‹ Les échelles du LevantChapitre 8 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Alexandrie.

A six heures le pilote était à bord du Lycurgue, qui sous sa direction obligée franchissait les redoutables passes que la prudence égyptienne conserve comme la meilleure défense du port.

Nos voyageurs s'envolèrent comme des oiseaux dont on ouvre la cage. Un magnifique canot du vice-roi attendait M. de Lesseps; le même honneur n'était pas réservé à Soliman- Pacha : le vaillant général, malgré ses hauts titres et sa grandeur ottomane, n'était plus ni chrétien ni français. M. de Lesseps au contraire portait ces deux beaux titres, les plus grands de la terre, avec une noblesse que les Orientaux apprécient plus que personne.

De tous les points du port des barques avaient volé autour du Lycitrgue, qui en un instant en fut entouré; l'échelle du navire était assiégée, et cette foule flottante ne s'ouvrit que pour laisser passer le canot royal. Gomme des serpents, cent bras s'enroulèrent autour de la rampe, attendant la permission de monter à bord. On laissa d'abord entrer les consulsetleurs chanceliers, et ce défilé durait depuis près d'un quart d'heure quand l'agent des postes, devinant un abus dans les prétentions consulaires des derniers arrivants, et ayant à accompagner luimême la correspondance, refoula d'un vigoureux coup d'épaule la colonne assiégeante, qui, perdant l'équilibre, s'en fut rouler dans les barques et dans la mer. Personne ne songea à se plaindre de ce procédé oriental, et la prestesse que les prétendus consuls mirent à sortir de l'onde et à regagner leurs canots ne nous étonna plus quand nous sûmes qu'ils étaient coutumiersdufait.

Le panorama d'Alexandrie vue du navire était trop attrayant pour ne pas nous retenir quelque temps : aussi attendions-nous fort patiemment qne l'ordre fût rétabli à bord du Lycurgue. A gauche les chantiers de construction, les vaisseaux de guerre à l'ancre, aux ver-

gues couvertes de matelots blancs semblables à des mouettes ; à droite les fortifications bâties par le général français Gallice-Bey et la forêt flottante du port forment le cadre du gracieux tableau que présente la ville. Au loin les palais, à côté des chaumières de fellahs; au second plan la ville étagée, avec ses maisons blanches, ses terrasses solitaires, ses croisées sans persiennes, s'élève au-dessus de belles masses d'arbres, dont les ombres se plongent en longs reflets dans le port. Sur le quai, entre les navires en construction, cette population fourmillante et bariolée au milieu de ses chameaux, de ses ânes, de ses chevaux , ces barques qui volent en tous sens, aussi rapides que les blancs oiseaux de la mer, forment un premier plan d'un effet ravissant. Çà et là de légers minarets s'élèvent vers les cieux pour y porter la prière des hommes. Jetez sur ce tableau un léger brouillard du matin, mais qui, loin de lui donner un aspect de tristesse comme un brouillard du nord, ne fait que corriger la trop grande roideur des lignes, sans enlever à la nature ses couleurs brillantes et ses reflets violets; placez au-dessus de tout cela un ciel d'or, de pourpre et d'azur, et vous aurez une idée d'Alexandrie au moment de notre arrivée.

Dès que nous eûmes le pied sur le quai, une troupe d'enfants à demi nus, tenant chacun un âne par la bride, nous assaillirent en nous criant de tous leurs poumons : « Boun baudet, boun baudet ; » ils pourraient dire aussi : Joli baudet : car nos ânes d'Occident ne sauraient nous donner une idée de la grâce, de l'élégance des formes et de la vivacité de leurs frères d'Orient. L'âne est l'omnibus, le fiacre obligé d'Alexandrie : nous ne nous fîmes pas prier pour nous mettre en selle. Mais à peine étions-nous placés, que nos ânes partirent au galop. Ne nous attendant pas à une telle fougue de semblables coursiers, nous faillîmes être désarçonnés. Rassurés par la présence du guide, qui suivait en tenant la queue de l'animal, nous lui criâmes de ralentir l'allure de nos bêtes : vain espoir, les enfants comprirent le contraire, et nous parcourûmes au triple galop deux ou trois longues rues, tournant de même aux angles et passant au milieu de la foule, qui, plus habituée que nous à la vue ou à la pratique de semblables courses, s'entr'ouvrait à peine pour nous laisser passer. Au milieu de la grande place d'Alexandrie, nos coursiers s'arrêtèrent tout court : nous comprîmes que nous étions arrivés.

