‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 100 sur 135 · DÉSORGANISATION DE L'AMBASSADE · texte numérisé non relu

DÉSORGANISATION DE L'AMBASSADE

en assignats et la perte que ce papier-monnaie subit au change les réduit à la dernière misère. Aux plaintes qu'ils risquent timidement, le Bureau du commerce répond que, «ne partageant pas les dangers de leur patrie, ils doivent au moins se soumettre à quelques sacrifices’. » Ce n’est pas, leur fait-il observer, dans des moments de péril que des fonctionnaires publics doivent se plaindre. Mais, tout en se montrant disposés à un sacrifice, les officiers des consulats réclament au moins de quoi vivre : l'Ambassadeur de la République, le citoyen Marie Descorches lui-même?, ne peut taire les désertions qui se sont produites, par suite de la misère, dans le corps des drogmans et des chanceliers.

V. — Depuis un an, en effet, Choiseul-Gouffier ne représentait plus la France à Constantinople. Devenu l’objet des mêmes dénonciations que ses subordonnés, spécialement pris à parti dans l'affaire de Djezzar, «il avait refusé de plier le dos sous l'orage. » Cet ami de Talleyrand ne connaissait pas comme lui l’art de faire bon visage à tous les régimes. La Révolution avait produit à Constantinople les mêmes effets qu’en Syrie, et complété la désorganisation de chaque Echelle par celle de leur métropole orientale. Choiseul-Gouffier, qui se faisait gloire d’avoir « montré hautement l’amour de la liberté dans un temps où il y avait quelque mérite à manifester de pareils sentiments # », n’était pas hostile aux réformes opérées par la Constituante : il prêta serment à la Constitution de 1791. Mais ce qu'il ne pouvait voir sans indignation, c’est le désordre général, l’indiscipline, la discorde introduite dans les Echelles par la Révolution. Il se plaignait que le Ministre, personnage éphémère et de plus en plus effacé, le laissât sans instructions: Dumouriez lui-même « élude l’obligation de diriger ses démarchest.» Lorsque la Chambre lui renvoie une masse d’observations, de projets, de plaintes, il relève avec aigreur « les articles qui tendent à le faire soupçonner de quelques négligences ou même de torts plus graves 5. » Ces calomnies lui sont moins sensibles pour les dangers dont elles le menacent que pour l’insubordination dont elles sont l'indice. Il a beau écrire que, depuis dix-huit mois, «il faut bien tout permettre, puisqu'on ne peut rien empêcher », il ne peut se résigner aux progrès de l'indiscipline parmi les résidents, au discrédit qui en rejaillit sur la nation entière, à la perte de notre situation privilégiée en Orient. C'est la ruine du commerce français en Levant et la substitution des nations étrangères à la nôtre qu’il entrevoit avant la fin de cette agitation. Il convient, avec ses détracteurs, que l’intérêt de la navigation est en danger : personne n’est plus convaincu que lui de cette triste vérité, mais c’est eux qu’il en rend responsables, et non des administrateurs qui, réduits à une impuis-

1. 40 juin 1798. des instructions claires et détaillées sur cette importante 2. 6 août 1793, négociation (celle de Djezzar), mais je n’en reçois aucune 3. À la Chambre du Commerce, 1791. réponse. » (A la Chambre, juillet 1792).

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