ANNEXE VI. NOTE SUR LA CONCURRENCE ENTRE ÉCHELLES
fait tort au Trésor public et à cette foule de gens employés à l’exploitation du commerce. C’est cependant, Messieurs, pour de pareilles personnes que vous vous intéressez! »
Ces derniers mots prouvent que la Chambre du commerce de Marseille inclinait à ne pas faire droit aux plaintes des marchands d’Acre et de Seyde. Les concurrents de ceux-ci, les négociants du Caire, d'Alep et même de Chypre, avaient en effet allégué que les premiers avaient refusé d'exécuter leurs ordres l’année précédente, percevaient une commission exagérée, etc., etc. La Chambre donna pour instruction à Renaudot d’apaiser le conflit et de fermer les yeux sur les agissements des concurrents de ses ressortissants. Aussi Renaudot écrit-il à la Chambre en 1783, à propos de marchandises chargées à Acre, à destination de Gênes, pour compte de Français d’Alep et du Caire : « J’ai fermé les yeux, en considération de votre recommandation et j'ai apaisé de mon mieux la crise de nos négociants à ce sujet ». Mais il continue à défendre auprès de la Chambre la cause des résidents d’Acre et de Seyde.
- « Le droit que de tous temps les négociants de Syrie ont exigé pour la commission est de 5° bo, écrit-il le 4 février 1784; et il faut observer que la contremarque d’un négociant d’Acre est un billet de garantie pour le poids et la qualité de la marchandise qui la porte. Ces provisions sont-elles exorbitantes? Si ceux-ci (les marchands d’Acre) refusèrent les commissions de leurs compatriotes des Échelles voisines en 1782, c’est qu’ils étaient dans l'impossibilité de pouvoir les remplir au moment même. Je ne vous dissimulerai point, Messieurs, que je trouve ma position critique. La Cour autorise la répartition, parce qu’elle nous rend maîtres du choix et du prix des matières premières : tel est son but véritable. La Chambre voudrait que l'intérêt de quelques particuliers pût s’assimiler au bien général. Les négociants d'Alep, du Caire et de Chypre élèvent des prétentions injustes, entièrement désavantageuses à la métropole, et tendent à ruiner les négociants d’Acre et de Seyde. Ceux-ci invoquent la justice et les privilèges qui leur sont accordés par des règlements locaux, que l’Ordonnance de 1781 n’a point détruits. Et cette Ordonnance, qu’il faut consulter, présente des contradictions sans nombre. Je ferai tout mon possible pour concilier tous les intérêts. »
Le particularisme des Échelles se manifestait quelquefois à moins juste titre, C'était quand le Ministre de la Marine ou l'Ambassadeur de France à Constantinople décidait de faire supporter à toutes les Échelles ou à un certain nombre d’entre elles les charges résultant de quelque événement imprévu, survenu dans l’une d'elles. Ainsi, lorsque le marquis de Bonnac, à la suite d’un pillage commis par les Turcs à Tripoli de Syrie, répartit entre Tripoli, Seyde, Alexandrette, Alep et le Caire les dépenses qu’il a dû faire pour obtenir le commandement qui nous avait fait rendre justice, toutes ces Échelles réclament-elles que Constantinople, Smyrne et Salonique supportent aussi une part de ces dépenses, afin de diminuer la leur. Le 30 avril 1723, les députés d’Alep écrivent encore à la Chambre : « Nous n’avons pas vu sans regret que le conseil ait obligé cette Échelle à contribuer à la dépense qui s’est faite à Tripoli au sujet du pillage qu’on y fit et qui lui devait être, par toute sorte d’endroits, particulière ». Mêmes récriminations, quand une ordonnance de M. Lebret, inspecteur du commerce du Levant, en date du 17 septembre 1730, répartit entre le Trésor Royal et les caisses de toutes les Échelles le montant d’une indemnité allouée au Consul de France à Tripoli de Barbarie, pour les dommages subis par lui pendant un bombardement de cette place,