L'aspect de la ville, malgré nos préoccupations équestres, nous frappa singulièrement. La physionomie de la première ville orientale que nous voyions, nous parut si nouvelle, si différente de celle des villes européennes, qu'il nous fat difficile d'apprécier nettement nos impressions. Le voyage maritime rend plus brusque encore la transition, faiblement préparée par la vue de Malte. Il y a d'ailleurs une immense différence entre la Valette, ville si propre et si pittoresque, et cette sorte de grand campement que représente une ville turque ou arabe. Tout ici est contraste, bizarrerie, et le pittoresque a sa source dans l'imprévu des scènes et des couleurs, dans le heurté de la lumière et des ombres. Le paysage oriental n'est harmonique qu'à distance. De près il faut une certaine habitude pour en voir les beautés. L'œil européen a besoin de se façonner à la nouveauté du spectacle; il lui faut de nouvelles propriétés visuelles, qui le modifient lui-même. Aussi a-t-on dit avec justesse que quand l'Orient n'aveugle pas, il rend les yeux aveuglants. L'apparente énergie du regard est chez les Orientaux bien plus un effet d'optique qu'un indice de force morale.

C'est dans les rues d'Alexandrie que l'Orient

et l'Occident se rapprochent le plus près possible sans se confondre. La populatipn européenne s'agite, se presse, passe en courant devant les boutiquiers arabes fumant leurs pipes sur le seuil de leurs portes et répondant à peine aux demandes des acheteurs. Le fellah ou l'Arabe ne s'inquiète nullement d'être coudoyé à chaque instant par le Franc. Rien n'est triste et gai à la fois comme le spectacle du permanent contraste entre l'inertie et l'activité, entre la vie et la mort. Mais il y a dans les calmes et immobiles scènes de l'Orient une majesté pleine d'attrait pour l'homme de l'Occident, qui ne peut s'empêcher de faire un retour sur luimême et de se reprocher l'empressement si souvent inutile de sa vie. Celui qui marche devant avale les mouches, dit un proverbe arabe, que P. Reynier qui le cite traduit ainsi : Les pressés sont des gobe-mouches. La démarche de l'Arabe est encore toute biblique, ses gestes sont pleins d'une majesté grave, qui n'est pourtant que pittoresque et qui n'émeut pas, parce qu'elle n'est l'expression d'aucune pensée. Ces draperies usées si fièrement jetées sur des membres nus, ces amphores que portent les femmes sur leur tête à côté des chameaux à la mine benoîte, l'esprit de profonde résignation

dans les douleurs de ce peuple misérable, donnent à la ville orientale un cachet poétique particulier, que reproduisent toutes les lignes, tous les groupes.

Cette misère n'est, dit-on, souvent qu'apparente . Certains de ces misérables sont fort riches; mais ils craindraient, en usant extérieurement de leurs richesses, d'attirer l'attention des voleurs de tous les genres et surtout d'un gouvernement toujours habile à les dépouiller. La population indigène ne semble composée que de mendiants, et personne pourtant ne tend la main.

Les rares femmes que l'on rencontre, sont voilées de façon à éviter tout regard indiscret.

Les trois grands groupes de population sont complètement séparés à Alexandrie : les fellahs, reste des anciens Cophtes, occupent l'emplacement de la ville antique, dont la domination musulmane a effacé presque complètement les traces. Les seuls monuments que l'on puisse y voir encore sont les aiguilles dites de Cléopâtre : l'un de ces obélisques est debout sur sa base, l'autre gît couché dans la poussière qui le recouvre presque entièrement, comme pour nous montrer que le granit lui-même ne peut pas préserver de ses insultes ces marques fastueuses de la vanité humaine. L'obélisque ren-

