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LES PROTÉGÉS. LES RELIGIEUX

gieux de l’Observance de saint François, de la famille de Terre-Sainte. » Les Lettres Patentes de septembre 1725 complètent celles qui avaient déjà été rendues sous Louis XIV le 4 février 1649 et renouvelées en octobre de la même année et en mai 1700, pour confirmer la protection accordée par les prédécesseurs du Grand-Roi aux Franciscains établis dans le Levant depuis plus de quatre cent quatre-vingts ans sous l'autorité d’un supérieur, alors appelé Père-Gardien-du-Mont-de-Sion et résidant à Jérusalem. Plusieurs passages de ces Lettres de 1725 sont remarquables. « Comme la différence des temps, disait le Roi, a apporté beaucoup de changement dans un pays où notre sainte Religion ne subsiste que par les soins que Nous prenons de la soutenir, lesdits Gardiens et Religieux nous ont très humblement fait supplier de confirmer leurs privilèges ». Le Roi déclarait donc prendre à perpétuité sous sa protection et sauvegarde particulière ensemble toutes les paroisses, chapelles, couvents, maisons et hospices que ces Religieux avaient ou auraient en Levant et en Terre-Sainte. Il ordonnait que le Gardien de Jérusalem fût reconnu, par tous ceux qui étaient soumis à son autorité royale, en qualité de Commissaire Apostolique du Saint Siège, pour exercer plusieurs fonctions épiscopales, entre autres la juridiction spirituelle sur tous chrétiens de l’Eglise latine, sujets du Roï de France. Il accordait aux Franciscains l’autorisation d’exercer les fonctions curiales et paroissiales dans tous les endroits où ils résideraient, même dans les chapelles consulaires en cas de nécessité; concédait et validait toutes les prérogatives à eux octroyées par le Pape Urbain VIIT; faisait défense à tous autres Religieux d’entreprendre sur leurs privilèges ni d'exercer aucune fonction curiale n1 paroissiale, sauf dans des paroisses desservies ab antdiquo par des curés appartenant à quelque autre ordre; leur confirmait la possession des chapelles consulaires de Jérusalem, Le Caire, Rosette, Alexandrie et Alexandrette, qui serviraient de paroisses à la nation tant qu'elles seraient possédées par eux; donnait ordre aux Consuls et chanceliers de remettre aux Procureurs de Terre-Sainte les aumônes versées par les capitaines marchands, en retour des prières dites pour l’heureux voyage des navires; prescrivait que les desservants soit des chapelles consulaires, soit des paroisses nationales, fussent, autant que possible, choisis de nationalité française; commandait aux capitaines des navires de commerce de recevoir les religieux à leur bord moyennant un passage modique et à tous officiers des Consulats de les défendre contre les insultes, tant des indigènes qu'éventuellement des marchands.

On conçoit que, protégés de la sorte et, qui plus est, sur leur pressante demande, les Franciscains, dans les rangs desquels beaucoup de nationalités diverses étaient représentées, ne connussent cependant d'autre autorité séculière que celle des agents de la France. Si une autre protection, celle de l'Empereur, a pu les tenter au début du xvIt1e siècle un instant, à la suite de victoires remportées sur les Turcs par l'Autriche, cette velléité ne se renouvela plus ensuite. Comme eux, les autres ordres religieux ayant des établissements au Levant, Jésuites, Carmes, Capucins (les Prêtres de la

mission ou Lazaristes ne feront leur apparition en Orient que sous Louis XVI, après la dissolution momentanée de la Compagnie de Jésus), — se rangent avec empresse-. ment sous la houlette de la puissance protectrice, bien que passablement bigarrés aussi sous le rapport de la nationalité. Tous ensemble constituent à nos Consuls une clientèle nombreuse, souvent exigeante, parfois fastidieuse, mais retenue envers eux par le besoin qu’elle a de leurs bons offices et assurée de leur appui par les injonctions formelles du Roi, ainsi que par l'accroissement de prestige et d’influence locale que, somme toute, elle leur procure. Un intérêt mutuel maintient donc intacts les liens de dépendance et les relations de protecteur à protégés que la tradition a créés entre agents de la France et religieux catholiques.

Si appréciables que fussent les services que les moines rendaient à la France, leur zèle et leur imprudence ne laissaient pas de susciter des ennuis à la nation. Non qu'ils se risquassent à tenter la conversion des Infidèles; depuis assez longtemps ils y avaient renoncé, sauf très rares exceptions, et les directions mêmes du Souverain Pontife leur recommandaient, sinon la totale abstention, au moins l’extrême réserve où ils se renfermaient à cet égard. Mais il arrivait qu'ils pussent donner ombrage aux Turcs sans entreprendre contre la foi des Musulmans. Leur multiplicité, leur diversité pouvaient déjà indisposer envers.eux un Gouverneur peu tolérant ou quinteux. Leur activité pouvait l’effaroucher, ameuter contre eux des fanatiques, les mettre aux prises avec des chrétiens d’autres confessions, si, faute de pouvoir évangéliser les sectateurs de Mahomet, l’envie leur prenait de convertir au catholicisme des schismatiques, ou d'amener au rite latin des catholiques de rites orientaux. N’eussentils pas cette intention, le soupçon s’en attachait inmanquablement à la fréquentation par eux des chrétiens du pays. « Il y a longtemps que j’ai dit, écrit le Consul d’Alepi, qu'il y a trop de religieux dans les Echelles du Levant. S'il y en avait moins et qu’il n’y en eût point de différents ordres en un même endroit, ce serait un bien pour la Religion et le repos public. Il y a ici des Jésuites, des Cordeliers, des Capucins et des Carmes. Je crains fort qu'ils n’effarouchent le nouveau Pacha, car, emportés par Pardeur de leur zèle, et peut-être par les mouvements d’une pieuse jalousie, ils ont bien de la peine à s’abstenir d’aller dans les maisons des sujets chrétiens du Grand- Seigneur, et, la diversité de leurs couleurs et de leurs habillements multipliant pour ainsi dire les objets aux yeux du Pacha, qui court la ville déguisé pour savoir ce qui se passe, pourrait bien l’irriter et lui faire prendre de fâcheuses résolutions contre eux. » Il y avait en effet, dans toutes les Echelles de Syrie et de Palestine, des chrétiens indigènes de deux catégories, les uns et les autres sujets du Sultan : des schismatiques, appartenant à des Eglises séparées de Rome; des catholiques, qui reconnaissaient la suprématie de Rome, mais conservaient leur rite, leur clergé et leur épiscopat nationaux. C’est surtout auprès de ces derniers que les missionnaires se mon= traient assidus; ils blessaient, ainsi la susceptibilité des Evêques maronites, syriaques

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