande.
La labilité thermique est un caractère commun à tous les hibernants qui nous oblige à les ranger aux côtés des homéothermes les plus imparfaits.
Cette constatation faite, il nous faut rechercher si, dans nos
expériences, nous pouvons trouver une explication de l’insta-
bilité thermique.
2. Le métabolisme de base. — Si la constance de la température centrale est la conséquence de l’équilibre parfait entre la production et la déperdition de chaleur, nous devons réussir à déceler la cause de l'instabilité thermique des hibernants dans une analyse précise des deux mécanismes thermorégula-
teurs mis en jeu :
Régulation chimique (production -de chaleur). Régulation physique (déperdition de chaleur).
Si l’on veut comparer entre elles les productions caloriques
de différentes espèces, on a intérêt à choisir le « métabolisme de base >» comme terme de comparaison. C’est, par conséquent, à cette première donnée que nous nous adresserons pour commencer. Les chiffres suivants ont été obtenus dans les conditions normalement requises pour cette détermination. Les animaux ont jeûné (Q. R. de lipides), ils sont au repos musculaire (vérifié par l’absence de mouvements pendant les mesures) et à la neutralité thermique (température de 27° à 30°).
Il ressort des chiffres ci-contre que la Chauve-Souris ne peut
pas être groupée avec les autres hibernants, comme nous avons
d'ailleurs déjà eu l’occasion de le dire au cours de l’analyse
de nos protocoles expérimentaux.
Tableau comparatif du métabolisme de base de plusieurs espèces
dhibernants.
Espèces
PICÉOM EU ee dome o 7e Marmotte Le HÉrISSON MS HAMSTEL ESS somme Spermophile,..,.,....
ÉDITER nn Dette ÉROR Se ner MINS ARE eee
Chauve-Souris .......
Poids en g.
Calories par kilo et heure
Calories par mètre carré
ét 24 heures
Température - de la mesure