versé, monument humilié de l'orgueil humain, ne sert plus qu'à soutenir un vieux pont de bois vermoulu. Des chiens errants et mourant de faim, quelques pauvres fellahs ignorants et peu soucieux de la gloire de leurs ancêtres, tels sont les gardiens de l'orgueilleuse capitale de l'Orient antique. Les Anglais ont, dit-on, fait tous leurs efforts pour relever l'aiguille abattue. Ils n'ont pas pu y parvenir, ou peut-être ne l'ont-ils pas jugée digne d'efforts suffisants. Ce que le temps renverse ne se relève plus. La ville européenne est placée à côté de la cité musulmane, que nous avons déjà traversée, et qui n'est pas isolée du mouvement comme la ville antique. Toutes les habitations européennes sont groupées autour des palais consulaires, qui entourent la grande place d'Alexandrie. Les maisons sans toiture auxquelles leur ornementation donne l'aspect de palais de carton, l'encombrement de certains points couverts d'hommes et d'ânes, la solitude de ses extrémités, donnent à la grande place un aspect bizarre. A l'un des angles de la place on aperçoit l'entrée d'un bois de palmiers : on dirait d'une colonnade sans fin.

En résumé « Alexandrie, que j'ai pu voir « assez bien pendant quelques jours, est une

« ville hybride, bâtarde, mélangée d'arabe sans « caractère et d'européen mesquin. Pas un « seul édifice de bon goût point d'homogénéité « dans les constructions : chacun a adopté le « style qui lui a plu, et cette disparate n'a pas « même produit quelques jolis effets de bizar- « rerie : tout est lourd, ou maniéré, ou vul- « gaire. — L'église catholique, ave^le couvent « de Terre-Sainte qui y est adossé, est située « dans une autre place moins grande et moins « régulière, mais comme édifice c'est ce que « j'ai vu de mieux à Alexandrie. Son dôme « s'élève et plane au milieu d'un vaste jardin « dont les murs sont dépassés par les hautes « cimes des palmiers, où pendent en ce mo- « ment de longs régimes de dates rougeâtres. « A côté même de l'église catholique est pla- « cée l'église grecque orthodoxe ; elle est dans « le style byzantin et moins majestueuse. Une « chose à noter, c'est la façon dont se fait ici la « police nocturne. D'heure en heure, ou même « à des intervalles plus rapprochés, on entend « s'élever un long cri lentement prolongé en « crescendo et diminuendo, assez semblable, « me dit M. Perrottet, à celui des singes hur- « leurs de la Guyane française. A ce cri parti « d'un des points de la ville et avant qu'il soit

« entièrement éteint, tous les autres points « répondent tour à tour par un cri si exacte- « ment semblable qu'on dirait des échos se le « renvoyant l'un à l'autre. Gela réveille les « dormeurs, mais ne manque pas d'un certain « charme d'originalité (1). »

Nous prîmes des montures sur la grande place pour aller visiter les environs. Paul Reynier, l'agent des postes et moi, nous franchîmes la porte de Rosette, et, avant d'arriver à la colonne de Pompée, nous visitâmes le cimetière turc : les pierres blanches jetées sur la plaine, les aloès qui s'élèvent sur les tombes comme une image des âmes des morts, donnent un aspect de poésie grave et douce à la fois à ces demeures silencieuses; au milieu de cette plaine blanche, s'élève la colonne de Pompée, ainsi nommée d'un certain Pompée, gouverneur de la Basse-Egypte, qui l'éleva en l'honneur de Dioclétien. « C'est un magnifique mo- « nolithe en granit d'une hauteur d'environ « 1 00 pieds (33 mètres) et d'un diamètre cor- « respondant. Le temps et aussi sans doute la « brise de mer en ont usé la dure surface, qui « a çà et là son épiderme largement écorché.

(1) Paul Rejuier. Notes inédiles.

« Le chapiteau (d'ordre corinthien) est d'une « couleur noirâtre qui semble celle d'une ma- « tière différente du reste de la colonne. Cela « provient de ce qu'il a plus souffert à cause de « sa forme qui lui donne moins de solidité qu'au « reste de la colonne, et de son élévation qui « l'expose davantage au vent de mer. Cette gi- « gantesque pièce de grani t a son piédestal assis « sur une couche de pierre et de ciment qui pa- « raît un bien faible point d'appui pour une sem- « blable masse : voilà pourtant deux mille ans « qu'il la supporte sans fléchir. Cette résistance, « cette cohésion à toute épreuve, est le secret « non retrouvé du ciment romain.

