‹ Les échos du Pas de RolandChapitre 12 sur 21 · UN CORPS DE GARDE A MACATE · texte numérisé non relu

UN CORPS DE GARDE A MACATE

Pendant que l'orage grondait avec fureur et que la princesse en délire croyait voir des spectres et des assassins de toutes parts, pendant que Ganich, bravant tous les dangers, se réjouissant même de la colère du Ciel 9 rendait grâce à Dieu d'avoir créé cette nuit infernale qui abritait si bien ses desseins, une scène d'un autre genre se passait dans une maison de Macaye.

Que le lecteur nous permette de décrire

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cette maison, nous lui donnerons ainsi un spécimen de l'architecture basque.

Un toit triangulaire , couvert en tuiles rouges, s'incline en forme de chalet. La façade en torchis est percée d'ouvertures irré* gulières. Les fenêtres, peintes en rouge, sont en forme de croix, et la porte d'entrée est arrondie comme un portail d'église. Audessus de ce portail se dresse un crucifix. — Ailleurs, ce crucifix est remplacé par la statue de la Vierge ou par une pierre recouverte d'inscriptions orîginar les (1).

Rien n'inspire autant de respect que c^ frontispices.

A l'entrée de la maison se trouve un bé^

(1) Ainsi, à Ainhoa on voit au-dessus de la porte d'une maison une pierre sur laquelle se trouve gravé en entier l'acte de rachat de cette maison : c'est un parchemin im* périssable attestant le droit du propriétaire.

nitier : le toit domestique est considéré par le Basque comme un vrai sanctuaire.

Devant vous s'ouvre un large vestibule, connu sous le nom âiescaratza : il sert à renfermer les outils aratoires du propriétaire ; c'est là encore qu'après la moisson, il bat le froment et dépouille le maïs. Ce Tcstibule partage la liaison en deux corps de logis.

Réunie dans cette vaste pièce, autour d'un foyer improvisé, une escouade de soldats, au milieu des vapeurs acres du tabac formant un épais nuage , s'entretenait des événements qui préoccupaient la contrée.

Le caporal Beaudiseur excitait , par sa verve infatigable, l'admiration d'un cercle d*auditeurs qui l'écoutaient avec ébahissement.

— Quel chien de temps ! nous voilà condamnés à croquer le marmot. Impossible

d'aller, cette nuit, arrêter la princesse et ce brigand de Ganich !

— Dites donc, caporal, demande un soldat , qu'est-ce donc que cette princesse qui nous fait droguer dans ce pays de loup?

— Camarades, je veux bien vous conter la chose, à condition que vous m! octroierez le plus profond silence.

— Suffit, caporal, on sera muet comme un goujon.

— Je ne vous garantis nullement la vérité vraie du récit que je vais faire; j'ignore la politique , et les droits des prétendants m'intéressent peu. Cependant la loi oxalique me paraît raisonnable , il me semble que si quelqu'un doit commander un royaume, c'est la moustache et le pantalon.

— Bravo, caporal !

— Mais il y a quelquefois des revirements à ce système ; je vais vous feire le

rapport de la chose comme je i'ai entendu dire à mon capitaine, qui est un homme ivès'éduçiié.

Il y avait une fois un roi, en Espagne, qui s'appelait Ferdinand VIL Or ce roi était marié. Les rois vieillissent comme les autres; ils doivent, comme nous, payer leur contingent à la nature.

— Le caporal, il parle comme le curé de Carcassonne, dit un Languedocien.

— Enfin, il fallait faire son testament, et les femmes, comme vous le savez tous plus ou moins, se passent souvent la fantaisie de porter culotte.

— Ah! caporal, Fanchonnette, ma payse, ne portera jamais culotte.

— Tais-toi, imbécile : ta payse te mènera

par le bout du nez... A Cbaillot! monsieur de

Carcassonne.

Motus l... Pour lors, c'était la fantaisie

à la reine GhristiDe de faire porter les pantalons à sa fille Isabelle. On appelle cela dans les livres : faire tomber la couronne en quenouille.

— Dites donc, caporal I Les reines filentelles du coton ou de la laine ?

