‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 13 sur 135 · LES SECRÉTAIRES D'ÉTAT DE LA MARINE · texte numérisé non relu

LES SECRÉTAIRES D'ÉTAT DE LA MARINE

ties à donner aux nations contre les Consuls, des vues fort justes. Tout ce travail préparatoire semblait présager quelque modification importante. Mais le conseil de Marine se borna à rappeler les nations à l’observation des règlements et à signaler aux Consuls tous les abus mentionnés dans les lettres et les mémoires de Maillet L’inspection de ce dernier ne fut suivie que d’une seule réforme : l’Arrêt de 1718 fut rapporté, la perception des droits de consulat enlevée aux Consuls et le paiement de leurs appointements rendu à la Chambre du commerce. (Arrêt du Conseil d'avril 1721). Duquesne et Maillet lui-même, instigateur de l’Arrêt de 1718, avaient été contraints d’en reconnaître et d’en dénoncer les mauvais effets. « De la façon dont les droits consulaires se lèvent aujourd’hui, écrivait le premier, il en résulte une inégalité . qui rend certaines Echelles plus chargées que les autres et certains Consuls plus ou moins opulents selon la force et la quantité du commerce qui se fait dans leur Echelle.» L’Inspecteur, avisant aux moyens de remplacer ces taxes par un droit unique dont la perception appartint soit aux Consuls,soit à la Chambre du commerce, écrivait à son tour : «ce dernier serait le moins sujet à plaintes.» Ainsi la minutieuse inspection de Maillet avait abouti à la reconstitution pure et simple du régime existant en 1715.

III. — Depuis la résurrection des Ministères et la suppression du conseil de Marine :, on remarque chez les secrétaires d'Etat qui dirigèrent ce département un vigilant souci de conserver intact, dans ses parties essentielles, le régime sous lequel vivaient les Echelles du Levant et, comme ils le disaient eux-mêmes, de « tenir la main à son exécution, » La correspondance échangée entre les Ministres, la Chambre du commerce, les Ambassadeurs du Roi à Constantinople, les divers Consuls, fait d’ailleurs foi d’une sollicitude, d’une activité, qui assurèrent aux Echelles, pendant cette période, une administration supérieure attentive.

La réputation de légèreté du comte de Maurepas contraste, en particulier, avec le zèle et la compétence qu’attestent encore les lettres signées, sinon rédigées, par ce Ministre pendant son long séjour à la Marine, de 1724 à 1749. En parcourant la correspondance de M. Rouillé (1749-1754), on est confirmé dans l’idée qu'il était plus à sa place à la Marine qu’aux Affaires Etrangères. L'administration du duc de Choïiseul et de son cousin, le duc de Praslin (1761-1770), fut un véritable bienfait pour les Echelles. Enfin même la correspondance de Ministres d’une moindre notoriété, tels que MM. de Machault et Berryer, leur fait le plus grand honneur, à moins qu’il ne faille en reporter le mérite sur leurs commis. La part des Premiers-Commis dans l’activité du Ministère de la Marine, sous l'administration de tous les titulaires du portefeuille, est en effet prépondérante pendant tout le cours du xvrri® siècle.

Quoi qu’il en soit, la sollicitude des Ministres, qu’on prenne ce mot dans le sens

4, En 1723.

impersonnel ou personnel, fut constante et ne laissa rien à désirer; et jamais aus l'intervention du pouvoir central ne s’exerça avec une telle minutie. La plus stricte exactitude est exigée des Consuls dans l’envoi des statistiques qu'ils doivent adresser au secrétaire d'Etat. « Il y a longtemps, leur écrit Maurepas, que j’examine les états, que vous avez ordre d'envoyer, du commerce qui se fait et du nombre de bâtiments français qui arrivent dans votre Echelle, sans qu'il m’ait été possible de connaître le véritable progrès de ce commerce, par le peu d'attention que vous avez eu d’en instruire avec la régularité qui a été recommandée... I ne doit pas y avoir la moindre négligence de votre part, soit pour le temps dans lequel je vous demande ces états et mémoires, soit pour l'exactitude et la netteté du travail... Vous ne devez manquer aucune occasion, quand vous m'écrivez, de me faire savoir l’état auquel se trouvera le commerce de votre Echelle dans tout ce qui le concernera. » Aucun objet, fût-il même étranger au commerce, n’est indifférent au Ministre et ne doit être passé sous silence : « Je serai bien aise, écrit Maurepas à un Consul ?, lorsqu'il y aura, dans. l'étendue de votre Consulat ou dans les pays voisins, quelque événement de révolution ou matière curieuse, que vous m'en fassiez part par des mémoires particuliers, tant celles qui peuvent avoir rapport à l’histoire, à la religion, aux coutumes et mœurs du pays, qu'aux nouvelles découvertes en physique, en antiquité, de même que sur les météores et phénomènes extraordinaires, qui peuvent paraître dans le ciel et sur la terre. »

S'il exige plus de zèle et de vigilance de la part des Consuls, le Ministre veut aussi que leurs fonctions soient plus honorées et leur autorité plus respectée. En 1726, Maurepas ordonne la lecture publique d’une lettre dans laquelle il blâme l’insubordination d’un marchand, «afin, dit-il , que tous les négociants, soient plus sages et ne manquent plus aux égards et à la considération qu'ils doivent au caractère de Consul... et pour que ceux qui composent l’assemblée ne puissent ignorer le risque qu'ils auront à courir en s’oubliant encore comme ils avaient fait. » L'Ambassadeur du Roi à Constantinople, de qui relèvent tous les Consulats du Levant, a mission de faire respecter l'autorité consulaire par les nationaux français des Echelles et de réprimer toute infraction de leur part à une discipline, dont il sait, au besoin, rappeler la nécessité aux Consuls eux-mêmes, s’il les trouve débonnaires : « Il ne convient en aucune façon, leur écrit-il, que les négociants tiennent des actes à leurs Consuls et moins encore pour blâmer leur conduite. Ils peuvent tout au plus faire des représentations aux supérieurs. Mais c’est une chose contraire à la subordination que des négociants viennent, par un acte public, blâmer la conduite de leur Consul. L'esprit d’aigreur et de passion qui se glisse toujours dans ces sortes d’actes, quelquefois

même dans les réponses que les Consuls y font, ne peut avoir que des suites contraires au bien du service. »

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