août
4. Le comte de Choiseul-Gouffier à la Chambre du commerce, décembre 1790,
138 a LES ÉCHELLES DE SYRIE ET PALESTINE
partie des dommages causés à leur commerce par quatre années d’inactiont.» Bientôt ils s’applaudirent du parti qu'ils avaient pris: Djezzar, plus heureux, devenait moins féroce; à mesure que le danger s’éloignait de lui, la raison s’en approchait; il était moins défiant, moins sanguinaire. « Nous ne désespérons pas, écrit le Consul, de voir les affaires reprendre leur cours ordinaire. »
XI.— Dès les premiers mois de 1790 les Français n’espéraient déjà plus l’amélioration de leur sort que de la déposition de Djezzar : « Si elle n’arrive bientôt, disaient-ils, il faudra renoncer et abandonner ?.» En mai 1790, le Consul Renaudot, adressant à la Chambre du commerce de Méärseille un mémoire général sur la situation des affaires dans sa circonscription consulaire, évoquait avec mélancolie le souvenir de la prospérité d’antan, pour l’opposer en un contraste saisissant à la misère présente, dont il faisait retomber sur Djezzar toute la responsabilité.
«Le Département de Syrie et Palestine, disait-il, qui comprend cinq ports fréquentés dans une étendue de 45 à 50 lieues de côte, était autrefois la ressource des caravaneurs français et la terre promise des négociants, qui exploitaient le grand commerce qu’on pouvait y faire. Deux ou trois cents bâtiments nationaux y étaient employés annuellement à transporter du port de Baruth les marchandises de l’Inde, . venues par la caravane de La Mecque, les étoffes, les fruits et les pâtes de Damas, les soies du Kastrevan dites Baruthines, des cendres et quelques autres productions du pays. Il sortait du port de Seyde le coton qui se file dans les montagnes de l'Anti- Liban et dans celles de la Syrie, les soies que produisaient son territoire et lesenvirons, les toiles de coton qu'on y fabriquait aussi et une infinité d’autres productions, que douze facteurs français, établis dans cette Echelle, y rassemblaient de l’intérieur des terres. Le port de Sour fournissait aux navigateurs français qui le fréquentaient un asile sûr dans la saison orageuse, des provisions de toute espèce, plusieurs chargements de tabac pour l'Egypte, du doura, des cendres pour l’Archipel et pour la chrétienté. Le beau pays de Safed, les belles plaines de la Galilée, connues sous le nom de Zabulon et d’Esdrelon, ainsi que celles de la Samarie, faisaient refluer dans le port de Saint-Jean d’Acre des productions précieuses, de quoi charger un nombre prodigieux de bâtiments de toute grandeur. Indépendamment de l’immense quantité de coton ou de laine que produisaient ces vastes plaines, on y trouvait encore un peu de soie, du blé dans la plus grande quantité, de l’orge, du doura; on chargeait de l'huile à Acre,des galles, des cendres, de la scammonée et d’autres objets moins conséquents, que douze établissements français échangeaient journellement pour les productions de leur pays et de leurs Iles. Il sortait du port de Jaffa du coton filé, connu
1. Renaudot, 16 décembre 1789, 2. Le Consul Renaudot, 10 mars 1790,