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LES RÉCLAMATIONS DE L’'AMBASSADEUR ET LEUR EFFET

la conduite de Djezzar à notre égard a fait dans tous les environs et sur tous les esprits la sensation la plus vive. Tous ont les yeux sur nous pour voir l'issue de nos réclamations et des démarches de M. l'Ambassadeur auprès de la Porte. » Ainsi s’exprimait la délibération remise au commandant de la Minerve par les négociants de Seyde, réfugiés à Tripoli,et finalement confirmée par ceux d’Acre,réfugiés à Jaffa. Il ne fut possible d’en faire démordre ni les uns, ni les autres.

Ligondès s’éloigna sans accéder au vœu des résidents, qui lui demandaient de laisser un armement pour les protéger, et sans exécuter l'instruction de l’Ambassadeur, qui lui ordonuait de réintégrer au moins les Consuls dans leurs postes respectifs.

Quand Choiseul-Gouffier apprit le refus des négociants d’Acre et de Seyde, ül fit, écrit-il lui-même :, « la démarche la plus solennelle que puissent admettre les usages de cet Empire. » Il exigea une conférence ministérielle à laquelle furent convoqués le Reis-Effendi, le « Beïliktchi et le Cadilesker de Romélie », ce qui n'avait encore été fait que pour la négociation des traités de paix. I plaida contre Djezzar, sans reconnaître, dit-il, aucun des «torts réels » des négociants d’Acre et de Seyde, et « piqua l’orgueil ottoman », en montrant le déshonneur qui rejaillirait sur la Porte de l'impunité d’un tyran. Le Reis-Effendi, homme supérieur et très bien préparé sur la question, lui annonça qu’un procès-verbal de Ia conférence serait mis sous les yeux de Sa Hautesse le Sultan et lui promit une solution favorable aux Français. En effet, Choiseul-Gouffier obtint, au mois de janvier 1792, un commandement suivi d’un Hattichérif, « qui est tout à la fois l’acte le plus énergique de la puissance souveraine et de la puissance religieuse réunies dans la personne du Khaliïe. » Aucune puissance chrétienne n’avait jamais, selon lui, «obtenu une plus forte réparation et très rarement une pareille ?. » Un fonctionnaire de la Porte, Emin-Effendi, fut chargé de notifier au Pacha le Hattichérif et de négocier le retour des Français.

Négocier est un mot qui peut paraître étrange, appliqué aux relations du pouvoir central avec un Gouverneur de province : c’est pourtant celui qui convient. Craignant de pousser Djezzar à une complète rébellion, la Porte avait préféré négocier, plutôt qu’ordonner. « Elle semble, écrivait Choiseul-Gouffier à Renaudot, reconnaître Djezzar pour une nouvelle puissance formée dans le sein dé l’Empire et l’assimiler aux Régences de Barbarie, sur lesquelles le Grand-Seigneur ne conserve qu’une faible influence. C’est un négociateur que l’on envoie à Djezzar; c’est un hadgeaghian du Divan Impérial, tel qu'il en aurait été envoyé à une puissance européenne, qui est chargé d’aller traiter avec ce Pacha des conditions auxquelles il voudra bien se rendre aux ordres du Grand-Seigneur et offrir la paix aux Français. » Tout hadgeaghian qu’il fût, le négociateur échoua complètement et fut bien heureux, s’il faut l’en croire, de sauver sa tête, tant furent vives les audiences de Djezzar.

Celui-ci ne voulut pas entendre parler du retour des mêmes Français ni des

4. Choiseul-Gouffier à: la Chambre du commerce, 2. À la Chambre du commerce, janvier 1792. juillet 1791.

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