ÉTAT DES ÉCHELLES EN 1715. LEUR COMMERCE
milieu du xvrie siècle, Acre, Rames et Jaffa ne reçurent que des « facteurs », simples agents des maisons de Seyde, où l’on centralisa tous les produits de la contrée, que les navires venaient y charger. Mais ensuite les marchands en résidence dans les trois premières localités furent organisés en nations distinctes, sous des vice-consuls, généralement pris parmi eux. Les capitaines des bâtiments qui visitaient Seyde vinrent embarquer à Saint-Jean d’Acre et à Jaïffa les marchandises acquises des cultivateurs environnants, ce qui entretint entre ces trois Echelles, plus celle de Rames, sise à l’intérieur des terres, de constantes relations, en même temps qu’une rivalité chronique.
Sur 2.388.000 livres, valeur des exportations de Seyde en France en 1714, les cotons représentaient 1.150.000 livres. Dans les exportations des Echelles secondaires, ils entraient à proportion, et quelquelois plus. Le reste était fourni par de la soie de qualité inférieure à celle d'Alep, par des « cendres », qui servaient à la fabrication du verre et du savon, par du riz apporté de Damiette, et, pour Seyde seulement, par des étoffes de soie et tissus de tous genres, fabriqués à Damas. Il n’y avait pas, dans cette dernière ville, de facteurs français en 1715 : c’est à Seyde que les comptoirs marseillais achetaient les beaux et riches articles produits par l’industrie de Damas. À Baruth, où ces articles eussent été plus vite amenés, ne résidait en 1715 qu’un seul facteur, détaché par la nation de Seyde. C’est pourtant à Baruth qu'avait été primitivement le siège de l’Echelle. Mais dès les premières années du xviie siècle, l'Emir Fakreddin, voulant obliger nos marchands à s’en retirer, en avait fait combler le port, tandis que son administration améliorait la situation de Seyde, où il voulait attirer le commerce européen. Il y avait réussi.
Depuis ce temps, les Français, dans les Echelles de Syrie méridionale et de Palestine, s'étaient plus accrus en prospérité qu’en nombre. Le Gouvernement royal Himitait volontairement à 18 ou 20 les maisons de Seyde, à 17 ou 18 celles d’Acre, à 5 ou 6 celles de Rames; à Jaffa, misérable hameau et port assez peu fréquenté, les marchands entretenaient deux ou trois facteurs. Mais les exportations de ces quelques comptoirs atteignaient un chiffre très élevé. De 1671 à 1714, ils exportèrent pour 53.282.000 livres, ce qui place leur chef-lieu, Seyde, au premier rang des Echelles de Syrie et au troisième de toutes celles du Levant. La concurrence des Anglais et des Hollandais, si active à Alep, était encore insignifiante dans les ports du Sud. Pourtant, dans les dernières années du règne de Louis XIV, les Consuls français durent plusieurs fois déjouer des tentatives de nos rivaux, en vue d’y établir des Consuls nationaux.
V. — Des ordonnances royales avaient confirmé la division que la nature avait créée entre les Echelles de Syrie et Palestine. Galquée sur la division naturelle, la
division administrative distinguait le département consulaire d'Alep, avec sa dépendance d’Alexandrette, et celui de Seyde, dont ressortissaient Saint-Jean d'’Acre, Jaffa et Rames. L’analogie subsiste jusque dans la situation équ'voque de Tripoli : en 1718, le vice-consul de cette Echelle se plaindra encore de cette indécision, déclarant que ses prédécesseurs avaient reçu leur commission royale par l'entremise, tantôt du Consul d'Alep, tantôt du Consul de Seyde. Entre les postes consulaires existait en effet une hiérarchie fondée sur l’importance des Echelles. Mais 1l n'y avait pas encore de Consulats généraux.
L'intérêt de la religion catholique, dont les Capitulations reconnaissaient la protection au Roi de France, avait amené, sous Louis XIV, la création d’un Consulat à Jérusalem. L’année 1715 vit précisément s’accomplir la suppression de ce poste: suppression de fait, mais que les successeurs du Grand Roi rendirent définitive.
Dans l’administration du Levant, Louis XIV semble s’être réservé les missions comme une part personnelle. Il fut pour elles ce que ses Ministres furent pour le commerce. Parmi les nouveaux articles obtenus par Nointel lors du renouvellement des Capitulations en 1673, le premier est une reconnaissance formelle du protectorat religieux de la. France : « Que les Evêques ou autres religieux de secte latine, qui sont sujets à la France, de quelque sorte qu'ils puissent être, soient dans tous les lieux de notre Empire comme ils étaient auparavant . » Deux autres articles confirmaient la possession des Lieux-Saints, reconnue aux moines latins en 1604, et garantissaient la sécurité des pélerins qui s’y rendaient. De son côté Louis XIV accordait, par Lettres Patentes de 1674, sa protection aux Jésuites et aux Franciscains.
La conséquence naturelle de ces actes était l'établissement d’un Consulat de France dans la ville où se trouve le tombeau du Christ. Il y fut procédé en 1699 et l’année suivante, le marquis de Ferriol, Ambassadeur du Roi à la Porte, réclamait à qui de droit le remboursement des frais qu'il avait dû faire pour l'installation du Consul, M. de Brémond. La courte administration de cet agent fut une véritable odyssée. La rencontre du Pacha de Jérusalem, qu’il fit à Saint-Jean d’Acre en rejoignant son poste, les égards dont il fut l’objet, le firent d’abord bien augurer de sa mission: Le dignitaire ottoman ne voulut, dans Acre, d’autre demeure que le quartier des Français : « Il m'a fait l'honneur de me dire que c'était pour l'amour de moi, écrit Brémond, et toute la nation est témoin des honneurs que Jj’ai reçus de lui. Jamais Pacha n’en a tant fait à un Consul. Je lui devais la première visite, mais il me la rendue... Je n’ai point été obligé de le prier que j’eusse l’honneur de l’accompagner à Jérusalem : il me l’a envoyé offrir avant que de me voir. Il ne s’est point passé de jour depuis son arrivée qu’il ne m’ait accablé d’honnêtetés. Si je lui ai fait des pré sents, j'en ai recu de lui. » Brémond en fut bientôt à l’aller voir «sans cérémonie et en ami » et ne se tint pas d’aise, aux détails d’une réception pleine de déférence : le
Pacha l’attendant debout dans sa chambre, le priant de s'asseoir sur son divan, à.
la place d'honneur, « si le milieu le doit être », bref faisant « ce que les personnes de