LES AMBASSADEURS DE FRANCE A CONSTANTINOPLE
À partir de ce moment, il ne sera plus rien changé à l’organisation de la Chambre jusqu’à sa disparition. Sans doute les deux réformes de 1751 et 1779, qui ont eu pour but autant de la mieux assujettir au pouvoir royal que d'améliorer son fonctionnement, parurent-elles réaliser suffisamment sa subordination. Bien que les Ministres de la Marine, très jaloux de leur autorité, aient constamment veillé à ne pas la laisser empiéter sur leur initiative et l’aient parfois rappelé sèchement au sentiment de sa dépendance; bien que les Ambassadeurs et les Consuls, ne relevant officiellement que du Gouvernement royal, aient quelquefois regimbé contre elle, son rôle n’en est pas moins resté très actif et très vaste, son influence sur les affaires très considérable, comme l’exigeaient des attributions qui lui coufiaient « l’administration générale du commerce des Echelles du Levant et de Barbarie, »
Le reproche de Bonnac à la Chambre, sa critique de la direction supérieure du commerce de la France avec le Levant viennent de nous montrer en lui un observateur attentif des intérêts économiques remis à sa garde. Les Echelles bénéficièrent en effet destalentssouvent remarquableset de la vigilance généralement assidue de nos Ambassadeurs à Constantinople, ainsi que du crédit exceptionnel dont la France jouit auprès de la Cour ottomane, au moins Jusqu'en 1756. Les diplomates qui rencontrèrent dans leur mission politique le plus d'occasions d’agir et de briller, le plus de difficultés et de succès, furent aussi ceux qui apportèrent à l'administration des Echelles le plus d’activité: Bonnac (1716-1724), le marquis de Villeneuve (1728-1741),le chevalier de Vergennes (1755-1768). À côté d'eux, le vicomte d’Andrezel (1724-1727), le comte de Castellane (1741-1747), et le vicomte des Alleurs (1747-1754) eurent à tous égards une carrière plus effacée. Cette énumération ne comprend que les noms des Ambassadeurs en fonctions jusqu’en 1768 : la fin du siècle en verra, sous la Monarchie, deux autres, qui ne le cèdent en rien aux plus actifs de la période précédente.
« Quand Sa Majesté, dit Bonnac!, choisit un sujet pour cette Ambassade, elle lui confie en même temps le plus grand intérêt peut-être de son Etat au dehors, puisqu'elle le charge de la protection ‘de la religion dans les Etats du Grand-Seigneur et des Saints-Lieux de Jérusalem, de la direction du plus utile des commerces auxquels ses sujets s'appliquent, et qu’elle lui met pour ainsi dire entre les mains la balance la plus certaine de la puissance de la maison d’Autriche. » Nos Ambassadeurs, et spécialement les meilleurs, eurent garde, au xvrrie siècle, de négliger le second point de cette belle définition. Avant de s’embarquer à Marseille sur le navire de guerre qui devait les transporter à Constantinople, ils tinrent chacun plusieurs conférences avec la Chambre du commerce. «M. de Villeneuve, écrit à celle-ci le Ministre Maurepas ?, doit avant son départ conférer avec vous sur l’état actuel du commerce du Levant et sur les moyens de l’augmenter et réformer les abus qui peuvent s’y être introduits. Il est nécessaire que vous'prépariez à l’avance les affaires que vous aurez à lui commu-