« La colonne de Pompée s'élève sur un ma- « melon sablonneux d'où l'on a une belle vue. « La plaine qui s'étend à l'entour est parsemée « d'un côté de maisons de campagne qui dia- « prentd'un peu de verdure (bien peu, hélas!) « sa vaste et jaune nudité; de l'autre s'étend « un cimetière qui, partant du pied delà colonne, « longe la voûte jusqu'à l'entrée de la ville, « C'est une immense surface que blanchissent « de nombreuses pierres sépulcrales, entre les- « quelles poussent des bouquets de broussailles « noirâtres. L'horizon découvre au couchant le « port avec les cimes des mâts qui le hérissent :

« au levant le lac Mareotis, qui semble un se- « cond bras de la même mer (1). »

Nous nous dirigeâmes de ce point vers le canal de Mahmoudié, qui joint le Nil à la mer.

De fort jolies barques stationnent sur le canal de Mahmoudié : ce sont celles qui, avant l'établissement du bateau à vapeur, faisaient le service postal entre Alexandrie et le Caire ; ce sont les mêmes barques ou canges que l'on prend pour remonter le Nil jusqu'à la Haute-Egypte. La voilure en est fort gracieuse, mais d'une hauteur démesurée, qui expose souvent à de graves accidents. Des hommes, des enfants courent nus sur les rives du canal, et ce n'est pas la chose la moins pittoresque que la présence des nègres et des Arabes, dont le turban forme l'unique vêtement. Au retour de notre promenade nous pûmes admirer le jardin d'Ismaïl-Pacha, où toute la société élégante se donne rendez-vous, comme dans une promenade publique. Le harem d'Ismaïl s'élève dans un des angles du jardin, et derrière les barreaux de leur prison les femmes de l'islamisme peuvent voir les chrétiennes respirer librement l'air embaumé du soir. Pauvres femmes! l'homme

(i) Paul Reynier, loc. cit.

a-t-il pu vous faire un sort pareil ! son cœur de père, de fils ou de frère ne s'est-il jamais révolté devant le spectacle du rôle honteux qui vous est imposé.

- Comment quitter Alexandrie sans avoir foulé le sable du désert de Ramlet qui l'entoure? Le lendemain, nous eûmes bientôt franchi les portes de la ville, et nous courûmes pendant une heure et demie sous un soleil de feu. Nous ne rencontrâmes que quelques misérables fellahs, des lézards effrayés, et dans toutes les flaques d'eau d'innombrables poissons. A mesure qu'on s'enfonce dans le désert, le sable devient de plus en plus profond et mobile. La marche des montures y est difficile, et nous jugeâmes prudent de revenir sur nos pas. Nous passâmes au retour tout près d'un village de fellahs : les maisons ne sont que de pauvres cabanes où vivent en commun bêtes et gens. J'ai vu là au milieu des chiens et des porcs, à l'entrée du village solitaire, une pauvre jeune femme à moitié nue, couverte à peine par un reste de chemise bleue. Nous regagnâmes bien vite les rives du canal, tantôt emportés au galop de nos ânes, tantôt nous arrêtant devant un troupeau de buffles ; nous arrivâmes devant un palais enveloppé de vertes et odorantes charmilles.

Nous nous demandions quel était l'heureux pacha qui coulait dans ces lieux enchantés de muettes et délicieuses journées, quand nous apprîmes que c'était la demeure offerte à M. de Lesseps par le vice-roi. Nous entrâmes chez l'illustre diplomate, qui nous reçut avec sa grâce habituelle. Son habitation brillait des mille détails d'un luxe du meilleur goût, et d'une splendeur tout orientale. Nous fumâmes dans des chiboucks à bout d'ambre et incrustés de diamants, dont la valeur dépassait plus de cent fois celle des plus belles pipes de France. Nous prîmes le ca'fé dans des fmgents de porcelaine de Sèvres incrustés d'or. M. de Lesseps nous fit lui-même les honneurs de sa splendide villa : il nous montra ses majestueux bananiers, ses jasmins, ses héliotropes, toutes ces plantes, tous ces arbres aux senteurs délicieuses que nous cultivons avec tant de peine dans notre Europe, et qui poussent si vigoureux sous le ciel fécond de l'Egypte.

