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LES JUIFS, LES BARATAIRES

cette décision, les marchands français de cette ville témoignèrent toujours une grande aversion aux Juiis, en prétendant que le mépris des Turcs pour ces derniers rejaillissait sur la nation qui les protégeait. En 1743, à l’occasion de l'entrée du Consul Arasy, 1ls refusèrent de les admettre dans le cortège de la nation: et comme les Juifs se disposaient à passer outre, nos résidents « firent prier M. Arasy de ne faire son entrée que le samedi, afin que les Juifs ne pussent pas s’y trouver, parce que leur loi leur défend de monter à cheval le jour du Sabbat, ce qui a été ainsi exécuté. »

S'il faut en croire les députés d’Alep, les Juifs refusaient de participer aux avanes faites à la nation, c’est-à-dire aux amendes dont les Turcs la frappaient .arbitrairement. Par contre, ils élevaient la prétention de faire supporter par la communauté française les avanies qui leur étaient faites à eux-mêmes. En 1744, le Juif Belilio, « très mauvais payeur et abhorré dans Le pays », se prend de querelle avec un conducteur de caravanes, ou melem. Aussitôt tous les melems d’Alep réclament du Consul que Belilio, réfugié dans la maison consulaire, leur soit livré pour avoir le poing coupé, comme ayant porté la main sur un Chérif, descendant de Mahomet. Le Consul eut grand’peine à obtenir que Belilio fût puni selon la loi française. « Gette affaire, écrit-il 1, coûta environ 2.500 piastres au dit seigneur hébreu, qui s'était imaginé, ainsi que ses compatriotes, que je ferais mettre la main à la caisse de la nation pour payer les frais de cette avanie. » Les Juifs espérèrent trouver de la part de l’Angleterre une protection plus libérale et désertèrent, à partir de ce moment, celle du Roï de France. « Quoique la Chambre y perde quelque chose, écrivent à ce sujet les députés d’Alep?, on ne doit pas y avoir beaucoup de regrets. » Cette désertion dut, d’ailleurs, rester localisée à Alep; car jusqu’à la constitution du Royaume d'Italie et à l’entrée de la Toscane dans le nouvel Etat italien, autrementdit jusqu’en 1861, les Juifs livournais continuèrent à se faire couramment protéger dans le Levant par le Gouvernement français.

Ils n’étaient pas, au xvrrie siècle, absolument les seuls étrangers qui fussent protégés de la France. Il y avait aussi les Baralaires, sujets du Grand-Seigneur, auxquels un Barat ou firman obtenu à prix d'argent donnait le droit de recourir à une protection étrangère. Elle leur était généralement octroyée en qualité, soit de

courtier ou censal de l’Echelle ou d’une maison particulière, soit de procureur d’un

couvent catholique. « Ils ne désirent le titre de barataires, écrira à la fin du siècle un Ambassadeur de France à Constantinople #, que pour se mettre à l’abri des vexations et surtout pour garantir leurs enfants de l’impôt qui se prélève sur les successions. Ce sont presqué tous de riches Saraÿs *, ou banquiers, qui n’ont jamais d’affaires embarrassantes et qui, par leurs rapports avec les grands de la Porte, sont au contraire souvent très utiles. » Ils n’ont joué aucun rôle dans les Echelles de Syrie et de Palestine au xvrtre siècle.”

4, Juillet 1744. | 3, Choiseul-Gouffier, le 25 novembre 1790,

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