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OCCUPATIONS DE TOTT DANS LES ÉCHELLES

d'extension du côté de Damas : « Cette Echelle pourrait, dit-il, en étendre utilement les branches jusqu’à Damas, où le luxe de cette ville nous fournira des consommateurs toutes les fois que notre industrie leur offrira de nouveaux genres dans leur goût. » Ce qui convient au marché du Caire agréerait, pense-t-il, à ceux de Damas et d’Alep. Tott souhaiterait à Damas, « une des plus puissantes villes de l’Asie », la présence d’un agent de l’Echelle de Seyde : «un drogman qui, à portée de réclamer du Pacha de Damas la réparation des torts que notre commerce éprouve souvent sur les terres de sa dépendance, fournirait également aux négociants des lumières et préparerait les négociants de cette ville à recevoir les Français qui voudraient par la suite y porter leur industrie. »

Voici l’Inspecteur à Baruth (18 septembre). Il en pressent l’avenir, en apprécie le mouillage, dont il lève le plan, comme un des meilleurs de la Syrie et discerne le parti que le négoce français aurait pu tirer de l’inclination des Maronites pour la France. « Cette ville, qui appartenait autrefois au Prince des Druses, offrirait, dit-il, de nouveaux débouchés au commerce si, la Syrie moins vexée et les Druses moins mquiétés, l’industrie de ces peuples était rendue à la culture. Les soies en sont la branche essentielle. Les montagnes du Kastrevan, qui bordent cette côte et qui se joignent à celles du Liban, sont extrêmement peuplées et la foi catholique s’y est propagée avec l’avantage de nous assurer une préférence dans la partie qui avoisine Antoura, monastère situé sur la côte à deux lieues au nord de Baruth. Le port de cette ville est bon pour de petits bâtiments; mais le mouillage de la rivière, à l’abri de deux écueils, assure aux gros bâtiments un asile d'autant plus avantageux que la tenue y est bonne et d’autant plus utile à connaître que la côte de Syrie offre peu de mouillages. »

De Baruth, Tott se rend à Tripoli, où le commerce de nos négociants « circonscrit et sans concurrence étrangère, offre peu de consommation, mais des retraits précieux dans les soies. » Etablie dans une ville gouvernée par un autre Pacha que celui de Seyde, l’Echelle lui paraît avoir été à tort placée sous la dépendance de ce chef-lieu. Un renseignement obtenu du Consul de Tripoli le détermine à s’arrêter à Lattakieh (24 septembre); car il a appris «qu’il s’y était établi une petite république de capitaines, qui y faisaient le monopole des chargements de tabac, que les matelots ne pouvaient y être contenus et qu’un certain chirurgien, qui y prêtait sur gages aux Turcs, était accusé d’infidélité à cet égard. » Il met ordre aux agissements de la petite république de capitaines, donne six mois pour rentrer en France à un aventurier qui, sans même avoir été autorisé à résider dans le Levant, s'était accaparé du monopole des expéditions de tabac et, le chirurgien prêteur à la petite semaine ayant Jugé prudent de « fuir à la montagne », il laisse au facteur français détaché à Lattakieh par l’Echelle voisine un « De par le Roi », obligeant l’usurier à aller se faire juger à Tripoli et à se rembarquer pour Marseille.

De Lattakieh, Tott se rend par voie de terre à Alep, où, après avoir traversé les

montagnes de l’Antiliban et les plaines fertiles qu’arrose l’Oronte, il arrive le 1er octobre. Les Français y Jouissent, à ce moment, d’une entière sécurité, la ville est calme et les officiers du Roi n’ont pas de peine à y protéger leurs nationaux. Mais « leur commerce, obligé de traverser à dos de chameaux les plaines qu’inondent les Turkmènes, ne jouit pas de la même tranquillité. Les caravanes y sont dépouillées et les négociants ne se mettent à l’abri de ces déprédations qu’en achetant fort cher les escortes que le Gouverneur leur fournit. » L'usage s’est établi, parmi les Européens. des diverses nations, de se cotiser pour former un fonds destiné au paiement de ces escortes. Tott contriste fort les Français en les invitant à ne pas compter désormais sur la caisse publique pour fournir leur part dans ce fonds commun. Avec l’insécurité des routes, la question du débouché sur la mer constitue la principale difficulté de l’'Echelle d'Alep. Alexandrette, malsaine, marécageuse, pernicieuse aux hommes et aux marchandises, paraît à Tott un médiocre débouché. Lattakieh lui semble inutilisable à cet effet, Le port y étant insuffisant et la douane y dépendant d’un autre Pachalik que celui d'Alep. Pour jouer à l'égard d'Alep le rôle dont s’acquitte Alexandrette, il jette les veux sur le mouillage de Bassette, qu'il a fait reconnaître par l’Atalante. D’Alep enfin, où, malgré l’inconvénient de communications malaisées, nos commerçants trouvent un marché important pour la vente de nos draps, l’achat des toiles et des soies du pays, Tott se dirige vers Alexandrette. Il n’y reste que le temps nécessaire pour constater le dépérissement des magasins qui y servent d’entrepôt à nos marchandises, le bel état de l'édifice que la compagnie anglaise vient d’y faire élever pour le même objet, « l’air blême des facteurs de la nation » et la piteuse mine d’un vice-consul qu’il autorise à « aller respirer en Chypre. »

V.— En plus d’un endroit, Tott eut à arbitrer des différends entre résidents et Consuls. Ses instructions signalaient particulièrement à son attention leurs querelles réciproques : il importait d'établir avec certitude auquel des deux en incombait la responsabilité, afin de mettre ceux à qui elle était imputable dans l'incapacité de retomber dans les mêmes fautes. Quand un négociant lui parut coupable envers le Consul, Tott n’hésita pas, non seulement à lui donner tort, mais à appeler sur lui les rigueurs du Ministre, Ainsi un certain Simian avait accusé en pleine assemblée le Consul d'Alep de fautes très graves. « Ghargé par vos ordres de préparer dans les Echelles la tranquillité que vous voulez y maintenir, écrit Tott à Sartine, je ne puis me dispenser de prendre à parti le sieur Simian comme perturbateur du repos public et comme coupable d’avoir voulu surprendre votre religion :. » Mais hors le cas de culpabilité réelle des dénonciateurs, il incline plutôt à rejeter sur les Consuls la res-

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