‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 104 sur 135 · SUPPRESSION DE LA CHAMBRE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE LA CHAMBRE DU COMMERCE

Un club des Jacobins fut fondé à Constantinople et s’affilia à celui de Paris. Descorches, qui n’en avait même pas été informé, l’apprit par la lecture d’un procèsverbal du club de Paris, à qui il avait écrit pour se justifier des dénonciations lancées contre sa personne. En réponse à sa circulaire pressant les dénonciateurs de se révéler, l’un d’eux, le citoyen Chénier, se manifesta par une lettre d’un ton tout égalitaire : « Ce n’est pas au citoyen Marie Descorches, Envoyé Extraordinaire de la République française près la Porte ottomane et commissaire civil du Conseil exécutif, que j'écris, mais au citoyen Marie Descorches, mon égal aux yeux de la loi. » Grâce à cette subtile distinction, tout Français pouvait traiter d’égal à égal avec le chef de la nation et se soustraire à son autorité. C’est,en fait,ce qui arriva à Constantinople et dans beau-

coup d’Echelles en 1793 et 1794.

VI. — La désorganisation gagnait en même temps l’administration centrale. Les Ministres, qui négligeaient déjà de transmettre des instructions à l’Ambassadeur et aux Consuls, s’effacèrent devant le Comité de Salut Public, qui n’eut guère le loisir de s'occuper des Echelles. C’est alors que la Chambre du commerce eût été nécessaire pour le suppléer dans cette tâche. Mais la loi du 27 septembre 1791 avait supprimé en France toutes les Chambres de commerce.

En vain le Ministre de la Marine, Amiral Thévenard, avait-il signalé à l’Assemblée Nationale le rôle spécial de la Chambre du commerce de Marseille, et réclamé . où bien une exception en sa faveur, ou bien l’établissement d’une « section composée de négociants sages et expérimentés qui remplissent le même service : ». Dans un mémoire adressé aux Comités le 28 août 1791, il leur avait exposé les attributions particulières de cette Chambre, si différente des autres, la part prépondérante qu'elle prenait à l’administration des Echelles, en même temps que la situation précaire où l’avait mise la suppression de plusieurs droits de douane qui lui servaient à solder ses dépenses. Il leur avait rappelé les conditions propres au commerce du Levant, l’organisation des négociants en corps de nation, ayant deux députés à leur tête. Puis, revenant à la Chambre du commerce : « C’est elle, disait-il, qui fait passer dans toutes les Echelles les fonds fixes ou casuels destinés à leurs dépenses. Elle est le centre de la correspondance des députés en Levant et en Barbarie, comme Marseille est celui de notre commerce dans ces contrées. Elle devient par là l’organe naturel, auprès du Ministre de la Marine, des plaintes des négociants français qui y résident. Elle sert à la fois à éclairer par ses avis les décisions du Roi, à les transmettre sur les lieux, à en assurer l'exécution à Marseille et partout où elles doivent obtenir leur effet. En sorte qu’on doit considérer la Chambre du commerce de Marseille comme un intermédiaire entre les négociants et le Ministre de la Marine,

parce qu'elle est leur solliciteur auprès de lui, comme il est lui-même leur défenseur devant le Conseil d'Etat. » Pour détourner l’Assemblée Nationale de la comprendre dans une mesure générale de suppression, Thévenard avait appelé l’attention des Comités sur « l'extrême dissemblance qui existe entre elle et les autres Chambres ». Il avait demandé en sa faveur une exception, « aussi bien méritée qu’utile à la chose publique. » Mais rien n’y avait fait : la Chambre du commerce de Marseille avait subi le sort commun.

La loi l'ayant supprimée sans pourvoir à l'administration dont elle était chargée, le successeur de l’Amiral Thévenard au ministère dé la Marine, le comte Bertrand de Molleville, suggéra aux Comités de l’Assemblée Nationale de la remplacer par quelque organisme nouveau. Mais rien ne sortit des délibérations des Comités. Alors la municipalité de Marseille prit sur soi de créer un «Bureau provisoire du commerce ». Sans que ce bureau fût reconnu par le pouvoir législatif, le Ministre de la Marine, du Bouchage (le troisième en un an), entra en correspondance avec lui en juillet 1792 : le service du Levant, disait-il, était trop urgent pour qu’il pût souffrir la moindre interruption. Dix mois après, le décret du 14 février 1793 ayant rattaché les consulats au Ministère des Affaires Etrangères, Lebrun prescrivait au bureau de correspondre avec ce Département, à l’exception de quatre points sur lesquels il devait continuer à correspondre avec la Marine *. Rien n’était plus illégal cependant que l’existence de ce bureau qui n’existait qu’en vertu d’une décision de

la municipalité de Marseille. Un décret du 6 septembre 1792 avait même attribué

au bureau de la Santé la recette des fonds de la ci-devant Chambre, et au district le paiement de ses dépenses. Le département des Bouches-du-Rhône s’avisa un jour d'appliquer ce décret : les comptes du Bureau provisoire furent liquidés et le bureau lui-même supprimé. Aïnsi disparut le seul corps capable de gérer avec quelque suite l’administration des Echelles du Levant.

VIT. — En 1795, les Echelles de Syrie et de Palestine étaient donc tombées dans une misère matérielle et dans une désorganisation administrative presque

absolues. La succession ininterrompue des troubles, des insurrections populaires, des abus de force des Pachas avaient transformé en un ingrat séjour, voire en un vérilable enfer, la « terre promise » des négociants et des navigateurs français. Le régime sous lequel ces établissements avaient prospéré venait aussi de s’effondrer sur les ruines de leur prospérité. La disparition des Ministres-Secrétaires d'Etat, la suppression de la Chambre, puis du Bureau du commerce de Marseille; l'abandon, depuis l’émigration de Choiseul-Gouffer, de l'autorité supérieure exercée par l'Ambassadeur

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