Boynes, 1774, 3, Juin
2, Perdreau, 7 juin 1773,
Safédiens investissaient la ville par terre. Un armement de onze vaisseaux, primitivement destiné par la Russie à porter Ali-bey en Egypte, la bloquait par mer. Cet armement n’avait guère de russe que le pavillon, si l’on en juge pas ce fait, que sur mille hommes de débarquement, il n’y avait que vingt Russes en comptant le commandant. Les mobiles qui animaïent ces forbans étaient en rapport avec leur condition : ils ne voulaient prendre Baruth que pour la piller et toute leur crainte était que Djezzar ne s’évadât avec ses richesses. Mais les Druses n’entendaient pas détruire leur cité et peu s’en fallut que ce dissentiment ne défiît leur alliance avec les corsaires. Ceux-ci s’engagèrent pourtant à ne rien saccager dans la ville, à condition que Daher et Youssef leur donnassent 600 bourses :. Après s'être ainsi partagés la peau de l'ours, ils s’avisèrent de le mettre par terre. Les Russes bombardèrent Baruth : « Ge fut un bruit et un feu épouvantables; Seyde, où l’écho portait chaque coup, en tremblait ?. » Comme Dijezzar ne se rendait pas, les Russes débarquèrent leurs plus gros canons et firent ainsi une brèche aux remparts. Ils invitèrent alors les Druses à donner l'assaut ; mais l'invitation ne fut pas du goût de ceux-ci. On se querella quelque temps au pied des murailles pour savoir à qui reviendrait l’honneur de les escalader et finalement les Russo-Grecs rembarquèrent leur artillerie, tandis que les Druses décampaient 3.
Djezzar profita très habilement de cette mésintelligence. N'ayant en vue que sa propre fortune, peu lui importait que Baruth tombât entre les mains des Russes ou des Druses, ou restât dans celles des Turcs. Ce qu’il voulait, c'était conserver une armée et les apparences de la victoire. Daher, à qui Russes et Druses en avaient déjà appelé de leurs querelles, vit donc arriver d’abord un émissaire de Djezzar et bientôt Djezzar lui-même : les honneurs de la guerre furent accordés au défenseur de Baruth et à sa troupe, qui restait sous ses ordres et combattrait dorénavant pour Daher. « Baruth est entre les mains des Russes-Grecs depuis le 10 octobre, écrit Taulès Ils y ont mis 300 Albanais jusqu’au parfait paiement des 600 bourses qui leur avaient été promises pour prix de leurs services. » Ils y restèrent jusqu’en février 1774 et, pendant ce temps, le pavillon moscovite flotta sur Baruth, le portrait de l’Impératrice fut élevé sur la principale porte, devant laquelle on obligea les passants à faire la révérence, les cavaliers à descendre de cheval 5. Les Druses avaient fait un traité d'alliance avec Saint-Pétersbourg, où ils envoyèrent un émissaire avec six beaux chevaux pour l’Impératrice. Tandis que ses alliés entraient à Baruth, Daher battait
Parmée ottomane, commandée par sept Pachas, près de Zahlé, dans la plaine de la Bekaa.
L. Lettres de Taulès du 4 juillet et du 2 août 1773. dans leur honnêteté que les Druses s’en furent et que les
2. Même lettre Russes-Grecs, embarquant leurs canons, se retirèrent 3. « Il ÿ eut dans ce moment, rapporte plaisamment sur leurs vaisseaux » (2 août 1773).
le Consul Taulès, un combat de générosité entre les 4. Le 7 décembre 1773.
premiers et les seconds pour se céder mutuellement 5. Le Consul de Tripoli au Consul d’Alep, 1774,
cet honneur; et ils furent des deux côtés si opiniâtres