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CHAPITRE XII

Mersina.

Le 14 novembre 1854, le gracieux golfe de Mersina déroulait à nos yeux un éblouissant spectacle de calme, de poésie et de majesté.

A droite du golfe, les hautes cimes de la Caramanie s'élevaient comme d'immenses '^blocs de glace couchés sur un tapis de gazon. Avec les poètes arabes, on pouvait dire que chaque montagne portait l'hiver sur sa tête, le printemps sur ses épaules, l'automne dans son sein, tandis que l'été dormait nonchalamment à ses pieds. A gauche, la mer s'étendait sans limites, et le golfe reflétait le ciel et les nombreux navires, dont les voiles déployées, toutes humides encore de la pluie de la nuit, recevaient les caresses d'une brise parfumée. Un brouillard léger s'é-

tendait sur ce tableau, et, sans effacer la teinte rosée indéfinissable de l'Orient, ne faisait qu'adoucir la roideur des lignes quelquefois un peu dures des montagnes. Les maisons blanches aux toits de briques de Mersina étaient presque cachées par les voiles et le brouillard, et ne laissaient voir que sa population aux mille couleurs, que ses longues caravanes de chameaux, qui, semblables à de gigantesques serpents, ondulaient lentement sur la plage.

Au moment où nous jouissions dans le golfe de Satalieh de cette admirable matinée, une des plus belles que j'aie vues en Orient, une horrible tempête restée célèbre dans les éphémérides néfastes de la marine, bouleversait la mer Noire et décimait les flottes alliées.

Nous avions mouillé non loin de l'embouchure du Cydnus.

Dès que nous eûmes mis pied à terre, nous voulûmes explorer les rives de ce fleuve célèbre, où faillit s'engloutir la fortune d'Alexandre, comme devait le faire plus tard celle de Frédéric Barberousse. Ces flots perfides, qui reçurent la confidence des intentions de Cléopàtre et qui portèrent vers Antoine sa royale flotte, ont aujourd'hui disparu. Un ruisseau trouble et tourbeux, qui n'a d'autre parure que de maigres

roseaux, a remplacé le poétique fleuve, qui semble n'avoir pas voulu survivre à la gloire de cette chrétienne principauté d'Antioclie dont il formait la limite.

Non loin de Mersina on admire encore les ruines de Pompéiopolis, l'ancienne Géphisium. Quarante colonnes en marbre blanc, sorte de rangée de fantômes d'un monde disparu, s'élèvent encore au milieu des broussailles.

Le séjour de Mersina, comme celui d'Alexandrette, est dangereux par l'insalubrité extrême du pays. Aussi, cette Échelle n'est-elle qu'une simple station, c'est le point d'embarquement des marchandises de l'Asie mineure et le port de Tarsous.

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