En
vaisseau anglais, la Tamise, amène dans la rade de Tripoli deux navires français qu’il a pris entre Damiette et le « Paya d’Alexandrette », où ils se rendaient. Il les abandonne, après en avoir enlevé toutes les provisions, coupé les câbles et pris les voiles. Comme ces navires étaient chargés pour le compte de sujets du Sultan, le Consul prie l'Ambassadeur Castellane d’en obtenir la restitution. La Porte renvoie l'affaire devant le Pacha de Tripoli, qui assemble en Divan tous les grands du pays. Le Consul de France s’y rend avéc la nation; le vice-consul d'Angleterre avec son neveu, seul résident britannique de Tripoli. L’Anglais soutient d’abord que les navires sont de bonne prise; le Français le nie, alléguant qu'ils ont été pris en vue de la côte turque et que, d’ailleurs, un commandement du Grand-Seigneur interdit aux belligérants les actes d’hostilité dans les mers de son empire, dont on ne sort pas pour aller de Damiette à Tripoli. Après ces plaidoiries, le Pacha renvoie la suite de l'affaire à plus tard, sous prétexte de faire procéder à une enquête. Mais cette interruption a, en réalité, un autre but : «le kiaya du Pacha, écrit le Consul, me fit dire que lui et les autres officiers du Pacha le disposeraient en notre faveur, ce qu'ils souhaitaient, assurés que le Pacha, décidant en notre faveur, serait gratifié et eux de même. » En réponse à cette ouverture, les capitaines des navires capturés consentent, à abandonner chacun mille piastres en présent. À peine leur réponse est-elle parvenue au Pacha qu'il réunit un nouveau Divan, produit les pièces de l’enquête, invite le vice-consul anglais à formuler ses objections, demande l'avis des assistants et, conformément à leur opinion, ordonne la restitution des navires et du chargement. Le Consul en fait aussitôt prendre possession, arborer et saluer, sur les prises délivrées, le pavillon du Roi.
Rarement, dans les cas analogues, obtenait-on des Turcs qu'ils fissent lâcher prise à un corsaire anglais, sans avoir à délier les cordons de la bourse. Mais il arrivait que les Anglais, instruits par l'expérience, appelassent la cavalerie de Saint-George à la rescousse de leur marine. Aïnsi, en 1757, un Consul de Tripoli a-t-il toutes les peines du monde à obtenir d’un Pacha, qui s’est laissé tenter par les offres alléchantes de nos ennemis, l'exécution d’un commandement du Sultan ordonnant la rétrocession d’une voile française, conduite en rade de Lattakieh par les corsaires britanniques qui l'avaient enlevée. Pareille occasion aussi n’était-elle pas trop propice à un honnête Gouverneur ottoman, pour se mettre aux enchères entre deux compétiteurs, bien pourvus d'arguments sonnants et trébuchants?
C'est par ces coups de main des corsaires que les guerres franco-anglaises jetaient le plus de troubles dans le commerce et jusque dans l’existence des résidents français de Syrie et de Palestine.
IV. — Si tous les peuples de Syrie et de Palestine avaient été également soumis à la Porte et dociles aux ordres des Pachas, les rapports des Français avec les indi-