» Quelques heures après cette visite, P. Reynier m'accompagnait jusqu'au canot qui devait me ramener à bord du Lycurgue.

La nouveauté des spectacles réservés à nos yeux, les distractions qui naissent des mille incidents d'un tel voyage pouvaient seules adou-

cir la blessure faite à nos cœurs par une cruelle séparation.

P. Reynier nous a laissé une relation de son voyage dans l'intérieur de l'Egypte, dont nous espérons pouvoir faire prochainement connaître les plus intéressants passages daus un travail spécial sur l'œuvre immortelle de M. de Lesseps. Nous ne suivrons donc pas aujourd'hui notre poétique compagnon ^mais avant de le quitter, nous irons assister avec lui au palais de Rashétin, à Alexandrie, à la réception d'un nouveau consul. Nous allons le laisser lui-même nous raconter cette intéressante cérémonie. « On envoya prendre le nouveau consul de Sardaigne dans une voiture de la cour. Les cawas de tous les consuls ses confrères et du gouvernement le précèdent à pied; il est accompagné d'une musique militaire qui joue pendant la route et à son arrivée au palais. Introduit dans la salle de Dewann, il s'asseoit à côté de S, A. On apporte la pipe et le café, et l'audience ne tarde pas à être terminée, au grand plaisir de Saïd-Pacha, qui, étant d'une grosseur monstrueuse, ne tient pas à l'aise dans son habit de cérémonie.

« On donne à tout nouveau consul un sabre et un cheval; autrefois on y joignait encore

« une pelisse. Il serait à désirer qu'on abolît « tout à fait cet usage, qui avait sa racine dans « une insolence turque. «Altesse, disait-on, voici « un pauvre homme qui n'a pas d'habits pour se « couvrir, qui n'a pas de cheval pour chemi- « ner(l), qui n'a pas de sabre pour se défen- « dre;» et l'Altesse généreuse habillait, équi- « pait, armait ce pauvre chrétien. Si les pa- « rôles ne se prononcent plus, le rit, étant res- « té le même, semble les sous-entendre.

« Après la séance officielle, j'entre avec Clot- « Bey dans une autre pièce du palais où se ré- « unissent les courtisans. C'est une rotonde « fort belle, avec un parquet et des glaces ma- « gniflques, des fresques, une décoration de la

(1) « Les Turcs ne comprennent pas qu'on aille a pied, à « moins d'y être forcé. Quiconque n'est pas a cheval, a bau- « det ou en voiture, est réputé n'en avoir pas les moy< ns. « Ils ne comprennent pas qu'on ne soit pas très-cortrarié de « marcher et qu'on y prenne soi-même quelque plaisir; aussi « n'ont-ils aucune idée de ce qu'on appelle chez, nous se prome « ner-Voici à ce sujet une historiette authentique : Un prince « turc voyait de ses fenêtres un attaché de l'ambassade fran- « çaisequi faisait régulièrement tous les jours après le déjeu- « ner son tour de jardin. Cela finit par le toucher d'une si vive « pitié qu'il envoya prier l'ambassadeur de faire grâce à ce « malheureux jeune homme, qu'il avait condamné au cruel « châtiment d'arpenter ainsi tous les jours lejardin de l'am- « bassade. On eut toutes les peines du monde à lui faire com- « prendre que ces promenades étaient volontaires, et en ces- « sant de passer à ses yeux pour un condamné, le promeneur « passa pour un fou. »

plus grande richesse. S. A. arrive bientôt, dans les amples vêtements qui conviennent à sa grosseur. Elle s'asseoit dans un fauteuil, et chacun se tient debout à une distance respectueuse. C'est une chose étrange que ces cours orientales: en face du maître, tout rang s'efface sous le même niveau de servilité. Puis ces mêmes hommes qui viennent de s'humilier et souvent même d'être humiliés de la façon la plus profonde, rentrent chez eux ou passent seulement dans une autre salle et y redeviennent grands personnages au milieu de leurs inférieurs, qui jouent à leur tour le même rôle. Ainsi, depuis le premier jusqu'au dernier placé dans la hiérarchie, chacun est tour à tour humble courtisan et humblement courtisé. »

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