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RÉSISTANCES AUX (ARRANGEMENTS ». QUERELLES ENTRE NATIONAUX ET CONSULS À
ments qu’on estimera capables de mettre le commerce sur un meilleur pied, il convient de profiter de la crainte où seront tous les négociants d’être obligés de repasser en France, pour les engager à proposer eux-mêmes ces arrangements, en leur faisant espérer d'obtenir par là un prolongement de résidence. » Six mois avant la fin de leur séjour, le Consul de Seyde signifiera donc aux résidents que le Roi a pris la résolution de réduire le nombre de leurs maisons et que, s’il conserve quelques-unes de celles qui existent, ce sera vraisemblablement les plus dociles aux règlements. Quelques jours après, «1l leur conseillera comme une idée qui lui sera venue » d’envoyer au Ministre un règlement de leur composition, « en l’assurant que, s’il plaisait au Roi de prolonger leur résidence à Seyde, ils seraient très exacts à l’observer. » Ces ruses d’un pouvoir absolu, pour obtenir la soumission de ses sujets à ses ordres, en disent long sur l'esprit d'indépendance des marchands, récalcitrants à la réglementation de leurs opérations commerciales.
Quel que fût le succès de cette tentative, elle ne ramena pourtant pas le calme à Seyde. Les relations s'étaient naturellement tendues entre les résidents et leur Consul. Des fautes commises par certains Consuls vinrent encore compliquer la situation. Coup sur coup, le Ministre en dut rappeler deux, dontle dissentiment avec leurs administrés, aggravé par des torts plus ou moins établis, en était venu à nécessiter cette mesure. Le premier, Gautier, rappelé en 1751, avait donné lieu à des plaintes réelles; un rapport au Roi le représente comme « soupçonné de s’être attiré des profits illicites par des voies détournées et d’avoir sacrifié à son avidité particulière les ménagements mêmes qu'il y devait garder. » Son successeur, M. de Verrayon, tomberait sous le coup d’accusations tout aussi sérieuses, si l’on s’en rapportait à la réclamation des négociants de Seyde, adoptée par ceux de Marseille et par la Chambre du commerce. Mais le Ministre, remettant les choses au point, le déclare coupable seulement, « par trop de hauteur et défaut d'expérience, de s'être conduit sans ménagements vis-à-vis de ses nationaux, en leur faisant ressentir mdécemment et avec hauteur une autorité dont 1l s’est prévalu mal à propos dans bien des cas, ce qui a excité contre lui une fermentation dont il n’a pas prévu les suites. 1 » Pour éviter l’effet d’un rappel pur et simple, le Ministre nomma Verrayon à un autre poste.
Ces conflits de pouvoirs, ces résistances persistantes, ces infractions aux règlements, ces cabales, ces accusations tantôt fondées, tantôt exagérées, tantôt calomnieuses, nous font voir la nation sous un autre jour que les manifestations officielles de son union et de sa solidarité. « Je voudrais bien pouvoir vous taire, écrit le Consul de Tripoli de Syrie ?, l’esprit de haine, de passion et de discorde qui règne en cette Echelle plus qu’en aucune autre du Levant; la jalousie surtout y est extrême et l’on ne peut supporter un homme qui fait plus d’affaires que les autres ou qui a plus d’habileté et d'activité dans le commerce. » Les nationaux sont en rivalité avec les officiers du Consulat pour les distributions de cafetans, que le Pacha de Tripoli fait
aux Français à l’occasion de leurs visites officielles; les députés de la nation prétendent recevoir les leurs avant les subordonnés du Consul. « Les députés, écrit Bonnac à ce propos, ont grand tort de chicaner dans des choses de cette nature des officiers dont ils ont besoin. 1 » En voilà, croyons-nous, plus qu’il n’en faut pour justifier ces paroles d’un des meilleurs Consuls de Seyde : « Je regarde MM. les Nationaux comme mes enfants, mais j'ai la douleur de voir qu'ils ne méritent pas tous également les sentiments d’un père tendre et bienfaisant ? ».
VI. — Les Français n'étaient pas les seuls enfants du Consul : il avait aussi des enfants adoptifs. C’étaient les clients de la France, les religieux et les protégés.
En passant sous silence les questions qui se posent au sujet du protectorat religieux de la France, nous montrerons principalement les relations qu’entretenaient avec les Consuls et les résidents de Syrie et de Palestine les moines, si nombreux dans ces provinces. Les Echelles importantes, comme Alep, Tripoli, Seyde, comptaient chacune plusieurs maisons religieuses de divers ordres. D’Echelles secondaires, comme Saint-Jean-d’Acre, dépendaient des couvents existants dans le voisinage; comme celui du Mont-Carmel, Depuis qu'il n’y avait plus de Consul de France à Jérusalem, les Lieux-Saints et en particulier le Saint-Sépulcre, la Custodie de Terre-Sainte, ses établissements et ses églises ressortissaient au Consulat de Seyde, dans la mesure où leurs affaires n'étaient pas réglées directement entre la Custodie, l'Ambassadeur de France à Constantinople et le Gouvernement turc. À Rames, à Jaffa existaient des missions franciscaines. Enfin il n’était pas d’Echelles où la nation et le Consul n’eussent à leur charge les religieux faisant fonction de chapelain et de curé. La chapelle consulaire et la paroisse nationale se confondaient souvent, aïnsi que nous l'avons dit, mais non pas le chapelain du Consul et le curé de la nation, qui étaient. pris chacun dans une communauté différente, quand c’était possible. C'était pour faire profiter deux ordres au lieu d’un seul du traitement attribué à chacune de ces. fonctions. Car il ne faut pas croire que les communautés du Levant fussent alors riches. « À peine ont-ils de quoi vivre, écrit un Consul de Tripoli à propos des Capucins de cette ville, et ils sont souvent obligés de faire la quête pour subvenir à leurs nécessités les plus urgentes. Les aumônes qu'ils reçoivent de la nation consistent en très peu de chose. Ils n’ont donc que la pension que je leur paye annuellement de 58 piastres, qui peut les entretenir. » | |
Les Ministres de Louis XV, fidèles à la tradition de Louis XIV, recommandaient. aux Consuls la protection de tous les moines latins, et le Roi, par Lettres Patentes du mois de septembre 1725, avait spécialement confirmé dans leurs privilèges les « reli-
4, 13 avril 1722, | 3, 1727.
2 Le consul Arasy, 1740,
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