Je demande depuis longtemps à M. Dumouriez HSun tif
sance absolue, ne sont plus maîtres de prévenir les calamités dont les Français sont menacés : «… Oui, sans doute, notre navigation perdra bientôt l’'utile supériorité dont elle jouissait dans ces mers : mais il en faut accuser l'insurrection générale des équipages. Le pavillon français perdra la confiance qu'il avait si justement acquise, parce que les marchands du pays ne voudront pas livrer leurs propriétés à des marins inconnus ou même décriés, dont aucune autorité supérieure ne leur répond aujourd’hui, parce que, dernièrement encore, un capitaine, que le douanier menaçait de me porter plainte contre lui, ARAN EL Ro sur le port : nous ne connaissons plus d’Ambassadeur, nous n’avons plus de Roi:.
Les premiers parmi les Français à donner en Orient l'exemple de la mauvaise conduite ont été, en effet, les équipages des navires de guerre et de commerce. Ils ont ouvertement défié l'autorité de leurs officiers et répudié toute discipline dès 1791, à une époque où les résidents des Echelles, la plupart encore attachés à leurs devoirs et appliqués aux soins de leurs affaires, trouvaient fort désagréabie que les frasques, escapades, désertions ou mutineries des marins leur attirassent des avanies. « Com-
ment, disait Choiseul-Gouffier, les capitaines marchands pourraient-ils contenir leurs. matelots, lorsque nous avons vu ceux de l’Alceste mettre leurs officiers aux arrêts et
déférer à un cuisinier le commandement de cette frégate, armée pour le maintien du bon ordre? » Des équipages, l’indiscipline avait gagné les capitaines, qui, désobéis par leurs hommes, s’insurgèrent à leur tour contre la juridiction de l'Ambassadeur et des Consuls. Choiseul-Gouffier en cite un qui, après avoir accumulé pendant trois ans délit sur délit, avoir volé la cargaison qui lui était confiée et avoir été condamné par le tribunal, s’est rendu en Provence, « d’où il menace de la fatale lanterne l’Ambassadeur et les Consuls qui ont osé le gêner dans le cours de ses exploits. » D’autres
prétendent obliger les négociants des Echelles à porter la cocarde nationale; d’autres
préparent à Constantinople « une fête prétendue civique, dans laquelle, oubliant totalement qu’ils sont en Turquie et non pas en France, ils projettent de donner un grand repas et de tirer le canon, malgré les défenses expresses du Souverain, Vous pouvez juger, dit Choiseul-Gouffier, quelle sensation ferait ici un pareil spectacle, » Ses lettres, depuis 1791, abondent en lamentations sur des scandales du même genre. Une telle franchise ne pouvait qu’augmenter la défiance des meneurs révolutionnaires à son égard. Il la justifiait d’ailleurs par des titres infiniment moins honorables. Très attaché à la Reïne, à qui il devait son poste, il s'était laissé enrôêler dans la diplomatie secrète de Louis XVI et des émigrés : c’est pour obéir à leurs ordres, en particulier, qu’il refusa le poste de Rome. Rappelé en France avant le 10 août, il n'obéit pas, resta à Constantinople, où il continua à intriguer pendant quelque temps, puis passa en Russie. Il finit donc par une défection et une émigration, qui sont une tache sur sa carrière. Voici l’oraison funèbre que lui firent les nationaux d’Acre
1, Lettre du 25 juin 1791,
DESCORCHES A CONSTANTINOPLE 159
résidant toujours à Jaffa.« La conduite du ci-devant Ambassadeur n’est qu’un tissu d’horreurs. Pendant le long séjour qu'il a fait à Constantinople, 1l ne s’est appliqué qu’à dégrader le nom français et qu’à plonger notre commerce dans la ruime Ia plus complète. Uniquement occupé, depuis notre heureuse Révolution, de s’en montrer l'ennemi juré, il a fini par exercer l’acte de la plus haute trahison t. » Sa fin les rend injustes pour les longues années de sa misison pendant lesquelles il n’avait eu d’autre but que d’assurer leur sécurité et de protéger leur commerce.
Sémonville avait été désigné comme Ambassadeur de la République à Constantinople ?. Le 24 mai 1793, le Ministre de la Marine, Dalbarade, annonçait à Marseille le prochain départ du nouvel Ambassadeur, « chargé, dit-il, auprès de la Porte d’une mission de la plus haute importance pour les intérêts de la République Française. Pour y parvenir, ajoute-t-il, il sera porteur de présents magnifiques : tapisseries ou tentures de brocart d’or et d’argent, enrichies de paillettes et de brillants, et différents
autres objets précieux déposés dans le ci-devant garde-meubles de la Couronne,
ornements produits par le luxe et l’ostentation, devenus méprisables aux yeux du Républicain. »
Mais après la découverte, dans l’armoire de fer, d’une lettre de Talon à Louis XVI dans laquelle Sémonville était représenté cemme étant tout dévoué au Roi, un ordre du Ministre des Affaires Etrangères, Lebrun, suspendit son départ pour son poste et le rappela à Paris. Pour entamer des négociations qu'il n’était pas possible de différer plus longtemps, Lebrun dépêcha à Constantinople le citoyen Marie Descorches, ei-devant marquis de Sainte-Croix. Les premières paroles de celui-ci sont pour exprimer l'horreur que lui inspirent les actes de son prédécesseur. « Vous aurez été informés, écrit-il aux membres du Bureau provisoire, des racines laissées après elles par les trahisons de l’infâme Choiseul.. Tant de sottise jointe à tant de turpitude ne pouvait recueillir que la confusion ?. »
Ayant adhéré au Régime nouveau, avec cette nuance d’exagération nécessaire à