ANNEXE II
NOTE SUR LA CRÉATION ET L'EMPLACEMENT DES CONSULATS DE FRANCE EN SYRIE ET PALESTINE ET SUR LES TITULAIRES DE CES POSTES.
Le regretté Auguste Boppe, qui mourut Ministre de France à Pékin après avoir passé à Constantinople et dans les Balkans la majeure partie de sa carrière, et à qui l’on doit tant d’études érudites et originales sur les relations politiques et même artistiques de la France avec l'Orient ottoman, avait entrepris la publication, sous le titre les Consulats du Levant, de notices sur ces postes consulaires et leurs titulaires, de l’origine à 1900. Seules ont été publiées les notices concernant, Smyrne, Satalie de Caramanie, Alep, Seyde, Tripoli de Syrie et Larnaca. Nous en extrayons les renseignements suivants, au sujet des origines et débuts des trois consulats français en Syrie qui ont fait l’objet de telles notices.
« Le Consulat de Syrie est le plus ancien consulat de la France dans le Levant. Il fut créé en exécution des Capitulations de 1535. Les agents qui l’occupèrent, et dont la liste s'étend ininterrompue depuis 1544, résidèrent à l’origine tantôt à Tripoli, tantôt à Alep. Choisis et nommés par les commerçants de Marseille, ils étaient confirmés par le Roi. Henri IV fit don de la propriété du Consulat de Syrie à Pierre de Libertat, qui, le 17 février 1596, était parvenu, avec ses deux frères Barthélemy et Antoine, son cousin Jean Viguier et quelques autres partisans, à mettre fin à la rébellion du Consul de Marseille, Cassault, et avait ainsi empêché les Espagnols de s’emparer de la capitale de la Provence, Anobli par le Roï, nommé Viguier perpétuel de Marseille, Pierre de Libertat ne jouit pas longtemps des bienfaits dont sa famille et lui avaient été comblés. 11 mourut le 45 avril 1597. Le Consulat de Syrie devint alors la propriété d’une association formée par Barthélemy de Libertat, Jean Viguier et Pierre Marmery. Barthélemy étant mort, sa veuve, Jeanne de Secco, lui succéda dans l’association; elle fut elle-même remplacée, n’ayant pas eu de fils, par ses deux gendres, Laurent d’Urre, Sieur de Montanègre et de Paris, et Gaspard de Forbin, marquis de Janson. Leurs descendants, le marquis de Montanègre et le marquis de Janson, cédèrent leur part vers 1600 à Joseph du Pont, de Marseille. La part de Jean Viguier se conserva dans sa famille; celle de Marmery resta pendant plus de quinze ans sans acquéreur; elle fut attribuée en 1648 à François Picquet, de la famille des banquiers de Lyon. La société ainsi formée pour exploiter le Consulat de Syrie envoyait, suivant les circonstances ou les règlements, pour gérer le poste, soit l’un des propriétaires, soit des délégués ou des fermiers. [ls résidaient à Alep. Tripoli n’était plus désormais qu’un vice-consulat, où ils entretenaient des agents comme à Alexandrette ou à Seyde. Le développement du commerce de la Syrie au début du xvur® siècle amena l’établissement d’un nouveau consulat à Seyde (en 1615). La propriété en fut donnée par moitié à Viguier, l’un des associés d'Alep, et à Tarquet, à qui succéda son gendre François de Vintimille, sieur de Seyssons. Pour remédier aux abus des Consuls fermiers, différentes ordonnances ayant été rendues inutilement, on finit par décider que les propriétaires des Consulats seraient dépossédés. Le représentant de la famille Viguier, Hector Viguier, s’efforça de faire admettre qu’on ne pouvait lui ôter une charge qui avait été donnée à ses ancêtres pour récompenser leurs services, Ses réclamations, ses démarches tant auprès des Secrétaires d’État aux Affaires Étrangères et à la Marine, qu’auprès de l’Intendant général du commerce, M. de Bellinzoni, furent inutiles, Le Consulat d'Alep, comme tous les autres Consulats passa à la disposition du Secrétaire d'État à la Marine, Le chevalier d’Arvieux, qui y fut nommé (en 1679), a raconté, dans ses curieux Mémoires les incidents qui se passérent à cette occasion. Les propriétaires ne reçurent aucune
ndemnité : «ils avaient joui assez longtemps de leur privilège pour s’être amplement remboursés de ce qu’ils «pou-
vaent avoir déboursé »
« Après avoir été pendant assez longtemps la résidence du Consul de Syrie, Tripoli avait été abandonnée per la.
