Le 22 juin
un ci-devant, ancien officier et ancien diplomate, pour faire oublier ses origines nobles et ses services sous la Monarchie, Descorches agit et parle de manière à écarter de lui les soupçons de modérantisme. Il se pose en Républicain enthousiaste devant ses nationaux, entre lesquels s’est instituée une surenchère d’enthousiasme, sincère de la part des uns, affecté de la part des autres. Les débuts de sa mission sont marqués par une fête civique, la célébration du 10 Août. « Ce jour, écrit-il, qui rappelle aux Français le souvenir glorieux de la destruction du trône et de la chute d’un tyran, ce jour mémorable qui verra proclamer une Constitution fondée sur les Droits de l Homme et qui sera, par conséquent, pour la France et pour le genre humain, l’aurore du bonheur qu’amène le règne des lois : le 10 Août approchait! » La Sublime Porte ayant interdit à la nation de se réunir au Palais de la République, c’est-à-dire à l'Ambassade, c’est aux Eaux-Douces d'Europe que les Français de Constantinople célébrèrent cette première fête révolutionnaire, en un banquet champêtre. Cinq tables étaient dressées : « On reconnaît, dit Descorches, la simplicité des mœurs républicaines dans l’abondante frugalité des mets dont elles sont couvertes. » Le menu lui-même défiait donc le soupçon de contre-révolution. Des toasts, tour à tour enflammés et attendris, lurent portés à l’éternelle durée des effets de la journée du 10 Août.
Tout alla bien pour le successeur de l’infâme Choiseul-Gouffier, tant qu'il ne s’agit que de banqueter, même frugalement, et de planter des arbres de la Liberté. Mais les résidents des Echelles ne supportèrent pas mieux l’autorité d’un Envoyé de la Convention qu’ils n’avaient supporté celle de l'Ambassadeur de Louis XVI. Descorches eut beau se montrer plus facile ;aussitôt qu’il voulut faire un acte d’administration, ses nationaux lui refusèrent l’obéssance et dénoncèrent aux Jacobins de Paris ses attentats contre leur liberté. Il est curieux de le voir, dans ces circonstances, porter lui-même par une circulaire le débat devant tous ses subordonnés, inciter les dénonciateurs à divulguer leurs accusations et formuler dans les termes suivants la théorie des dénonciations : « Des papiers publics annoncent que j'ai été dénoncé en France. Je n’y ai pas vu sur quoi : je ne puis donc fournir, comme je le désirerais, aucun éclaircissement sur cet objet. Mais je m’empresse de saisir cette occasion de demander à ceux à qui ma conduite paraît Coupable ou suspecte, de les presser, de les adjurer au nom de la patrie, de la vérité avec laquelle tout le bien se fait, sans laquelle rien ne se fait de bien, de se faire connaître, eux et leurs pensées. Je m'engage à les traduire aussitôt, par la voie de l'impression, au tribunal de l’opinion générale de nos concitoyens. Jamais, je le proteste ici, le plus léger murmure ne m’échappera contre les dénonciations : je serai au contraire le premier à les provoquer, car J'y vois une des sauvegardes de notre liberté républicaine. Mais pour que ces dénonciations soient salutaires, il faut certainement qu’elles soient discutées, approfondies 1. » C'était consacrer le désordre, l'anarchie dans l’administration locale des Echelles.