ÉTAT DES ÉCHELLES EN 1715. LEUR EMPLACEMENT
choses sur un meilleur pied et établit fermement son propre crédit dans la Cour d'Europe où la situation personnelle de l'Ambassadeur contribuait le plus au prestige de l'Etat qu’il représentait. Bien que diminuée par nos revers pendant la guerre de succession d’Espagne, l’influence de la France à Constantinople demeurait donc encore puissante et bénéficiait de dispositions réciproques plus décidément amicales qu'elles ne l'avaient jamais été sous Louis XIV.
CR III. — L'Ambassadeur de France dut se féliciter de trouver un emploi plus pacifique de son crédit dans la protection du commerce français, renaissant grâce
à la paix.
De toutes les Echelles du Levant, c'est dans celles de Syrie et de Palestine que nos nationaux jouissaient en 1715 de la situation la plus solidement établie. L’emplacement de celles-ci ne se confondait pas toujours avec les lieux où s’est ensuite concentré le commerce de ces provinces. Sur cette partie du rivage de la Méditerranée orientale, aucun grand centre commercial ne s’imposait d'avance au choix de nos négociants pour y fixer leur résidence. Aussi quand, bien avant le xvrre siècle, des navigateurs marseillais avaient obtenu des Musulmans ou des Princes Chrétiens du pays le droit d’y fonder des comptoirs, avaient-ils choisi pour s’y établir les points qui leur avaient paru les plus propices à servir de débouchés aux produits de l’intérieur et à recevoir des vaisseaux. Il leur suffit que la ville ou la bourgade indigène offrît les ressources strictement nécessaires à leur entretien. Ainsi s’explique-t-on que les colonies marchandes ou « nations » aient pu, au cours du x1x® siècle et, dans une moindre mesure, pendant le xvirre, abandonner une Echelle pour une autre ou en créer une nouvelle. Mais jusqu'aux dernières années du xvirie siècle, la nation française continua de résider dans la plupart des Echelles où nous la trouvons en 1715.
En suivant du Nord au Sud cette côte presque droite, nous la trouvons d’abord à Alexandrette, au fond du golfe le plus profond et le plus sûr de toute la Syrie. Alexandrette n’était elle-même que le port d'Alep, la véritable Echelle de la Syrie septentrionale, située à ia limite des montagnes et du bassin de l’Euphrate, distante du rivage de trois journées de cheval. Les rares navires français qui, de loin en loin, jetaient ensuite l’ancre à Lattakieh, pour y charger du tabac, n’y trouvaient aucune maison de leur nationalité. Bien déchue de son ancienne splendeur, l’antique Laodicée ne tirait plus qu’un insignifiant parti des avantages de sa position, en face de Chypre, sur un littoral fertile, le long duquel courent les monts Ansari et, au delà de cette chaîne, la vallée de l'Oronte. Pour rencontrer de nouveaux comptoirs, il fallait descendre jusqu’à Tripoli, construite aux pieds des premiers contreforts du Liban, à une demi-lieue environ d’une rade ouverte, où était son port. Après avoir dépassé Baruth (Beyrouth), qui ne comptait pas encore parmi nos Echelles, ne recevant qu’un seul
marchand français, et encore par intermittence, on entrait dans une zone où nos établissements étaient beaucoup plus rapprochés les uns des autres. A la même latitude
que Damas, où le commerce européen n’avait pas encore de représentants, en com= … . munications faciles par la vallée de la Bekaa avec tout le Liban central et méridional, + Seyde, l’ancienne Sidon, était l’Echelle la plus importante et le port le plus fréquenté | ra de cette partie de la Syrie, malgré sa rade mal protégée par de petites îles. Son émule Mrs de jadis, Tyr, dont le nom s'était transformé en celui de Sour, n’était plus pour les D
Français qu'un lieu d’escales, et encore assez rares, bien que son port fût apprécié des navigateurs. Aucun négociant n’y résidait en permanence. La baie de Saint-Jean Ro d'Acre était beaucoup plus sûre et, si l’état de la mer empêchait les navires de jeter [618 l'ancre sous les murs mêmes de la ville, siège de plusieurs maisons françaises, Caifa, sS à l'extrémité sud de la baie, leur offrait, aux pieds du mont Carmel, un mouillage FE plus abrité, On n’en saurait dire autant de Jaffa, dont les écueils défendent l'entrée ES sans la protéger : c'était pourtant et c’est encore l’Echelle et le port bien insuffisant ne de la Palestine, Jérusalem était pour Jaffa ce que Damas était pour Seyde et Alep. : pour Alexandrette : mais pas plus que Damas, Jérusalem ne donnait asile à des négo- | $ ciants français, et c’est à Rames, à quatre lieues seulement à l’intérieur des terres, "A que ceux-ci avaient établi leurs magasins, Au delà de Jaffa, les navires ne faisaient ns plus escale qu’en Egypte,
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IV. — Ces Echelles exploitaient en 1715 un commerce déjà très nourri et très bien défini.
Mêmes articles d'exportation, mêmes articles d'importation ou, comme on disait alors, mêmes «envois », mêmes « retraits », pendant tout le xvitre siècle qu’en 1715: Quant aux envois de France, toutes les Echelles consommaient à peu près les mêmes articles, parce que les besoins des indigènes étaient les mêmes en Palestine qu’en Syrie, en Galilée que dans le Liban. Le fond des exportations françaises à destination. du Levant consistait en draps de nos manufactures du Languedoc, dont Colbert était arrivé à faire les rivales souvent victorieuses des manufactures anglaises et. hollandaises. Les tissus de toutes sortes, soieries, toiles et cotonnades, les papiers, les poteries, les métaux bruts ou travaillés complétaient les cargaisons de nos navires. Si la liste de ces articles est plutôt courte, c’est que l’argent et les lettres de change servaient encore pour une large part à rétablir l'équilibre entre les sorties et les entrées des Echelles, La proportion des marchandises ira augmentant, celle des espèces et des traites diminuant, dans la balance de ce commerce, au cours du xvtrre siècle.
Chaque Echelle ou tout au moins chaque groupe d’Echelles avait au contraire sa spécialité en matière de « retraits », c’est-à-dire de marchandises expédiées en France. Car chacune ou chaque groupe de deux ou trois servait de débouché à des
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