Ô2 LES ÉCHOS
De la terrasse du château , on découvrait un magnifique panorama. Au premier plan, de vertes prairies au milieu desquelles bondissaient de joyeux moutons en agitant leur clochette argentine, le tout pittoresquement encadré par des bordures d'aunes au feuillage sombre. Plus loin, un rideau de peupliers au bord duquel gazouillaient de clairs ruisseaux, et qui laissait entrevoir de blanches et coquettes chaumières. Audessus, des coteaux mollement arrondis, recouverts d'un tapis de bruyères roses, sur lequel on distinguait çà et là des touffes jaunes de genêts épineux. A Thorizon, les crêtes dentelées des montagnes éclairées par les derniers feux du soleil couchant.
La conversation de la reine avec son hôte tomba peu à peu. Depuis un moment, la princesse laissait errer son regard sur le beau spectacle qui se déroulait devant elle. Bien-
tôt, à la vue de ces magnifiques Pyrénées qui lui rappelaient Timage de la patrie absente, elle se prit à rêver. Comme elle était belle ainsi! Ses grands yeux noirs étaient à demi voilés par une langueur expressive.
Elle appuyait sa tête sur une main mignonne comme la main d'une Andalouse ; de beaux cheveux noirs encadraient harmonieusement son visage au teint mat comme les madones de Raphaël ou de Murillo. Et quelle grâce dans sa pose ! Sa taille souple et élégante s'inclinait comme la tige d'une fleur. Le bas de sa robe laissait deviner un pied d'enfant. Toute sa personne exhalait un charme et une poésie inexprimables.
Tout à coup , sa rêverie est brusquement interrompue par l'arrivée de deux hommes à la démarche fière et hardie, tous deux armés du makila, compagnon fidèle du Basque.