‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 35 sur 135 · MÉFAITS DES CORSAIRES MALTAIS. REPRÉSAILLES DES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

MÉFAITS DES CORSAIRES MALTAIS. REPRÉSAILLES DES INDIGÈNES

punition des pirates. Car une convention passée entre le Roi de France et l'Ordre de Malte interdisait aux corsaires de s'approcher des côtes de plus de 50 milles. Ils y contrevenaient perpétuellement et leurs méfaits attirèrent plusieurs fois les nations des Echelles de Syrie dans de très mauvais pas.

En 1724, un Maltais du nom de Galland fait main basse sur plusieurs bateaux indigènes dans la rade d’Alexandrette : l'Aga de cette ville menace de piller les magasins des facteurs français, si Galland ne restitue pas les prises qu'il a faites. Mais le corsaire a mis à la voile et fuit maintenant devant M. de Grandpré, commandant des forces navales du Roi en Levant. Le Consul d'Alep, qui a dû commencer par promettre d’indemniser les victimes, est heureux d'en être quitte, grâce à l’intervention de Bonnac, pour 425 piastres, dont le chevalier d’Argouges, agent du Roi à Malte, demandera la restitution aux armateurs du corsaire. C’est la forme la plus banale et la moins dangereuse des difficultés suscitées aux résidents par les Maltois.

Mais les représailles des Turcs pouvaient aller jusqu'à mettre en danger les biens et

. même la vie des Francais. Le 15 février 1719, la populace de Tripoli de Syrie pillait,

en manière de rétorsion, la maison du Consul Monhenault et celles de deux marchands, Fabron et Anglès. $’étant rendu à Constantinople en personne, pour obtenir réparation avec le concours de Bonnac, le Consul revint avec un commandement du Sultan qui ordonnait la restitution de tout ce qui avait été pris aux Français, la punition des coupables et la déposition de l’Aga des Janissaires, principal auteur de l'attentat. Il alla, en compagnie du nouvel Aga des Janissaires, chez le Pacha qui le reçut avec honneur et fit jeter en prison l’ancien Aga. Sur 40 bourses que l’avanie avait coûté à la nation, elle en récupéra 25 : le-reste fut réparti entre toutes les Echelles du Levant.

En 1756, arrive en rade d’Alexandrette un navire armé en course à Malte et battant pavillon du Roi d’Espagne. Comme il y avait alors en rade 6 vaisseaux fran-

çais prêts à charger ou à décharger, le vice-consul se rend à bord du corsaire pour

l’exhorter à ne pas faire de prises, en considération des risques qu'il ferait courir aux Français : le Maltais arrête néanmoins un bateau qui portait du riz dans le golfe d’Antioche et capture trois Turcs, enrôlés dans l’équipage. Aussitôt une émeute éclate contre les Français d’Alexandrette; l’Aga somme le vice-consul de retourner à bord du corsaire, pour obtenir la liberté des captifs. Lorsque le vice-consul revint à terre, ayant dans sa chaloupe les trois Turcs dont il avait arraché la restitution au Maltais, plus de mille personnes l’attendaient au débarcadère. Mais, à quelques jours de là, le même corsaire enlève une caravelle chargée de blé et montée par quatre Turcs. Cette fois la populace s'empare du Supérieur du Couvent de Terre-Sainte, lui lie bras et jambes et le roue de coups. Le vice-consul est insulté en se portant à son secours; il fait alors savoir à l’Aga qu’il va se rendre à bord et ne reviendra qu'avec les quatre marins capturés et la promesse de restituer le blé. A force de menaces, il

décide le corsaire à relâcher sa prise, et l’émeute est encore une fois apaisée.

En présence de pareils dangers, un Consul pouvait écrire : « Il est certain que, si la Cour n'obtient pas de la Religion de Malte que ses Corsaires ne croisent plus en ces côtes, nos vies et nos biens sont à croix et à pille 1.» Au moment où ces lignes étaient écrites, il n’y avait pas moins de quatorze corsaires maltais sur la côte de Syrie, attendant un convoi parti de Damiette à destination de Tripoli, Alexandrette et Alep, et l’un d’eux, qui venait d'enlever une saïque turque sous le canon de Lattakieh, aggravait le cas en arborant indûment le pavillon du Roi de France.

