‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 81 sur 135 · FIN DE L'INSPECTION DE TOTT · texte numérisé non relu

FIN DE L'INSPECTION DE TOTT

La Mecque. Ce Gouverneur l’invita à passer la soirée sous sa tente, lui envoya deux de ses chevaux de main, un Alaï-tchaouch et un timbalier, « marque distinctive et particulière aux Pachas », et surtout une escorte de cent chevaux, qui devait lui être fort utile. Pour ne pas tomber entre les mains des Turkmènes, qui venaient d’avoir une escarmouche avec les gens d'Alep, l’Inspecteur ne se rendit pas à Alexandrette par le chemin habituel. Cette précaution ne l’empêcha pas de les rencontrer sur les bords du lac d’Antioche. Le commandant de l’escorte, en lui montrant leurs tentes, paraissait incertain sur le parti à prendre : « le mien, dit-il', ne pouvait être douteux; je devais continuer ma route ». Ce ne fut pas sans peine qu’il y décida son escorte et la maintint en bonne contenance, « à la vue de six ou sept mille Asiatiques dont les dispositions pacifiques étaient au moins douteuses ». Ses doutes à cet égard ne lui parurent que trop justifiés quand il aperçut un mouvement dans le camp Turkmène, vit des hommes s’en détacher et s’avancer vers lui. « J’eus bientôt à la tête de mon cheval, poursuit-il, la musique des différentes hordes. Ces musiciens me précédaient en jouant et en dansant, ce qu’ils firent pendant tout le temps que nous mîmes à prolonger leur camp. Après quoi Je les congédiai avec la gratification qu'ils étaient venus chercher ». Heureux d’en être quitte à si bon compte, Tott continua sa route sur Alexandrette, où il s'embarqua pour Smyrne le 17 octobre.

Il y employa son séjour à la rédaction de mémoires et à l’examen des différents objets sur lesquels le règlement général devait statuer. [l procéda à cet examen dans des conférences tenues avec le Consul, Peysonnel, le vice-consul, Châteauneuf, le drogman, Fonton, et deux commissaires désignés par la nation, Martin et Giraud ?. Après diverses autres escales, notamment à Constantinople, il revint à Toulon en juillet 1778. Les plaintes, les récriminations de tous ceux qui avaient intérêt à le discréditer l'avaient précédé à Marseille et même à Versailles. Il avait signalé au Ministre, pendant sa mission, la « conduite indécente » de la Chambre et son dessein « d’annuler les efforts qu’il faisait pour supprimer les abus ». Revenu en France, il se flattait pourtant « d'amener ses membres à des principes solides ». Mais ce qui l’affligeait, le plus, c’étaient les préventions du Ministre lui-même à son égard. « Je serais peu sensible à ces clameurs, lui écrivait-il, si vous ne m’annonciez que j'ai à justifier ma conduite, et vous sentez, Monseigneur, qu'après quinze mois d’un travail fatigant, la certitude de détruire les impressions qu’on vous a données ne peut être un prix qui me satisfasse 5. » Les préventions de Sartine furent bientôt dissipées, ainsi d’ailleurs que celles de La Tour, de la Chambre, et des négociants eux-mêmes.

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