ANNEXE VIII NOTE SUR LES DRUSES
fasse à leur existence consiste en ce qu'il signale la présence d’un nombreux élément chrétien dans la population de Baruth.
Une trentaine d'années après l’époque dont datent ces observations de Venture de Paradis, un anonyme, qui paraît être un Consul de France en Syrie, rédigeait un Mémoire sur Le gouvernement de Saint-Jean d'Acre, conservé aux archives du ministère des Affaires Étrangères. Ce mémoire n’est pas daté, mais a été écrit aux environs de 1807. On y trouve d’intéressantes indications sur ce qu'est alors la situation des Druses, après les guerres de Djezzar contre eux, des Mutualis, après les persécutions qu’ils ont subies de la part de ce Pacha, enfin des Maronites, que l’auteur distingue déjà davantage de la masse druse, qu’on ne le faisait au xvirie siècle, Nous donnons ici quelques extraits de ce mémoire :
Du pays des Melualis. — « La montagne est habitée du côté du Sud de Seyde et dans la branche nommée Chaïk jusqu’à Saffet par une nation nommée Metualis, Ce sont des Chiites ou sectateurs d’Ali. Ils sont très portés à la guerre et ont donné beaucoup de peine à réduire au fameux Djezzar, qui les a presque détruits. Leur pays s'étend depuis Bassah, village à quatre heures ou lieues de Saint-Jean d’Acre jusqu’au pont de l’Aoulla près Seyde. Sa largeur est depuis le lac de Houlé jusqu’à la mer. La distance est, dit-on, de dix lieues. Il y en a encore près Damas, dans un désert nommé Houran. Il contient 13 à 15.000 Metualis. Ceux de Saint-Jean d’Acre ne passent pas 25.000. Ils avaient autrefois un Cheikh à leur tête et se gouvernaient eux-mêmes en payant un tribut aux Turcs. Mais depuis Djezzar, qui fit couper la tête au Cheikh Nassif et qui les assujettit, ils sont restés sous la domination du Pacha. Il y a dans ce pays trois Mutesselims. Leur résidence est Nebalich Tebnin et Djebbah. Une des contrées qu'ils habitent se nomme Chekif. Ils ont cependant encore quelques cheikhs indépendants. Ils sont au nombre de 20 à 25.000. Ils reconnaissent pour chef Faris Abou Nassif, petit-fils de celui dont nous avons parlé plus haut ».…
Montagne des Druses. — « Le pays des Druses s’étend sur le mont Liban depuis le pont de l’Aoulla jusques à Tripoli. Il s'étend depuis la mer ou à peu près, en exceptant les territoires de Seyde et de Beyrouth, jusqu’auprès d'Alep et de Damas. Les Druses, de la religion desquels nous parlerons plus bas, sont une nation de Musulmans d’une secte particulière et qui sont regardés comme des hérétiques par les Osmanlis ou sectateurs d'Omar. Ils ont à leur tête un Emir, dont la famille est en possession, depuis l’extinction de celle de Fakreddin, de la souveraineté de ces contrées. Cette famille se nomme Chahab. Elle a pour adjoint une autre famille nommée Djamballath, dont le chef ne prend que le titre de Cheikh, mais qui jouit d’une considération presque égale à celle de l’Emir. Elles ont été longtemps ennemies; mais les vexations de tous genres de Djezzar ont opéré leur réunion et depuis ce temps l’Emir des Druses ne fait plus rien que par le conseil et avec le consentement du chef de la famille des Djamballath ».… :
L’'Emir Béchir, alors régnant, était le neveu de l’Emir Youssef, la victime de Djezzar, qui l'avait fait étrangler.
Sur les Maroniles. — « Outre ces diverses provinces (du pays des Druses), il y en a une que j’ai séparée exprès parce qu’elle forme, pour ainsi dire, une petite république à part sous la protection de l'Emir Béchir : je veux parler du Kesrouan ou pays des Maronites. Deux Cheikhs maronites, que le prince Béchir traite de frères, gouvernent ce petit canton. L’un habite un gros village nommé Zouh-Mikhail et s'appelle Cheikh Béchara; sa famille est connue sous le nom de Hazin. L’autre demeure dans la capitale du Kesrouan, appelée Gazir, et se nomme le Cheikh Chemsin; il est de la famille des Habaichi et se vante d’une illustration de plusieurs siècles, puisqu'il prétend que ses ancêtres ont été d’un grand secours à nos Rois dans les Croisades. On dit que le Kesrouan a trois lieues de long sur dix de largeur, ce qui fait trente lieues carrées, On y compte plus de quarante villages ou hameaux contenant tous de grands monastères... »
ER On fait monter la population des Druses proprement dits à 50.000 et celle des Maronites dans la montagne à 70.000, ce qui donnerait pour toute la population une somme de 110.000 âmes »
Cane Les Maronites sont bien faits; ils ne manquent ni d’un certain esprit, ni d’une certaine douceur dans le caractère. Ils ont de l’industrie, de l’activité, du savoir faire et autant d'instruction qu'ils peuvent en acquérir dans un pays sans ressources de ce côté... »
CARE Les Druses sont ambitieux, courageux et très portés à l’avarice. Les jeunes gens s’accoutument de bonne heure à bien monter à cheval, à manier la lance et les armes à feu. Ils sont hospitaliers, mais singulièrement vindicatifs..…..»
CHA LA Les Métualis sont tout à fait séparés. Ils ne peuvent communiquer avec les étrangers sans se croire souillés et ne peuvent toucher leurs habits sans répugnance. On assure qu’ils sont très braves et très généreux, mais audacieux et faciles à se livrer à toutes sortes d’excès..….. »
« La religion des Druses est une secte tout à fait particulière à ce peuple. Il l’a reçue d’un Cheikh nommé Mouhammed Abou Ismaïl el Darori, qui a fait tant de bruit au commencement du ve siècle de l’hégire, vers le milieu du xrre siècle de notre ère. Elle est fondée sur diverses lettres de ce Cheikh et sur quelques écrits publiés dans la suite par les Akals, les intelligents, les spirituels, les savants par excellence. Ils espèrent tous devenir Beys ou Pachas au retour de leur Hakim, qu’ils prétendent être le mahdy, le chef prédit et annoncé dans l’Alcoran par Mouhammed. Ils sont cependant remarquables par une espèce d’indifférence pour leur croyance. Les akals, qui sont des espèces de derviches, ont des choses qui leur sont particulières, comme de ne point manger et de ne point communiquer avec les gens du monde. Ils sont habillés de blanc, font la prière en commun le jeudi soir au lieu du vendredi; ils y admettent leurs femmes, mais jamais les gens du monde. Ceux-ci vont à la mosquée avec les autres Musulmans quelconques; mais dans l’occasion, ils vont aussi à l’Église avec les Chrétiens. »