La Cour ne négligeait rien pour délivrer les Echelles de ce fléau. Tantôt elle chargeait l'Ambassadeur du Roi à Constantinople d’obtenir de la Porte un commandement général « écartant toute responsabilité des Français dans ces sortes d’accis dents®?. » Tantôt elle donnait ordre à son Chargé d’affaires à Malte de faire des remontrances au Grand-Maître sur la convention conclue avec le Roi. Tantôt enfin elle se vengeait sur la personne même des corsaires, quand cela était en son pouvoir. C’est ainsi que Galland, qui avait suscité une avanie à la nation d’Alep en 1724, fut arrêté à La Ciotat en 1727 et emprisonné à la tour de Bouc. On s’assura que sa course n’avait porté préjudice à aucune autre Echelle, on contraignit ses armateurs à dédommager les négociants d'Alep : lui-même fut retenu en prison quelque temps « pour servir d'exemple aux autres corsaires » et ne fut relâché que sur l'assurance « qu’il était à présent hors d’état de faire aucun armement de course, n1 de causer

d’inconvénient au commerce ÿ. »

III. — Les frégates royales qui croisaient presque sans interruption dans les mers du Levant donnaient la chasse aux corsaires Maltais. Mais leur rôle devenait surtout important lorsque la guerre éclatait entre la France et l’Angleterre : il s'agissait alors d'éviter une interruption complète du commerce en empêchant les navires marchands de tomber entre les mains des corsaires ou des armements régu-

liers de l'Angleterre. Aussi la Chambre et l'Ambassadeur prévenaient-ils les Gonsuls

en toute hâte de la déclaration de guerre #; ceux-ci en informaient à leur tour les

capitaines qui avaient relâché dans leur Echelle. Le Roi détachait de son escadre un.

certain nombre de vaisseaux pour protéger la navigation du Levant. « L'objet des vaisseaux du Roi, en venant dans ces mers, écrit l'Ambassadeur Castellane ”, doit

qui puisse arrêter le cours de la navigation, mais je les 2. Maurepas en charge M. d’Andrezel en 1727. averlirai seulement de prendre des précautions et 3. Maurepas à la Chambre, décembre 1727. d'éviter autant que possible les Anglais qu’ils aperce- 4. En avril 1744, Castellane écrit à la Chambre : «Le vront sur leur route. » En août 1746, il félicite la Chamcombat qui s’est livré entre les escadres combinées bre d’avoir obtenu du Roi l'envoi d’une escadre dans le

4, En 1736.

française et espagnole et celle d'Angleterre devant donner lieu incessamment à une déclaration de guerre, vous ne devez pas douter que j’en fasse part à tous les capitaines et patrons... Je ne leur donnerai aucun ordre

Levant, sous les ordres de M. de Massiac, et souhaite

que ce commandant détache de sa force navale la

frégate la Flore, pour mouiller dans les parages d’Alep. 5. En août 1746,

Les Ecuerres pe Syrie ET DE PALESTINE

; Benoit de MAILLET, Consul de France, Inspecteur des Echelles du Levant et de Barbarie,

d’après une gravure de JEAURAT,.

Le Comte de CHOISEUL-GOUFFIER,

Ambassadeur de France à Constantinople,

d’après une gravure de BAILLY.

- r) Cette miniature a été reproduite en tête du ‘‘ Mémoire de l’Ambassade de France à Constantinople” par le Marquis de BONNAC, publié par M. Ciares SCHEFER, chez l'Tiditeur LEROUX.

LE “tn. €

Le Marquis de BONNAC

Ambassadeur de France à Constantinople,

d’après une miniature appartenant à M. le Comte pe LUPPÉ (1)

Le Comte de SAINT-PRIEST,

Ambassadeur de France à Constantinople.

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