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LES PUISSANCES DU PAYS. LES DONATIVES

d’une nation; en raison de la corruption dont cette administration était infectée, leur bonne volonté dépendait de la générosité de la nation. L'usage s'était donc établi de faire des présents aux puissances du pays, à l’occasion de certaines fêtes ou de certaines circonstances; la tradition n'avait pas tardé à établir des règles, que des Ordonnances avaient ensuite sanctionnées. Les « donatives », considérées comme dépenses nationales, étaient devenues une matière administrative : les comptes de chaque Echelle en fixaient le montant approximatif pour l’avenir; une décision du conseil de Marine ordonnait que ces présents fussent faits « en draps de France ou en autres choses qui en fussent, de préférence à ce qui était des pays étrangers! »; les députés étaient chargés de l’achat des donatives, dont une Assemblée avait déterminé la dépense. En visitant le Trésor Impérial renfermé au Vieux-Sérail de Constantinople, à côté des pierres précieuses, des bijoux admirables dont les Sultans ornaient leurs turbans, des armes qui unissent la valeur d’une œuvre d’art à celle d’un trophée, on remarquait encore, il y a peu d’années, des objets d’un goût tout européen : de grandes pendules Louis XV, des tabatières d’or, des montres anciennes, des services à thé de style Louis XVI, des glaces encadrées, des pistolets incrustés de métaux précieux. Ce sont là les objets que nos Ambassadeurs présentaient à Sa Hautesse au nom de leur maître, après leur audience, et qu'ils choisissaient eux aussi en «marchandises du cru de France ». On voit par là que les puissances des provinces suivaient un exemple venu de haut.

Les donatives formaient dans les Echelles de Syrie et de Palestine l’objet le plus important des dépenses nationales. Un rapport rédigé par M. Thomas, Consul d'Alep ?, nous en donne l’énumération pour cette Echelle. La nation faisait un présent au Pacha à l’occasion de son arrivée et de l’audience qu’il donnait au Consul ; d'usage immémorial, le Pacha, après l'audience, envoyait au Consul « un présent de diverses hardes et nippes »; en outre, il faisait depuis quelques années aux Consuls de France, d'Angleterre et de Hollande le même honneur qu’aux Princes des Arabes et aux Turcs de considération, en les faisant revêtir d’une pelisse. C’est en retour de ces présents que les Consuls envoyaient les leurs. Le Muhassil (Grand-Douanier) avait l'habitude de faire chaque année une visite au Consul, qui lui donnait à cette occasion une montre valant 50 piastres; quand le Consul lui rendait sa visite, le Muhassil lui présentait un cheval, en retour duquel le Consul lui envoyait un nouveau présent d’une valeur de 200 piastres. La nation faisait encore des donatives en sirops et confitures aux Pachas, Beys, Agas et autres puissances du pays, de même qu’à leurs officiers, à l’époque du Ramadan et du Kourban-Bairam. Les drogmans distribuaient de petites donatives en argent à la porte des grands; enfin les puissances demandaient quelquefois des liqueurs et divers petits présents en récompense, voire même

4, Le conseil de Marine aux Consuls des Echelles, 2, En 1769, 29 décembre 1719.

comme condition d’un service ?. Cela se montait à 3.635 piastres. Encore le vice-

consul d’Alexandrette devait-il faire de son côté des présents analogues, quoique moindres, au Musselem, au Douanier et aux autres préposés du Pacha d'Alep.

Il.en était de même dans le département de Seyde, où les donatives se répercutaient sur un nombre infini de fonctionnaires. « Les Pachas de Seyde, dit un Consul de cette Echelle, prétendent qu'il leur est dû des présents non seulement à leur arrivée et annuellement aux fêtes de leur Ramadan, mais encore qu’il leur en est dû un autre, quoique de moindre valeur, toutes les fois qu'ils s’absentent pour quinze ou vingt jours de Seyde.La même coutume leur donne la liberté de demander journellement aux Consuls diverses petites bagatelles qui leur sont nécessaires, savoir cire d'Espagne, papier, vinaigre, eau-de-vie et autres ? ». À Saint-Jean d’Acre, réside un Aga, «qui est en coutume de recevoir les mêmes présents que son maître, mais de moindre valeur, obligeant aussi le vice-consul à lui fournir les mêmes bagatelles ». Les marchands faisaient aussi un présent annuel aux Agas de Baruth, de Saffed, à cause du besoin qu'ils avaient de leur protection; la même raison les engageait à en gratifier le Cadi, l’Aga de la Douane, le Moutasoup ou lieutenant du Pacha de Seyde. À Rames, il y avait un Pacha particulier, indépendant de celui de Seyde, et qui était en droit de recevoir les mêmes gratifications. |

Le montant de ces donatives dépendait beaucoup de l’exigence des fonctionnaires turcs : or, à mesure que le contrôle de la Porte sur leurs actions devenait moins effectif, ils devenaient plus exigeants. « Il est aisé de voir, écrit le Consul de Seyde, que depuis cinquante-huit ans (1691) les Pachas, étant devenus plus opulents

et plus avides, ne peuvent se contenter aujourd’hui de présents si modiques* ». La

condescendance des Français à leur égard, l’habitude de voir leurs désirs satisfaits augmentaient aussi leurs exigences. « Sur la moindre chose, écrit le Consul d’Alep, ils prétendent des montres d’or, des draps de Gobelins, des pièces de satin, de damasquette à fleurs d’or # ». En 1744, le Nabib des Chérifs d'Alep renvoya au Consul dix pièces de drap qu'il ne jugeait pas suffisantes pour un service élémentaire.

1. Voici l'évaluation des donations faites par la nation d'Alep, d’après le même rapport :

Piastres

Piastres

Donatives d'usage aux officiers des puissances Présents en draps ou étoffes pour le cheval pré-

du pays pour les fêtes du Ramadan et du senté par le Muhassil . SÉREES TU 200

Konrbhan ane ts é PT AT NOR EESAEr 105 Présents aux Serdar, Nabib des Chérifs, Kiaya Présents en draps, satins, confitures à l’arrivée at leur nomination GE ANT En 500

d’un Pacha, ce qui peut revenir plusieurs Confitures et sirops à divers officiers et puis-

fois Mae SES EC ER LEA CECI EC SES ES 350 sances à leur Ramadan, Beylan, ete. . . . A80 Présents en retour de la pelisse dont le Pacha Présents en liqueurs, sirops, confitures faits

fait présent au Consul, . . . . . . . . . 350 AAÏ6XAndréfte. 21 4 Li 04, à LOU UNSS Présents en retour de diverses hardes dont le

Pacha fait présent au Consul . . . . . . . 170 2. Rapport sur les dépenses nationales de l’Echelle Présents à l’arrivée du Cadi. . . . . . . . . 100 de Seyde. Présents à la nomination du Muhassil . . . . 130 3. En 1750.

Montre au Muhassil après la visite . . . . 50 4. En 1744.

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