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LES RELIGIEUX. INTERVENTION CONSULAIRE ENTRE LATINS ET ORIENTAUX

pathie et l’animosité des sectes opposées à la catholicité. » Autour de cette opinion cistallisera, si l’on peut dire, la pensée du Gouvernement royal pendant la seconde moitié du xvirre siècle, en accusant de plus en plus la même tendance. Les instructions remises à Saint Priest en 1768, à Choiseul-Gouffier en 1783, avant leur départ pour Constantinople, en viendront à les mettre nettement en garde contre le danger résultant, pour les religieux, pour les nations des Echelles, pour la protection française, d’ « un zèle convertisseur » intempestif de la part des missionnaires latins, puisque le Saint Siège lui-même le déconseillait à l’égard des Musulmans et que Turcs et clergés indigènes s’accordaient à n’en pas vouloir auprès des chrétiens du pays. Restreindre l’activité des moines protégés par la France au sacré ministère parmi les catholiques latins, au service du culte dans les sanctuaires qu'ils possédaient, à l’entretien et à l'usage des établissements qui leur appartenaient, tels qu'hospices pour pèlerins; limiter le nombre des missions; diminuer la variété des ordres religieux; tendre, si possible, à n’avoir plus en Orient qu’une seule congrégation catholique (ceci toutefois plutôt vœu platonique que but positif); réfréner les excès de zèle, inconséquences, rivalités, jalousies, querelles de clocher ou de chapelle, écarts de conduite de quelque nature que ce soit, désormais reprochés avec une certaine aigreur à la milice ecclésiastique : telles sont les idées qui prévaudront pendant le dernier quart du siècle. L'application pratique s’en révélera d’ailleurs difficile.

En tout état de cause, des différends ne pouvaient pas ne pas éclater de temps à autre dans la famille catholique, entre clergé latin et clergé indigène, voire entre le Saint Siège et l’épiscopat de quelque Eglise orientale. Au représentant de la puissance protectrice dans la province où l'incident avait surgi incombait alors la charge de l’apaiser. C'était pour les Consuls une ingrate obligation que d’avoir à intervenir dans les rivalités des missionnaires avec les Evêques des rites orientaux. Tantôt c’est le Père Gardien de Jérusalem qui, étant venu donner la confirmation aux enfants des Francs à Alep, se laisse induire à confirmer aussi ceux des catholiques du pays : une contestation s'élève entre les missionnaires francs et les Evêques indigènes, et le Consul ne se délivre d’eux qu’en les faisant se pourvoir en Cour de Rome. : Tantôt c'est un Légat du Pape, Mgr Assemany, qui se présente au Consul de Seyde avec une lettre de M. le duc de Saint-Aignan, notre Ambassadeur près le Saint-Siège. À peine le Légat, comme il en a l’ordre, a-t-il réuni en synode les Evêques catholiques du pays, que l'hostilité éclate entre eux et le représentant du Souverain Pontile. Ils sont soutenus dans leur résistance par un client de la France, le Cheikh Neufel, neveu du Patriarche des Maronites. Le Légat fait aussitôt anvel au Consul de France, qui menace le Cheikh de la vengeance du Roi. Le Patriarcne, craignant pour le crédit de son neveu, engage les Evêques à céder. Mais l’apaisement est de courte durée et la mission de Mgr Assemany demeure pour le Consul de Seyde un perpétuel sujet de préoccupation et d’embarras. Ces menus inconvénients étaient pour ainsi dire la ran-

con dont la France PAYPAL les avantages qu’elle retirait du protectorat catholique en Orient.

En plus des religieux, les Juifs formaient alors un second lot de protégés de la France dans les Echelles de Syrie et de Palestine. En effet, les Anglais, les Hollandais et les Vénitiens ayant obtenu la permission de naviguer sous leur propre pavillon et d’établir des Consuls dans les Echelles, les Juifs livournais étaient le seul groupe national ou ethnique qui eût encore recours régulièrement à la « bannière de l’Empereur de France » et à la protection de son Consul. Ils étaient des clients beaucoup plus mal vus de nos nationaux que les religieux et, si l’on ne peut dire que les résidents de Syrie et de Palestine fussent anti-cléricaux, on peut dire à coup sûr qu'ils étaient antisémites. Les marchands des Echelles et principalement ceux d’Alep, où les Juifs étaient le plus nombreux, détestaient en eux des concurrents, beaucoup plus que des hérétiques, et demandaient instamment que le Roi leur retirât sa protection. « Ils jetèrent les fondements de leur établissement à Alep en 1682, écrit le Consul, par deux de leurs compatriotes qu’ils y envoyèrent avec quelques marchandises sur un vaisseau hollandais. M. d’Arvieux, qui était alors Consul de France et Hollande en Syrie, Chypres et Caramanie, les reçut sous la protection de France, où ils ont toujours été depuis... Je ne sais quelle raison a pu faire proposer de les exclure, si ce n est la fausse vue de quelques commissionnaires jaloux, qui s’imaginent que cette exclusion leur attirerait les commissions adressées à ces Juifs. » Le motif de la protection que la France leur accordait était aussi un motif d'intérêt, consistant dans la perception du droit de Consulat, que les protégés acquittaient comme les nationaux. Le produit des droits payés par ceux-ci était assez considérable pour que le Consul d’Alep protestât en 1731 contre l'institution d’une autre taxe sur les Juifs et écrivit à la Chambre : « Si les Juifs qui sont ici depuis vingt-cinq ans sous la protection du Roi y renonçaient, cette diminution nous forcerait à augmenter considérablement l’avarie de l’Echelle ?, au grand préjudice de ceux qui y négocient, aussi bien qu’à celui de tous les négociants résidant en cette Echelle, » L’argument du Consul décida le Ministre et la Chambre en faveur du stalu quo, mais en 1737 la question de savoir jusqu'où devait aller la protection des Juifs fut portée devant le conseil du Roi. La Chambre du commerce et l’Intendant de Provence, Icard, étaient d'accord pour. exclure les Juifs, comme tous les protégés, des fonctions nationales. Mais, tandis que la Chambre ne voulait les protéger que dans leur personne et dans leur commerce, l’Intendant proposait de les admettre à prendre part « à l’administration des arrangements auxquels ils étaient soumis. » En outre, il jugeait à propos de les autoriser à assister la nation dans les visites et cérémonies officielles. L'opinion d’Icard prévalut et des instructions en ce sens furent envoyées à M. de Lane, Consul d'Alep. Malgré

4, 1748. 3. 26 mars 1731.

2, Nom donné à l’un des droits perçus dans les

Echelles,

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