MORT D'’ALI-BEY. SIÈGE DE BARUTH
ciers se ruèrent sur ses effets et les pillèrent. Pour le soustraire à leur haine, Taulès dut le faire passer en France. « L’infortune de ce facteur, écrivait le Ministre de la Marine à la Chambre, tient à des circonstances si extraordinaires que je désirerais pouvoir la soulager! ».
Ali-bey n’était pas resté longtemps à Jaffa. Dès le mois d'avril 1773 il était parti avec ses Mameluks et 1500 Safédiens pour tenter de reprendre possession de l'Egypte et de chasser Abou-Dahab du Caire. Il échoua. Vaincu et fait prisonnier aux portes mêmes de cette ville, il mourut mystérieusement quelques jours après, empoisonné, dit-on, par son rival {mai 1773). Sa mort inspira à Daher les plus vives alarmes : Abou-Dahab allait-il marcher contre lui et l’attaquer au Sud, tandis que les Turcs l’attaqueraient au Nord? C’est ce qu'il eût fait s’il eût été un fidèle sujet du Sultan. « Mais il était à craindre, comme le dit le Consul d’Alep ?, qu’un traître à son bienfaiteur le fût à son Prince. » Abou-Dahab resta donc au Caire et Daher put aller avec les Druses mettre le siège devant Baruth.
IX. — Les circonstances qui avaient fait des Druses, jusque-là alliés d’Osman, les alliés de Daher et qui les amenaient avec lui sous les murs de Baruth nous mettent pour la première fois en présence du futur maître de la Syrie. Baruth appartenait à l'Emir des Druses, Youssef : il en avait confié la garde à un ancien Mameluk, Ahmed-Djezzar. Cet homme, chrétien d’origine et né en Bosnie, avait fui son pays à l’âge de seize ans à la suite d’un crime, s’était réfugié à Constantimople et vendu à un marchand d'esclaves qui l'avait amené au Caire. Là, acheté par Ali-bey, il avait consenti à devenir son bourreau, d’où lui vint le surnom de Djezzar, boucher. L’antipathie d’Abou-Dahab le força à s'évader du Caire et à venir demander l'hospitalité à l’Emir Youssef. Après qu'il eut fait ses preuves en qualité d’Aga dans l’armée d'Osman, Youssef le nomma commandant de Baruth. Mais il n’y gouverna pas selon les vœux de l’Emir. « Tous les chrétiens qui étaient à Baruth, écrit Taulès?, et qui formaient la plus grande partie des habitants en ont été chassés, leurs maisons pillées ou abattues, tous leurs biens saccagés. Douze de ces malheureux ont été ensevelis vivants dans les fondements des nouvelles fortifications par ordre de ce barbare fanatique, sans sujet, sans prétexte même, et uniquement par forme de plaisanterie. » À ces horribles persécutions, Djezzar joignit l’insubordination contre les Druses et proclama qu’il ne reconnaissait d'autre maître que le Sultan. L'Emir Youssef, n'obtenant pas justice du Pacha de Damas, résolut d’assiéger Baruth et se tourna vers Daher.
Djezzar débute en soutenant dans Baruth un siège, en apparence aussi désespéré que celui qui devait couronner sa carrière à Saint-Jean-d’Acre. Les Druses et les