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LE BARON DE TOTT ET LES MISSIONS

qu’elle ne s'exerce pas à ses dépens. « Je regarde, dit-il, comme utiles à l'Etat les règlements qui ôtent aux négociants la faculté de se nuire, parce que leur concurrence nuit à l'Etat. Elle le favorise au contraire dans la vente des produits de son industrie... Je ne crains pas de poser en principe que l'intérêt de l'Etat finit en Levant sur le produit de son industrie et y commence sur la matière première qu’on en emporte. » C’est sous l'influence des mêmes idées qu’il pense, avec infiniment moins de justesse, que l’admission des étrangers au commerce du Levant développerait notre marine marchande sans faire de tort à nos négociants. Sur ce point-là, l’innovation dont il allait être le promoteur ne devait pas être heureuse.

La philosophie ne l’incline pas seulement à la liberté économique, mais à ce qu’on appelait alors, entre gens bien pensants, le libertinage religieux, ou tout au moins à une grande indépendance d'appréciation en matière ecclésiastique. I ne se contente pas, en effet, de rendre un arrêt ordonnant le séquestre de tous les biens des « missionnaires ci-devant Jésuites », qui avaient continué à résider dans les Echelles après la dissolution de l’ordre, mesure peut-être nécessaire pour empêcher qu'ils en disposassent. Il constate que «les abus, sur ce qui concerne les missions en général, sont à un degré qui nécessite le remède. » Les Franciscains de Terre-Sainte ne lui paraissent pas rendre d’autre service que de faire du Pachalik de Jérusalem « un des meilleurs bénéfices de vexations : », en obtenant du Pacha, à prix d’argent, des persécutions contre les religieux grecs. Le jugement est tout de même un peu sommaire et c’est un point où sa perspicacité semble influencée par quelque prévention.

C’est pourtant entre les mains de ces mêmes Franciscains que Tott propose de centraliser toutes les œuvres catholiques dans le Levant. Les raisons qui l’ont conduit à cette suggestion ne sont pas empreintes d’indulgence pour les missions d'Orient. Il lui a paru, dit-il, que « les moines, qui fatiguent la protection du Roi en Levant sans y servir le véritable objet qui anime le zèle de Sa Majesté, exposaient à des avanies et à des dépenses. » Telle est la considération qui lui fait penser que « le plus avantageux serait de n’avoir en Levant qu’une espèce de moines », les Pères de Terre-Sainte ou Franciscains méritant, dans ce cas, la préférence, parce qu’ils étaient les seuls nommés dans les Gapitulations, que la protection royale concentrée sureux deviendrait plus efficace, qu'ils recevaient des fonds d’Espagne et d'Europe entière et qu’ainsi ils coûteraient moins cher à protéger que d’autres. Tott s’entretint avec le Procureur de Terre-Sainte, par lui mandé à Rames, de ce projet de centralisation et d’unification ecclésiastique en Orient, qui, uaturellement, agréa fort à son interlocuteur. « Il serait possible, écrit-il à Versailles après ces conversations?, de déterminer la Terre-Sainte à se charger de tout le service des missions, à entretenir des religieux français où ils seraient jugés nécessaires et à acquitter toutes les dettes, moyennant la cession de tout ce qui appartient aux moines, qui ne dépendent aujourd’hui de nous que lorsqu'il faut

1, Mémoires, t. IV. 2. Rapport général de Tott sur son inspection des Echelles.

les tirer d’embarras et jamais lorsqu'il faut les contenir. L’arrangement qui pourrait se faire à cet égard avec la Terre-Sainte comprendrait l'établissement à ses frais des hôpitaux qu’on jugerait nécessaires, ainsi que l’entretien des chapelles; et la cession des biens ecclésiastiques en Levant, y compris ceux de la Société de Jésus, suffirait à cet objet. » A cet arrangement, les deux parties contractantes trouveraient, au jugement de l’Inspecteur, leur réciproque avantage : la France, dans une protection plus facile et moins coùteuse; « le Sacré-Directoire »t, dans le relèvement de son crédit à Jérusalem, grâce à quoi il en imposerait plus aisément aux Grecs. Projet plus ingénieux que judicieux, dont nous aurons à reparler. |

De Rames, Tott est retourné à Jaffa, toujours chevauchant en compagnie de son Procureur de Terre-Sainte, qui a eu soin de lui faire remarquer le délabrement d’un hospice de Franciscains, contrastant avec un hospice grec fraîchement remis à neuf. Il s’est embarqué pour Acre, où 1l arrive le 3 septembre et descend au khan des Francais. On y regrette le temps de Daher et l’on déplore la défaite et la fin du Cheikh et de ses fils. Le marché dépérit, le mouvement des affaires se ralentit, le nombre des maisons françaises diminue. La nature de leur commerce parait à Tott le lier naturellement à celui de nos comptoirs de Seyde, où il débarque le 7 septembre. Là, son séjour est d’une semaine. Les négociants ont mauvaise opinion des réformes administratives de l’année précédente : il leur en inculque une meilleure. Ils vivent dans la crainte de Djezzar : il réagit contre leur appréhension et, dans cette réaction, dépasse peut-être la mesure. La place qu'ils tiennent dans la vie économique de la petite ville et de la région avoisinante lui paraît prépondérante au point de les rendre indispensables et, partant, inamovibles et intangibles. «Le commerce des cotons filés est, dit-1l, si important au peuple que cet objet seul garantit la tranquillité des négociants de Seyde. Ils sont convaincus eux-mêmes que la seule menace d'abandonner Seyde les. préserverait de toute avanie. » L'avenir devait démentir cette conviction et, en les en faisant convenir, Tott a fait partager à ses interlocuteurs une simple illusion. En attendant, elle le rend d’autant plus sévère pour leur condescendance envers les puissances du pays, les emprunts « prétendus forcés » qu’ils se sont laissés extorquer, les présents qu'ils ont faits et qu'il déclare avoir été «portés à un point scandaleux. » Le Consul qui est à leur tête lui avait été dépeint par ses instructions comme un bon agent et un homme de talent. Telle n’est pas son impression. Il reprend M. de Taulès sur tout. [ Iui reproche sa pusillanimité envers Djezzar, ses encouragements à l’hostilité des résidents contre les réformes de 1776, son manque d’ égards envers lui-même et le commandant de l’Alalante, son étroitesse d'esprit envers son vice-consul, l’imprudence de son « système d'intervention » entre les Druses et le Pacha, ete. etc. Il est vrai que Taulès avait mis de son côté des torts dont nous parlerons dans un instant. Pour considérable que fût le commerce de l’Echelle, Tott le juge susceptible

{. C'est-à-dire celui de la Custodie de Terre-Sainte.

Les Ecuries De Svris er DE PALESTINE PI. XIV

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coimimerce intérieur en Turquie au 18°

d’après une gravure faite sur un dessin d’'HILAIR.

Le magasin d'un commerçant turc au 18° siècle,

d’après une estampe française du temps.

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