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ÉTAT DES ÉCHELLES EN 1715. LEUR COMMERCE

provinces différentes de l’Empire Ottoman. La nature de leur commerce divise en effet les Echelles de Syrie et de Palestine en trois sections : Alep et Alexandrette au Nord, Seyde et ses dépendances d’Acre, de Rames et de Jaffa au Sud, forment deux groupes commerciaux nettement tranchés; entre eux, Tripoli de Syrie sert de transition, ést en relations avec l’un et l’autre et n'appartient complètement à aucun des deux. |

Alep était l’entrepôt où les Européens venaient acheter les marchandises de Perse, des Indes et de l'Extrême-Orient. Plusieurs fois l’an, des caravanes partaiént d’Ispahan, de Bassora et de Bagdad, et, traversant le désert, apportaient à Alep les soieries, les tapis de laine et de soie, les toiles, les indiennes et les pérses, les bourres, les maroquins, les plumes d’autruche, les essénces et ces denrées de toute espèce que l’on confond en Orient sous le nom de « drogues ». L’affluence de ces produits avait fait d'Alep, au début du xvrre siècle, la plus grande placé de commerce, non seulement de la Syrie, mais du Levant. Mais en 1715, elle avait déjà perdu le prémier rang. Les guerres des Turcs et des Persans, dont les luttes fréquentes pour la possession de Bagdad devaient souvent nuire à la prospérité d'Alep ét de son Echelle française pendant le xvrtie siècle, avaient commencé à troubler le trafic entre Ispahan, le golfe Persique et la Syrie septentrionale. Favorisés par le Shah, les Hollandais ét les Anglais, établis à Ormuz, s’efforçaient de détourner vers l'Océan

. Indien le commerce de ces régions. Enfin la tyrannie des Pachas d'Alep, qui soumi-

rent les marchandises à des droits exorbitants, fit souvent prendre aux caravanes de Perse la route de Smyrne. Sous l'influence de ces causes, Alep était descendue du premier au cinquième rang des Echelles françaises du Levant, au second parmi celles de Syrie, dépassée en 1715 par Smyrne, Alexandrie, Constantinople et Seyde.

Telle avait pourtant été son importance, qu’elle avait pu déchoir tout en restant le centre d’un grand mouvement d’affaires. En 1714, année exceptionnelle il est vrai, la valeur de ses exportations s’éleva à 2.108.000 livres; le chiffre atteint en 1700, 726.079 livres, est plus près de la moyenne. Le nombre des Français résidant à Alep avait diminué en proportion du commerce qu'ils se partageaient, Du chiffre de 30 marchands, que la nation comptait en 1630, elle tombe à 16 en 1693 et oscille entre 15 et 20 jusqu’en 1715. Les établissements anglais avaient suivi une marche inverse. Tandis que les Vénitiens, nos seuls concurrents jusqu’à la fin du xvre siècle, disparaissaient presque complètement, le nombre des marchands anglais égalait celui des Français et leur commerce dépassait souvent le nôtre. Les quelques résidents hollandais avaient passé, depuis la ligue d'Augsbourg, de la protection du Consul de France à celle du Consul d'Angleterre.

On a tout dit du commerce d’Alexandrette, quand on a décrit celui d'Alep. Un méchant hameau, cinq ou six magasins de « Francs » ou Européens, les maisons de l’Aga et du Douanier, quelques cabanes de Grecs et de Levantins : tel est, en 1715, le tableau de cette Echelle, où deux ou trois facteurs français et autant d’Anglais

exécutaient, sous le contrôle de leurs vice-consuls, les commissions des comptoirs

d’Alep.

Tout autre était l’aspect de Tripoli de Syrie. C'était, à l’époque, une grande ville, dont un vice-consul français estime la population à 80.000 "habitants, chef-lieu d’un Pachalik et pourvue de toutes les autorités ou « puissances », que comportait en ce temps la tracassière administration turque. L'importance de la ville explique pourquoi l’'Echelle ne put jamais être rangée sous la tutelle effective d’Alep ni de Seyde. Jusqu'en 1612, elle joua vis-à-vis d'Alep le rôle d’Alexandrette, c’est-à-dire qu'elle lui servit de port : elle avait sur cette dernière l’avantage d’être autre chose qu’une bourgade et de n'être pas malsaine. La proximité d’Alexandrette et la supériorité de sa rade finirent pourtant par l'emporter : la nation française sy transporta en 1612. Elle revint à Tripoli en 1680 et s’y organisa de nouveau sous un vice-consul, mais avec une mission différente. Déchue en tant que port d’Alep, Tripoli ressuscitait comme Echelle indépendante, puisant ses ressources dans son industrie locale et dans les produits du Liban septentrional. Quarante-trois résidents français vinrent s’y établir de 1685 à 1719. Cette faible émigration ne permet pas d'évaluer à plus de 5 à 6 marchands à la fois le contingent de Tripoli; mais ces marchands exportèrent pour 7.000.000 de livres de 1700 à 1715. Par la nature de ses exportations, Tripoli ne se rattache complètement, ni à Alep, ni à Seyde : comme Alep, elle est un marché de tapis et d’étoffes du pays; comme Seyde, elle fournit la lame et le coton. Enfin, pour achever l’indécision, les navires qui visitent l’Echelle, au nombre de 5 ou 6 par an, viennent y compléter leur chargement commencé, tantôt à Seyde, tantôt à Alep. Tripoli vit donc du cabotage, qui, dans les documents du temps, prend le nom de «caravane », lorsqu'il s’agit des Echelles du Levant.

Des articles d’exportation identiques, des relations réciproques fréquentes font des Echelles de Syrie méridionale et de Palestine une véritable petite province dans la grande. |

La Syrie compte à peine aujourd’hui comme centre de production du coton eb la part qu’elle fournit à l’approvisionnement européen est insignifiante à côté de celle de l'Egypte. Mais jusqu’au moment où la culture du cotonnier fut développée et organisée dans de grandes proportions en Egypte par Mehemet-Ali, aidé de l’horticulteur français Jumel, jusqu’en 1821, la Syrie méridionale et la Palestine furent un des principaux marchés de coton du monde et le premier du Levant. C’est l’exportation des cotons en laine et des cotons filés qui firent la fortune de Seyde et celle de ses satellites d’Acre, Rames, Jaffa, plus tard Baruth.

Quel besoin d’entretenir quatre Echelles pour en tirer un seul article? C’est, d’abord, qu'il fallait que, de distance en distance, la récolte eût un débouché voisin. C’est ensuite que les produits des diverses régions étaient plus ou moins prisés, comme le sont aujourd’hui ceux des diverses provinces de la Basse-Egypte. Il commença, d’ailleurs, par ne pas y avoir quatre Echelles proprement dites. Jusqu'au

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