‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 45 sur 135 · CONTRE-COUP DES GUERRES DE PERSE SUR ALEP · texte numérisé non relu

CONTRE-COUP DES GUERRES DE PERSE SUR ALEP

résidait à Bassora, et de marchands français ou vénitiens de cette place. Leur correspondance montre l'influence immédiate de la guerre sur le commerce et la situation des Français d'Alep. « On ne parle plus aujourd’hui que de guerre, écrit Monhenault à ka Chambre !; j'en suis au désespoir par rapport à votre commerce qui ne peut manquer d’en souffrir. Il serait fort à souhaiter pour tous les habitants de cette ville et particulièrement pour nos négociants que la guerre de Perse fût absolument terminée ?.»

Pourtant, ni les négociants, ni le Consul ne jugeaient encore le fléau à sa juste valeur : malgré l’opiniâtreté des deux parties, ils croyaient la paix prochaine, pensant que les Persans n’aspiraient qu’à reprendre les conquêtes des Turcs et que ceux-ci se résigneraient facilement à les y laisser rentrer *. Leurs prévisions semblèrent d’abord confirmées; en janvier 1732 la nouvelle de la paix parvient à Alep:«il n’y a point de doute que votre commerce en Levant s’en ressentira dans cette Echelle ‘ », écrit le Consul à la Chambre en la lui annonçant. La paix ramenait en effet à Alep la confiance et la sécurité, ranimait les affaires, et la situation des Français s’améliorait aussitôt : « Je ne sais, écrit Monhenault 5, si cette nouvelle a commencé à paraître favorable aux gens du pays, ou quelqu’autre raison, mais il est constant que le commerce de cette Echelle a pris faveur extrêmement depuis quelque temps et presque toutes les marchandises d'Europe sont demandées et se vendent même avec avantage. Quoiqu'il y ait eu diverses expéditions de Marseille, dont j’appréhendais même un mauvais succès pour notre commerce, les caravanes qui se trouvaient pour lors à Alep et celles qui sont venues depuis ont enlevé presque toutes nos marchandises, de sorte que, s’il y avait actuellement ici quelque bâtiment, quelque riche qu’il fût, son chargement ne tarderait pas d’être bien vendu. »

Avant la fin de la même année le Consul annonçait à la Chambre la rupture de cette paix, qui n'avait été qu’une trêvef. Thamas-Kouli-Khan, rebelle à son Roi, reprenait les opérations contre les Turcs, mettait deux fois le siège devant Bagdad, et triomphait tour à tour des Seraskiers Topal-Osman et Abdallah-Koeprulu (1733- 1735). « Ges nouvelles, écrit le Consul, ont répandu la consternation sur cette Echelle, où l’on craint fort que Bagdad tombe enfin au pouvoir des Persans; de sorte que le commerce se trouve absolument interrompu. » Bagdad, entrepôt de toutes les marchandises que les caravanes apportaient à Alep, Bagdad deux fois investie et menacée de passer sous la domination d’un peuple ennemi de la Turquie : c’était une menace de mort pour l’Echelle d'Alep. Heureux encore les Français s’ils n’avaient eu à craindre que des pertes d’argent : mais, après les foudroyants succès de Thamas-

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