Rapport sur sa mission
VI. — Ce n’est pas entièrement de sa propre initiative que, pendant sa tournée sur la côte de Syrie, Tott avait remarqué et, si l’on peut dire, « distingué » Baruth. Concurremment avec sa mission officielle, il avait été chargé par le Gouvernement d’une mission secrète. Celle-ci consistait essentiellement à étudier les moyens de conquérir l'Egypte, les avantages de cette conquête, les conditions maritimes et militaires de l’expédition à diriger contre ce pays, le plan des opérations navales et terrestres qu’il conviendrait d'entreprendre pour s’en emparer. Subsidiairement, la mission secrète de Tott consistait aussi à se rendre compte des moyens de défense de l'Empire Ottoman, de ses ressources en fortifications, ports et rades, enfin des points sur lesquels il pourrait être attaqué, ailleurs qu’en Egypte, Tel avait été le souci du Ministre de la Marine, Sartine, de préserver le mystère dont devait s'entourer l’objet essentiel de cette mission secrète; telle aussi la répugnance du Ministre des Affaires Etrangères, Vergennes, à admettre le principe d’une simple enquête sur la conquête éventuelle de l'Egypte, que les instructions de Tott à cet égard, encore que très précises, étaient demeurées purement verbales, Par mesure de précaution contre les indiscrétions, pour mieux égarer les soupçons, enfin pour tenir compte des susceptibilités de Vergennes, les instructions écrites remises à Tott en ce qui concerne sa mission secrète n'avaient mentionné qu’une fois et en passant le nom de l'Egypte, parmi d’autres qui sont Chypre, la côte de Syrie et les îles de l’Archipel, et n'avaient expressément appelé son attention que sur deux possessions ottomanes : la Crête et Baruth. « La ville de Baruth, lui avait écrit Sartine, mérite également votre attention. Pendant la dernière guerre des Russes et des Turcs, elle a servi d'asile à tous les bâtiments russes et elle était le centre de leurs opérations en Syrie. On prétend qu'il est très facile de s’en emparer et de la conserver ensuite au moyen de quelques fortifications qu’on pourrait y ajouter. »
Telle avait été pour Tott la raison spéciale de s'intéresser à Baruth, de lever et de rapporter le plan de son port et du mouillage de sa rivière. Et cette raison est aujourd’hui digne d’être relevée et soulignée. Car les quelques lignes de cette lettre de Sartine à Tott sont, après la suggestion de Taulès à M. de Boynes en 1772, la seconde indication d’une velléité d'intervention matérielle de la France en Syrie. En 1772, un Consul de France à Seyde a proposé au Ministre de la Marine une action navale française contre quelques petits ports de Syrie méridionale pour y écraser la rébellion et y rétablir le pouvoir du Sultan. En 1777, le Ministre de la Marine, dont les vues sont en réalité dirigées sur l'Egypte, signale pourtant la côte de Syrie en général parmi les régions sur lesquelles il pourrait lui être utile de recevoir des informations précises, et Baruth en particulier comme un point dont il lui importerait de savoir s’il serait facile de s’en emparer. Où que la politique française ait
| Les Écueres DE SYRIE ET DE PALESTINE PI XV
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extraite du ‘* Voyage du sieur Paur LUCAS ”, etc., communiquée par la Chambre de Commerce de Marseille