Ô LES ÉCHOS
— Du courage , madame ! répétait-il; devant vous est TEspagne, derrière vous c'est la captivité.
Et, à ces mots, le regard de la reine s'animait, et puisant de nouvelles forces dans son courage, elles'écriait:— En avant! en avant!
Après une mortelle heure de marche dans un sentier si dangereux, les fugitifs entrèrent dans un ravin bordé de ronces entrelacées, qui leur servit de chemin pour descendre dans une vallée.
Au débouché de ce ravin , Ganich , qui marchait en tête, se préparait à faire traverser un torrent à la princesse , lorsque son œil d'aigle vit briller des carabines à travers la fougère. D'un geste rapide, il fait signe à la princesse et à son compagnon de rester immobiles, et lui-même, courbant sa haute taille, se cache derrière un buisson.
Un instant après, on entend résonner les
pas des douaniers ; les trois voyageurs retiennent leur haleine, leur cœur bat à rompre leur poitrine. Que viennent chercher ces hommes dans cette direction?... Ont-ils aperçu les fugitifs?... Une froide sueur inonde le visage de Ganich. Tant d'efforts, tant de souffrances seront-ils donc inutiles? La princesse va-t-elle tomber entre les mains de ses ennemis, au moment d'atteindre le port de salut ?.. . Cependant, les douaniers approchent, ils sont déjà près du buisson derrière lequel Ganich se trouve blotti. On entend le froissement de leurs carabines contre le feuillage. Plus de doute, ils ont découvert les fugitifs 1 . , . Bientôt la voix de ces hommes arrive distincte à leur oreille. — Quelle aubaine ! dirait Tun ; 50,000 fr.
pour celui qui arrêtera la princesse I II aura avec cela du pain sur la planche pour, ses vieux jours.
— Nous n'avoDS pas de chance, répondait l'autre. La princesse ne passera pas assurément près de ce poste de malheur, à moins qu'elle n'ait des ailes pour descendre du haut de la montagne.
Enfin le huîsson est dépassé ; les voix s'éteignent peu à peu. Dix minutes, dix siècles s'écoulent, et Ganich yoit avec bonheur les carabines disparaître au tournant du sentier. Nos voyageurs rassurés continuent leur marche vers la frontière.
Quel pénible voyage pour la princesse I Tantôt il fallait gravir à pic de hautes montagnes, tantôt franchir des précipices sam fond ; on ne s'arrêtait que quelques instants pour reprendre haleine. La noble femme supportait ces fatigues avec une abnégation et un courage admirables, et Ganich dut quelquefois user presque de contrainte pour la déterminer à se laisser porter, dans les
passages les plus difficiles, sur les épaules de ses guides.
Enfin, les fugitifs arrivèrent sur le bord d'un petit ruisseau : c'était la limite qui sépare la France de TEspagae. Ganich, après l'avoir franchi d'un bond, s'arrête, et posant la main sur un bloc de granit placé à côté du sentier : — Voilà l'Espagne ! s*écrie-t-ilr
La reine, folle de joie, se précipite sur cette pierre et la baise avec des transports d'amour. Les périls, les fatigues sont oubliés , et elle court devant ses guides, qui peuvent à peine la suivre. Bientôt nos voyageurs atteignent le sommet d'une colline : là, un spectacle des plus animés s^offre tout à coup à leurs yeux, et vient remplir de douces émotions le cœur de la princesse.
Les tentes carlistes se déployaient au fond de la vallée. Les soldats s'agitaient dans tous les sens; leurs bérets blancs et leurs tuni-
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Au même instant, le bruit du canon ébranle Tair, les tambours, les clairons et les trompettes font entendre des sons belli-
(1) Cri basque.
queux. Les cloches espagnoles sonnent à toute volée; des cris de joie retentissent dans le camp. La voix des chefs appelle les soldats aux armes. La troupe électrisée se range en bataille ; les chevaux hennissent ; les sabres et les baïonnettes lancent des gerbes d'étincelles. L'orchestre militaire chante les hymnes nationaux les plus animés ; le roi, à la tête d'un brillant étatmajor, s'élance au-devant de la princesse.
Peu d'instants après, il pressait dans ses bras son épouse bien-aifi^ée.