nation française, qui avait dû, par suite des exactions des autorités turques, chercher un refuge à Alep. Jusque dans les premières années du xvrni siècle, le Consul de France en Syrie porta indifféremment le titre de Consul à Alep ou de Consul à Tripoli. Il entretenait un agent dans celle des deux villes où il ne résidait pas. En 1587, Jacques Courreau est vice-consul à Tripoli pour Jean Rénier (Consul à Alep). L'Ambassadeur Savary de Brèves, passant à Tripoli en 1605, y trouve un vice-consul. Ces fonctions étaient remplies en 1608 par Claude Beaunier, en 1611 par Gervais Tarquet, À partir du moment (1615) où le Consulat de Seyde fut créé, le vice-consul de Tripoli fut nommé tantôt par Alep, tantôt par Seyde. Une part de la propriété de ces deux postes appartenait en effet à la même famille, aux Viguier. Les vice-consuls de Tripoli furent longtemps des marchands pris dans le corps de la nation. Le premier agent de carrière (Pierre Poulard, précédemment secrétaire de M. de Ferriol, Ambassadeur à Constantinople) fut envoyé en 1704 à Tripoli, qui devint en 1721 le siège d’un Consulat, où fut nommé la même année Jean-Jacques de Monhenault ».
« J'ai mis, écrit de Seyde, le 16 août 1731, le Chancelier de Bellis, dans le meilleur ordre qu’il m’a été possible Lous les vieux papiers de cette chancellerie... J’y ai trouvé les registres en fort bon état; ils commencent en 1615, temps auquel le Roi détacha l’Échelle de Seyde du Consulat général de Syrie dont elle faisait partie et l’érigea en Consulat ». Avant 1606, ajoute Bellis, « je ne trouve point qu’il y ait eu de vice-consul ni de négociants résidant à Seyde ». De 1606 à 1615, c'était le Consul d’Alep ou son Vice-Consul de Tripoli qui nommait au vice-consulat de Seyde. L’un des agents ainsi nommés fut Louis de Gardane (1611). La propriété du Consulat de Seyde (après 1615) appartint à Viguier et à Tarquet. La part de celui-ci passa ensuite à son gendre François de Vintimille de Seyssons. Les propriétaires furent dépossédés à la suite des réformes de Colbert. Toutes les tentatives faites au cours du xvri® et du xvrrr siècle pour établir un Consulat à Jérusalem ayant échoué, ce fut le Consul de Seyde qui fut particulièrement chargé des affaires des Lieux Saints; presque chaque année, il se rendait à Jérusalem au moment des fêtes de Pâques ».
Les trois extraits qui précèdent fixent clairement et avec toute la précision possible le moment de la création du Consulat de France en Sÿrie, en tant qu'il releva du Roi de France et non plus
seulement de la ville de Marseille, l'emplacement de son siège, sa subdivision en vice-consulats, la
transformation de ces derniers en consulats, les familles qui en possédèrent la propriété, la manière dont elles firent gérer leurs offices consulaires, leur dépossession, la substitution à leurs représentants
de véritables officiers royaux. Aux indications ainsi fournies sur ces divers points nous croyons.
toutefois intéressant d’ajouter quelques renseignements complémentaires. |
Les propriétaires des consulats de Syrie (et en général du Levant), pendant la seconde moitié du xvie siècle et les trois premiers quarts du xXviI®, sont marseillais ou apparentés à des familles originairement marseillaises, où ces offices se transmettent par héritage. Une seule exception, les Picquet de Lyon, à la suite d’une mutation autre que successorale. A diverses reprises, pendant le même laps de temps, ces propriétaires font gérer les consulats par des membres de leur famille, portant leur nom : ainsi Pierre de Marmery, Pierre et Jean Viguier, François Picquet à Alep-Tripoli, Blaise Tarquet, Baptiste Tarquet, Jean Viguier à Seyde. Mais plus fréquemment ils sont représentés dans les postes qui leur appartiennent par des substituts, dont certains peuvent d’ailleurs être parents ou alliés de l’un d’eux. La plupart de ces substituts, consuls en vertu de Lettres Patentes du
Roi, sont Marseillais comme les propriétaires pour le compte desquels ils administrent les Consulats.
C’est le cas de Samson Napollon, Jean Paul Moustier, Pierre d’Ollivier, François Baron, Joseph du Pont, Laurent d’Arvieux, Louis Chambon, Jean Pierre Blanc pour Alep et Tripoli; Jacques et Honoré Estelle, Barthélemy Artaud, Antoine et J. de Candole, Henri de Bricard, Antoine de Bétan-