— Allons donc , Carcassonne ! les reines d'Espagne filent toujours du parfait amour.

Taisez- vous, vous autres. La reine d'Espagne pourrait bien filer, pour le moment, par le flanc gauche, attendu que ces gaillards de carlistes ne vont pas mal du tout ; mais, à bas la politique I Nous disions donc que la reine Christine voulait donner des culottes à sa fille ; mais les rois, comme chez nous, étaient toujours, nonobstant ^ destinés à tenir les ficelles du gouvernement^ et don Carlos. était subséquemment celui qui devait prendre le bâton du commandement

si le roi Ferdinand n'en eût, par son testament^ disposé contrairement.

— Tudieu I comme le caporal il sait faire les verses...

Et le caporal, flatté de cette approbation, se rengorge un instant, puis il continue en ces termes :

— Jugez donc si le testament du roi devait rendre don Carlos content. Ses amis, qui étaient nombreux, ont pris subrepticement fait et cause pour lui ; ils ont formé des régiments, des bataillons, des escadrons, en veux-tu, en voilà. Depuis lors, les victoires se succèdent, que c'est une bénédiction!

Voyant cela, don Carlos est venu lui-même dire aux siens :

« Me voici!... je suis venu pour me battre avec vous. »

— Voilà un brave ! s'écrie-t-on de toutes parts; tous les rois ne se mettent pas à la

tête de leurs armées ! — Et l'auditoire applaudit avec enthousiasme.

— Mais un roi, reprend le caporal, ne peut pas toujours rester garçon ; donc conséguemmenty don Carlos a épousé la princesse de Beira que nous poursuivons et que notre consigne est d'arrêter chez Ganich adroitement. Le mariage s'est fait à Londres, je crois, mais ce n'est pas bien sûr.

— Pardon excuse, caporal, si je vous interromps : comment le mariage a-t-il pu se faire à Londres, puisque don Carlos il est ici ?

— C'est qu'il s'est fait par procuration.

Et le caporal, après avoir lancé ce mot,

promène son regard sur l'auditoire pour voir l'effet qu'il a produit.

Toute l'escouade est ébahie de la science du narrateur; on reste un moment silencieux.

Le plus hardi de l'assemblée, prenant la parole : — Dites donc» caporal, expliqueznous donc un peu, qu'est-ce que c'est qu'un mariage par procuration ?

Le caporal, après avoir réfléchi un moment: — Une supposition, dit-il, tu es présentement à Macaye , et ta promise est, comme qui dirait y à Garcassonne ; tu envoies le vaguemestre devant M. le maire, à qui il répond oui, pour toi.

— C'est tout de même une drôle de façon d'entrardans le conjwigo. Ma foi! quand j'épouserai ma payse , je me présenterai moi-même devant M. le maire de Garcassonne. .. Je ne céderai pas ma place à un autre.

— Est-ce que dans ces sortes de mariages on cède tout à fait sa place ?

— Geci ne me regarde pas, répond le caporal, et il continue :

— Une fois marié, quoi de plus naturel qu'une femme se rapproche de son mari?

Pour lors, la princesse est venue sur cette frontière pour opérer un rapprochement avec don Carlos ; c'est pourquoi nous avons reçu Tordre de l'arrêter à son passage.

Mais, comme vous le savez tous, il y a un diable d'homme, du nom de Ganich, qui veut nom jouer le tour de venir en aide à cette princesse, qui présentement est cachée chez lui. Pour cette nuit, il y a contre-ordre, attendu que ce sacré temps no» empêche de bouger ; mais demain , dès que V Aurore aux doigts de rose ouvrira les portes de C 0rient...

— Excusez, caporal, j'ai fait garnison à Lorient et je n'y ai point vu des portes.

— Grand serin !... on voit bien que tu ne connais pas la romantique.

Je disais donc, dès que l'Aurore aux

doigts de rose ouvrira les pc nous irons prendre d'assai Ganich.

— Quelle jolie firliture sion d'un ordre du jour I

— Maintenant, mes enfan

est finie, que chaean rega

camp, et demain, au son de

du tambour en avant, marche

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