‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 36 sur 135 · PRISES DES CORSAIRES ANGLAIS D · texte numérisé non relu

PRISES DES CORSAIRES ANGLAIS D

être plutôt de détruire les corsaires que de faire des prises. » Afin d’en imposer aux malfaisants corsaires britanniques, les capitaines marchands se réunissaient en convois et naviguaient de conserve sous l’escorte de deux ou trois bâtiments de guerre. Ces convois représentaient quelquefois une valeur immense : en 1747, on annonce l’arrivée à Marseille d’un convoi de quarante-trois voiles, en provenance du Levant et de Barbarie, sous l’escorte de deux vaisseaux et d’une frégate du Roï, commandés par M. de Massiac; la cargaison est évaluée à environ six millions; sur le nombre, deux navires viennent d’Alexandrette, cinq de Seyde et d’Acre.

Ceux qui se risquaient à faire route seuls ou en nombre insuffisant devaient livrer aux Anglais des combats, dans lesquels ils succombaient malgré leur belle défense. En 1757, mande le Consul de Seyde, le capitaine Sallest ne s’est rendu au Commandant du Graehound qu'après avoir été poursuivi pendant vingt-quatre heures et avoir tiré 140 coups de canon. Deux ans après, le capitaine Isnard rencontre en sortant de Chypres la frégate le Preston : « Sa bonne manœuvre l’en eût fait échapper, écrit le vice-consul d’Alexandrette, si le Faucon, vaisseau de 18 canons, de 80 hommes d’équipage et très excellent voilier,ne l’eût atteimt à portée de pistolet, malgré que ce capitaine n’eût point discontinué de se servir, pendant trois heures, de ses avirons et de se défendre de ses deux canons de retraite avec toute l’activité dont son équipage pouvait être capable. »

Ces prises faisaient essuyer de très fortes pertes au commerce des Echelles. « Si nous ne recevons quelque secours, écrivait dès 1747 un Consul de Seyde, le ccmmerce de ces cantons va être totalement détruit. » Mais des secours, envoyés de Toulon, empêchaient généralement que le courant commercial fût complètement tari et, en outre, pour diminuer les risques, une Ordonnance royale vint interdire la navigation, pendant la guerre, aux navires de moins de cinquante tonneaux.

Nos Consuls obtenaient pourtant des autorités turques la restitution des prises que les corsaires ennemis conduisaient dans les Echelles, quand ces navires avaient été chargés pour le compte de sujets du Grand-Seigneur. Au début de la guerre de 1744, le Grand-Vizir avait essayé d’épargner aux Turcs la perte des marchandises qu'ils confiaient aux capitaines français, en proposant aux belligérants de s’interdire la course et tous les actes d’hostilité au delà d’une ligne de démarcation allant du golfe de Sidra en Afrique au golfe de Larta en Epire. L'Ambassadeur et le conseil du Roi pensèrent qu’accéder à cette demande serait renoncer à protéger directement le commerce français dans les mers neutralisées et le livrer aux déprédations des pirates Barbaresques, sans autre garantie que la prôtection de la Marine ottomane. Ils refusèrent done, et les Turcs conservèrent le même intérêt que nous à obtenir de l’Angleterre la restitution des navires français nolisés pour leur compte.

Cette restitution n’allait pas toutefois sans de grandes diffieultés. En 1745, un

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