‹ Les échanges respiratoires des hibernantsChapitre 25 sur 111 · LA RÉGULATION PHYSIQUE DE LA TEMPÉRATURE CHEZ LES HIBERNANTS EN ÉTÉ · texte numérisé non relu

LA RÉGULATION PHYSIQUE DE LA TEMPÉRATURE CHEZ LES HIBERNANTS EN ÉTÉ

Il résulte de ce qui précède que le caractère commun des hibernants à l’état de veille est une instabilité de leur température centrale avec une pente de thermogénèse de réchauffement très accusée.

Les hibernants sont, par conséquent, des homéothermes imparfaits car l'instabilité thermique et une marge de thermogénèse réduite — conséquence directe de la forte pente de thermogénèse — sont deux caractères que l’on ne trouve chez les homéothermes vrais que dans des conditions très spéciales qui correspondent toutes à une perte partielle du pouvoir thermorégulateur. Ces conditions sont bien connues : on réalise cet état chez le Lapin par la tonte (MAYER et NiIcHiITA [56]); on peut encore obtenir un état comparable, mais passager, par la section de la moëlle dorsale, si au cours de l'intervention on ne se met pas — par des précautions spéciales — à l’abri de la vasodilatation qu’entraîne ce traumatisme chirurgical (FREUND [32], KAYSER [46]). Certains homéothermes qui naissent nus, comme le petit Lapin par exemple, réalisent cet état pendant plusieurs jours qui suivent la naissance (GINGLINGER et KAYSER [36]). Dans ces'états variés on observe la présence d’une régulation chimique indiscutable, caractérisée par l’augmentation de la calorification au froid ; mais les aniniaux ont tendance à se refroidir, car à elle seule la régulation chimique est insuffisante pour assurer la constance de la ten:pérature centrale. L’homéothermie n'est véritable et complète que si l'animal dispose des deux mécanismes thermorégulateurs : régulation chimique et régulation physique. Or, dans tous les exemples que nous venons d’énumérer, il y a, à des degrés variés, diminution des facteurs limitatifs de la déperdition

Perte des poils par tonte chez le Lapin,

vasodilatation consécutive à la section médullaire, grande surface déperditrice, mal couverte chez le Lapin de quel-

ques jours. ; :

grande surface proportionnellement au poids chez la Souris

blanche.

Dans tous ces exemples il y a insuffisance de la régulation physique. Nous sommes amenés à attribuer les particularités de la thermogénèse de réchauffement des hibernants en été à la même cause. Dès 1926, GROEBBELS [37] formule l’hypo-

thèse que l'instabilité thermique et le retard dans le déclanchement de la thermogénèse de réchauffement sont la conséquence d’un effet protecteur insuffisant des téguments du Hérisson, conditionné par l’absence de poils sur la face ventrale.

Dans nos expériences, nous avons tenté d'aborder ce problème directement par létude de la perspiration insensible prise comme test de la régulation physique.

Grâce au travaux de MAYER et de ses collaborateurs [56] nous connaissons la perspiration insensible du Lapin à différentes températures. Le même auteur a également suivi la perspiration insensible du Lapin après tonte. À l’aide de ces chiffres, nous pouvons calculer la part que prend la chaleur latente de vaporisation dans la dépense totale de chaleur. Enfin, comme le Lapin a environ le même poids que la Marmotte, nous possédons un excellent terme de comparaison entre un hibernant et un homéotherme.

Nos propres chiffres obtenus sur le Pigeon de 300 g. nous permettent de comparer le Spermophile et le Hamster à un homéotherme parfait, de même poids. Enfin, les valeurs relatées récemment par CHEVILLARD [20] nous donnent un aperçu du rôle de la chaleur latente dans les mécanismes thermorégulateurs d’un petit homéotherme à grande surface déperditrice.

Les chiffres que nous relatons se rapportent aux températures pour lesquelles nous connaissons également les valeurs correspondantes des hibernants

. Chaleur latente x 100 HÉDEORE Chaleur totale Espèce étudiée à 30° à 29° à 18° p. 100 p. 100 p. 100 Lapin normal de 3 kilos, ...,,.... 28 18 #7 Pléconide OO ER re CAUTE 23 18 1% Souris Diane SR Eee 21 14 11 Lapin nd ass <. 17 11 8,3

On voit qu’à la neutralité thermique, le Lapin, le Pigeon et la Souris blanche perdent 23 à 28 p. 100 de leur chaleur totale sous forme latente. Vers 18°, les différences entre les différenles espèces apparaissent : plus les animaux sont petits, plus

grande est leur surface de rayonnement, et plus ils réduisent la perte de chaleur sous forme latente. La quantité d’eau perdue par la peau diminue comme conséquence de la chute de la température de la peau par vasoconstriction superficielle. Ce phénomène, à peine ébauché à 18° chez la Souris blanche et le Pigeon comparés au Lapin, apparaît fortement exagéré chez le Lapin tondu : à 30°, on observe que chez le Lapin tondu la perte de chaleur sous forme latente est de 17 p. 100, chiffre que l’on ne rencontre chez le Lapin normal qu’à 18°. Si on baisse la Llempérature à 18°, le Lapin tondu ne perd plus que 8 p. 100 de la chaleur totale sous forme latente ; pour obtenir une valeur aussi faible chez un homéotherme parfait comme le Pigeon de 300 g., il faut abaisser la température à 2°5, et chez la Souris blanche de 20 g., CHEVILLARD obtient cette valeur à 5°. Il en résulte que la perte de la fourrure entraîne une exagération considérable des réactions vasomotrices qui à leur tour provoquent une diminution notable de la perspiration insensible, tandis que la perte totale de chaleur est augmentée.

Nous trouvons chez les hibernants en été la même manifestation. Nos chiffres démontrent ces faits de façon très apparente chez le Spermophile, le Hamster et le Hérisson et les chiffres que nous empruntons à BENEDICT [9 c] confirment le même fait chez la Marmotte.

R 2 Chaleur latente x 100 PRRPEEE Chaleur totale Espèce étudiée EE à 300 à 22° à 16°-18° p. 100 p. (0 p. 100 Marmolte de 2 Kilos... 20 — 8 ÉPISODE GO DER eee 21 118 — Spermophile de 330 g. ........... 15 11 —

Hnratende 240 DEEE hu cer = 8 —

La diminution de la chaleur latente est telle chez les hibernants que nous trouvons chez la Marmotte normale, étudiée à 17°, le chiffre du Lapin tondu ; les hibernants de 200 à 300 g. perdent à 22° sous forme latente autant de chaleur que le Pigeon à 12° environ.

Il en résulte que la forte pente de la thermogénèse de ré-

chauffement et l'instabilité de la température centrale trouvent leur explication dans l'insuffisance de la protection des hibernants. L'analyse des mécanismes thermorégulateurs des hibernants nous conduit à la même conclusion que celle que nous avions formulée [36] antérieurement au sujet de certains homéothermes en voie de croissance : l’insuffisance de la régulation physique est la cause des particularités de la thermogénèse de réchauffement. La régulation chimique seule est insuffisante pour assurer l’homéothermie parfaite.

SIGNIFICATION DES VARIATIONS DU QUOTIENT RESPIRATOIRE PENDANT LA THERMOGÉNÈSE DE RÉCHAUFFEMENT.

Page 1