‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 66 sur 135 · SUGGESTION D’UNE ACTION NAVALE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SUGGESTION D’UNE ACTION NAVALE FRANÇAISE

téger le commerce, si l’idée que j’ai hasardée dans une de mes premières lettres ne peut pas s’exécuter ».

C’est, croyons-nous, la première fois au xviri® siècle que fut soumise au Gouvernement royal, par un diplomate français, la proposition d’une action matérielle en Syrie, militaire ou navale. Par sa nature, l'intervention navale suggérée par Taulès, pour mater l’insurrection syrienne, rétablir le pouvoir du Sultan et faire réparer les torts causés aux nations des Echelles, doit être rapprochée de certaines manifestations de l’idée d’une expédition en Egypte, qui se firent jour entre 1790 et 1796 et qui tendirent avant tout, elles aussi, à mettre fin au désordre et à tirer vengeance d’excès commis au Caire et à Alexandrie par les Beys Mameluks. Elle n’est pas sans présenter, toutes proportions gardées, une certaine parenté avec le plan initial de l'expédition de Bonaparte, qui comporta d’abord l'illusion d’arracher son assentiment à la Porte et le maintien de la souveraineté turque sur l'Egypte.

Mais l’idée hasardée par Taulès n'avait aucune chance d’être adoptée par le Gouvernement royal, qui savait que son intervention navale en Syrie n’eût été nullement du goût de la Porte, celle-ci préférant encore avoir des sujets indociles, plutôt que de devoir leur soumission à une puissance étrangère et chrétienne.

VIII. — Le secrétaire d'Etat de la Marine, M. de Boynes, écarta donc la solution proposée par le Consul de Seyde. Mais, entre le bombardement des ports tenus par les insurgés syriens et cet aveugle abandon à la Providence, dont avait aussi parlé Taulès, il choisit un moyen terme. Il prit les mesures nécessaires pour soustraire ses nationaux au désastre dont ils étaient menacés. Sur les instances de Saint-Priest, il écrivit à Taulès « pour le laisser maître d'abandonner le pays, si les circonstances ne changeaient point et qu'il ne fût pas possible aux Français de conserver leurs établissements à Seyde : ». Il décida même qu'il serait détaché de l’armement destiné à aller relever les croisières du Levant une frégate commandée par le baïlli de Suffren, pour passer dans les eaux syriennes et favoriser le départ des Français.

Mais quand cette autorisation parvint à Taulès, l’incurie des Tures avait une fois de plus tenu les Français quittes de tout dommage. Osman et les Druses préparaient une seconde attaque de Seyde; l’Aga Degnesli, de son côté, se disposait à la repousser vigoureusement. En prévision de ce siège, la diplomatie de Taulès s’employait à procurer aux Français la garantie de tous les partis. « J’ai, disait-l?, les plus fortes assurances de la part des Turcs qu’il sera pourvu dans tous les événements à la sûreté des Français et qu’ils doivent être dans la plus parfaite sécurité... Nous n’avons pas plus à craindre du côté des Druses; je me suis également attaché à me les rendre favorables, » L'Ambassadeur lui avait envoyé, ainsi qu'aux officiers turcs,

1, Boynes à Saint-Priest, 26 octobre 1772, 2, Tauiès à la Chambre, 5 octobre 1772,

des commandements octroyés par la Porte. « Enfin, concluait Taulès, s’il est permis de faire quelque fondement sur des peuples aussi barbares, les Français n’ont rien à craindre, ni pour leurs personnes, ni pour leur biens ?. » L'événement rendit toutes

ces précautions inutiles : les opérations des Turcs contre Seyde se bornèrent à une:

démonstration ridicule. Dans le courant d'octobre 1772, leurs troupes bivouaquèrent dans la forêt d'orangers qu’on appelle les « Jardins de Seyde »; elles se replièrent sans même tenter d'attaque, tandis que deux « cayasses » druses, mouillées devant Seyde, renonçaient elles aussi à lancer des boulets qui tombaient tous plus près de leur bord que du rivage ?.

Ce n’était pourtant pas la présence de Daher qui en AL cette fois, imposé aux Turcs; aussitôt après l’action du mois de juillet 1772, il avait été, avec Ali-bey, mettre le siège devant Jaffa, qui s’était donné au Grand-Seigneur. La résistance de cette ville les arrêta beaucoup plus longtemps qu'ils ne pensaient et le besoin de secours leur fit consommer une alliance déjà ébauchée auparavant.

La Russie avait bientôt vu le parti qu’elle pouvait tirer des rebelles, à qui ses :

victoires avaient fourni les moyens d’attaquer et de vaincre à leur tour la Porte.

De leur côté, les Français avaient tout de suite compris l’assistance que se prêtaient les uns aux autres les généraux russes et les partisans d’Ali-bey. Dès 1771, le Consul d'Alep, Deperdriau, écrivait : « Les progrès rapides du Moscovite jusqu’à ce

jour sont le principe de l’insubordination des provinces de l’Empire Ottoman. »

[ voyait dans la paix entre la Russie et la Turquie « l'unique moyen de nous rendre notre première tranquillité. » Entre rebelles arabes et généraux ou amiraux russes, le lien ne se borna pas longtemps à une assistance fortuite. La flotte du comte Orloff reçut l’ordre de coopérer par mer aux opérations d’Ali-bey et de Daher. Dès le premier siège de Seyde, on avait vu une flotille russe arriver sur rade au moment même où les escadrons de Daher apparaissaient dans la plaine. Voyant qu'il ne réussissait pas à se rendre maître de Jaffa, Ali-bey dépêcha au comte Orloff un de ses Mameluks pour le déterminer à bloquer la ville par mer. En effet, au mois de novembre 1772, une frégate et trois polacres russes, commandées par le corsaire grec Panayotti, venaient bombarder Jaffa et apporter aux assiégeants des vivres et des munitions.

Ce ne fut pourtant qu’en février 1773 que Jaffa, réduite par la famine, ouvrit ses

portes à Daher.

[n’y avait alors à Jaffa qu'un facteur de la nation française, Vangaves. Pendant le siège et après la prise de la ville, son sort fut pitoyable. Tout ce qu’il possédait lui

fut extorqué. Quand il n’eut plus rien à donner, on le força à emprunter pour satis-

faire aux avanies. Lorsqu'il ne trouva plus de crédit, on le malmena, on l’exposa

garrotté sur le rempart. Tentait-il de s'évader, on le rattrapait. Ali- ee entré dans … Jaffa, lui défendit de s’en éloigner. Comme il avait enfin réussi à s ’enfuir, ses créan-

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