‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 77 sur 135 · Octobre · texte numérisé non relu

Octobre

4. Tott s’embarqua avec Mme de Tessé et le Duc d’Ayen, qui se rendaient en Sicile, un naturaliste, Son-

nini de Manoncourt, que lui avait recommandé Buffon et qui l’accompagna dans sa mission, un interprète, l’orientaliste Venture de Paradis, qui suivit plus tard Bonaparte en Egypte, un officier de marine, M. de La Laune, frère de Saint-Didier le premier Commis du Ministère de la Marine, un dessinateur, un secrétaire, qui était Clere de Rayneval, MM. de Virly et de Montallé qui allaient dans les états du Grand-Seigneur. 5. Janvier 1778.

IV. — Après avoir touché à Malte et « reçu de Son Eminence le Grand-Maître l'assurance la plus positive de ses dispositions à empêcher que les corsaires ne nuisent à la tranquillité de nos établissements en Levant », Tott visita la Canée, Alexandrie, le Caire et débarqua à Jaffa le 28 août 1777. Jaffa était alors très peu prospère et se dépeuplait; le commerce n’en consistait plus qu’en toiles et en riz de Damiette pour la consommation de Jérusalem, de Naplouse et de Rames1.Ce fut dans cette dernière Echelle que Tott se rendit aussitôt, à cheval, escorté du Procureur de Terre-Sainte, dont il « fut charmé de voir l’uniforme de Récollet affourché sur un beau cheval arabe richement caparaçonné. »

Rames, dont le principal retrait consistait en cotons filés de Jérusalem, lui parut susceptible d’une plus grande prospérité, grâce au commerce avec Gaza, Jaffa et l'Ecypte. Il y eût souhaité la présence d’un vice-consul qui, se transportant à Jaffa pendant la saison du pélerinage de La Mecque, eût mis la paix parmi les capitaines. Mais il fut surpris de trouver « dans l’administration un abandon total des principes les plus solides et les moins contrariés. » Les négociants n’y avaient même pas connaissance des Arrêts du conseil, qui étaient cependant parvenus en Syrie.

Dès sa première étape, le voici donc aux prises avec les abus, avec la routine qu'il est chargé de déraciner. Gette besogne le suivra partout. À Saint-Jean-d’Acre, à Seyde, à Alep, il liquide les dettes de l’«ancienne caisse» et fixe les dépenses auxquelles la nouvelle devra subvenir. Il est rare qu’il trouve, comme à Tripoli, quelques milliers de piastres à passer en recettes. Partout il pourvoit provisoirement aux objets les plus urgents, relève et note tout ce qui lui paraît à reprendre, dicte aux Consuls et aux nationaux les principes de leur conduite. « J’ai soin, Monseigneur, écrivait-il à. Sartine ?, d'établir dans chaque Echelle les principes qui sont la base de la nouvelle administration. J’éprouve partout qu’ils étouffent les voix qui se disposaient à réclamer contre la suppression des abus dont on avait cru pouvoir se faire des droits ; la discussion de ces principes dans les assemblées nationales m’éclaire aussi sur tous les objets dont le règlement général devra s'occuper, et je prépare les matériaux de cet édifice dont il n’appartient qu’à vous d’être l’architecte. Mais je me flatte que je ne vous laissera rien à désirer de ce qui peut en assurer la solidité. »

Dans ce rôle d’observateur, de critique et de guide, Tott parait avoir apporté une grande liberté d’idées et beaucoup d’esprit d'initiative. On reconnaît aux observations qu'il communique à Sartine un contemporain et presque un disciple des économistes et des philosophes de la fin du xvirre siècle. Réagissant contre les prohibitions inutiles, il estime que l'Etat doit respecter la liberté individuelle, chaque fois

1, Mémoires du baron de Tott, t, IV, 2, Octobre 1777,

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