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LES RELIGIEUX. DIFFICULTÉS AVEC LES CLERGÉS INDIGÈNES A

ou melkites, dont ils se faisaient des ennemis, et donnaient prétexte au Pacha de se venger à la fois sur eux-mêmes et sur les chrétiens du pays. Le résultat était analogue, mais pire, quand c'était auprès de schismatiques que se manifestait l’assiduité de religieux latins. En 1715 le Pacha d’Alep fit arrêter un certain nombre de chrétiens, sujets du Sultan, et prévint nos missionnaires qu'il ferait arrêter tous ceux d’entre eux qui seraient vus entrant dans une maison chrétienne du pays ou en sortant : les Maronites, les Syriens, les Grecs durent apaiser la colère du Pacha moyennant 2.000 écus. « Tous ces malheureux chrétiens, écrit à cette occasion le Consul Péleran, sont persuadés que ce sera toujours pour les Turcs une source intarissable d’avanies que la fréquentation de nos missionnaires, parce qu’elle désigne et distingue des autres ceux chez qui ils vont. Ils ajoutent que, les Maronites étant catholiques ouvertement et sans nulle opposition, les religieux francs sont absolument inutiles pour la propagation de la foi dans les lieux où il y a des Maronites :. » Mais d’autres fois, c'était les Révérends Pères eux-mêmes qui payaient les frais de leur imprudence. «La quantité intolérable de femmes du pays, écrit le Consul d’Alexandrette?, que les religieux de Terre-Sainte attirent dans leur église, parmi lesquelles il s’en trouve souvent de Turques pour voir nos cérémonies, et leur manière de les confesser dans des endroits exposés à la vue des allants et venants, leur ont occasionné une avanie. » Les Turcs présentèrent une requête au Sous-Gouverneur pour que ces religieux fussent chassés; le drogman de la nation arrangea l'affaire avec le fonctionnaire ottoman, au prix d’un ballot de drap.

Tous les clergés indigènes, de quelque variété qu'ils fussent, défendaient âprement leurs ouailles contre la dévote indiscrétion des missionnaires latins : les clergés des Eglises schismatiques, plus encore que ceux des Eglises unies à Rome. Qu'un religieux franc fréquentât habituellement des Grecs orthodoxes, des Arméniens, des Syriens; qu'il incitât des chrétiens du pays à abandonner, non plus un rite, mais une

Eglise, pour passer au Catholicisme : il voyait aussitôt s’émouvoir l’Evêque dans le

troupeau de qui il s’était insinué et la défense s'organiser contre son prosélytisme. La défense était facile, Les Patriarches des Eglises orientales, ceux surtout des Eglises schismatiques, avaient des tenants et aboutissants à la Cour du Grand-Seigneur: eux-mêmes et leurs Evêques avaient des accointances avec les Pachas des provinces : c'était donc aux Turcs qu'ils avaient recours pour mettre ordre aux empiétements des missionnaires latins; et les Turcs ne se le faisaient pas dire deux fois. « Au mois de juillet 1723, —- lit-on dans les instructions remises, avant son départ pour Constantimople, à l'Ambassadeur d’Andrezel, — il fut apporté entre autres endroits à Damas, à Alep et aux principales villes de la Syrie un commandement du Grand-Seigneur, rendu l’année précédente, par lequel il est fait défense aux chrétiens, sujets de ce Prince, d’embrasser la religion catholique et aux religieux missionnaires latins d’avoir

4, 1746, 2, 21 août 1745,

aucune communication avec les Grecs, les Arméniens et les Syriens sous prétexte de les instruire. Ce commandement ordonne de plus qu’en cas que quelques Chrétiens: Grecs, Arméniens et Syriens, sujets du Grand-Seigneur, aient quitté leur ancienne religion pour faire profession de la catholique, ils aient à la quitter incessamment pour reprendre leur première, » On ne douta pas, à Versailles, que cette mesure eût été prise à la requête même des Patriarches Orientaux, de ceux des Grecs et des Arméniens entre autres; et probablement en avait-il été ainsi. Les chefs d'Eglises orientales, schismatiques ou même unies à Rome, avaient de sérieuses raisons d'élever des digues devant l’infiltration des religieux francs dans leurs communautésindigènes: d’abord, l'intérêt d'empêcher des désertions parmi leurs fidèles; ensuite, celui de prévenir les avanies que risquait d’attirer à ceux-ci des relations suivies avec un clergé étranger. En demandant aux Turcs d'interdire ces relations, de prohiber les conversions, ils ne faisaient donc pas que défendre leur clientèle; ils la prémunissaient contre des représailles et des persécutions de la part des Turcs eux-mêmes. Mais toujours est-il que la prohibition de la Porte Ottomane affecta le Gouvernement français, moins pour l'effet pratique qui pouvait en être attendu, que pour le caractère déplaisant dont elle était empreinte. Il sembla que le prestige de la protection fût atteint par une pareille restriction à l’activité des missions religieuses. L’Ambassadeur Bonnac n’ayant pu, malgré son exceptionnel crédit à Constantimople, réussir à la faire rapporter avant de quitter son poste, l'instruction de s’y employer fut donnée en 1724 à son successeur d’Andrezel, bien qu’en termes où perce un certain scepticisme sur les chances de succès. Rien n’avait encore été obtenu quand le successeur de M. d’Andrezel, le marquis de Villeneuve, fut mis en route pour Constantinople, en août 1728. Bien plus, les choses n’avaient fait qu’empirer : « Les Jésuites et les autres Religieux qui étaient établis à Damas, — lui apprirent ses instructions, — en furent chassés. Ils s’y sont rétablis depuis et, quoiqu'ils aient été inquiétés de nouveau par les Grecs, ils s’y maintiennent encore, mais ce n’est pas sans peine, » L’instruction donnée, quatre ans auparavant, à d’Andrezel fut donc renouvelée à Villeneuve, à cette différence près qu’on lui conseillait de chercher le remède à la situation, non seulement dans une action auprès de la Porte, mais dans un travail de persuasion auprès des Patriarches orientaux, Grecs et Arméniens notamment. Même imstruction fut réitérée le 9 décembre 1740, en termes identiques, au succes-. seur de Villeneuve, le comte de Castellane : ce qui prouve que, dans l'intervalle, les choses étaient demeurées en l’état. Elles paraissent bien-n’avoir pas changé en avril 1747, quand fut envoyé à Constantinople le successeur de Castellane, le comte des Alleurs. Mais à ce moment s’était formée en France, sur la question, une opinion moins favorable à la prétention des religieux latins, d’avoir faculté d’accès chez les … chrétiens du pays et liberté de relations avec eux. « L’émulation indiscrète et les passions personnelles des missionnaires, —lit-on en effet dans les instructions remises à des. Alleurs, — sont quelquefois plus préjudiciables au progrès de la religion que l’anti-

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