‹ Les écoles aux États-Unis [microforme]Chapitre 3 sur 5 · IT · texte numérisé non relu

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Il nous reste maintenant à examiner la question scolaire dans ses rapports avec l Etat.

Quelle est la sphère de l'action du Pouvoir Public sur le terrain de Péducation de l'enfance, et quelles en sont les limites naturelles?

Nous abordons iei une question brûlante. Pour ne pas nous échauder en y touchant, nous irens au fond des choses, en essayant de jeter le plus de lumière possible dans le domaine des idées,

Rappelons, tout d'abord, nn principe incontestable en droit naturel: e'est qu'il ne peut pas y avoir simultanément sur le même objet deux droits contradictoires. Ivy a pas de droit contre le droit. Les droits peuvent se subordonner, jamais se contredire.

En vertu de ce principe, la lof naturelle ne peut pas donner à FEÉtat des droits contredisant où absorbant ceux qu'elle donne à la famille. Conséquemment, si l'Etat a des droits sur l'éducation des enfants, ces droits ne doivent et ne peuvent commencer que à où finissent ceux de la famille: ear la funille est antérieure à l'Etat dans ordre de lexistence et les enfants appartiennent À la première avant d’appartienir au second.

De plus, en admettant l'hypothèse des droits de F Etat, ceux-ci doivent nécessairement être le corollaire d’un “devoir? à remplir par Fautorité civile. On ne peut,

mis

en effet, concevoir l'existence d'un droit sans une raison d'être qui lui donne naissance. Un droit naturel, surtout, ne pousse pas de lui-même comme un champignon sur une souche, et ne se crée pas, non plus, par une simple loi de parlement. La seule source d'où il peut jaillir est au-dessus de toutes les lois humaines positives et doit même servir de borne à ces dernières: e’est la loi naturelle.

Or, la loi naturelle impose-t-elle à l'autorité civile un devoir à remplir dans l'œuvre de l'éducation de lenfance?

Si non, l'Etat n’a rien à v voir, et ne peut conséquemment y prétendre à aucun droit.

Si oui, ce devoir doit nécessairement et uniquement originer de l'obligation de promouvoir soit l'intérèt uénéral de la société, soit les intérêts particuliers de l'enfunt.

Iest évident qu'un semblable devoir ne peut provenir d’autres sources que de celles-là.

Toute la discussion est done nécessairement amente et limitée à l'examen des deux questions fondamentales suivantes:

lo L'intérêt général de la société exige-t-il l'intervention du Pouvoir Public sur le terrain de l'éducation?

20 L'enfant a-t-il besoin de P'Etat pour recevoir l'éducation à laquelle il a droit?

L'examen de la première question exige que nous commencions par bien nous entendre sur le vrai sens de ce que l’on appelle ‘intérêt général” de la société.

L'intérêt général est évidemment l'intérêt commun de toutes les parties composantes du corps social. Son idée précise dépend don: d’une notion claire et exacte de

la nature du corps social, c’est-à-dire de l'association civile.

Or quelle est la nature de cette association?

C’est ici que les novateurs modernes ont commencé à dévier en prenant une fausse route, afin d'arriver à la théorie de l’ Etat éducateur.

Ils font de Etat une sorte d'être de raison, distinct des familles et des individus qui composent la nation. En donnant ainsi à l'être Etat une personalité distincte, il leur est loisible de le mettre en opposition avec les familles et les individus, et d’en faire même, au besoin, un dieu Molock auquel tout peut être sacrifié.

C’est une erreur radicale.

L'Etat n’est rien autre chose que l’ensemble des familles et des individus réunis dans un intérêt commun avee une force centrale résultant de leur union, et organisée pour la fin unique de protéger et de défendre leurs droits. L'Etat considéré comme être à part, distinct des parties composantes ae la nation, est en théorie un mythe, en pratique une fraude.

L'intérêt général de la société, ‘Pintérêt commun’, ce grand mot que l’on se plait à faire résonner si haut, n'est rien autre chose que la communauté des intérêts même des familles et des individus qui font le peuple.

L'on re peut raisonnablement concevoir un ‘intérêt commun” en contradiction avec ies intérêts propres de la généralité des familles.

Ce serait poser en principe que ces dernières s’organisent en société publique pour la fin absurde de se créer des embarras ou de se procurer des désavantages.

L'idée d’un intérêt commun est donc nécessairement

subordonnée à celle d’un bien, dont l'acquisition ou la tranquille possession intéresse également, en commun, ln généralité des membres de la société, Or, parmi ces biens communs, il en est un qui prime tous les autres, C’est un don de la nature, qui tient le premier rang parmi tous les biens naturels. C'est la liberté, le trésor le plus précieux de l'honmeen ce monde, dans ordre naturel; la Biberté dans toute l'étendue de sa sphère légitime; la liberté du citoyen, dans sa personne et dans son fover, Les conclusions arrivent d'elles-cmiémies,

L'intérêt commun est done, avant tout, identifié avec la liberté des familles et des individus.

L'intérét général de la société demande done, avant tout, que cette liberté soit conservée intacte dans toute l'étendue de sa sphère naturelle et légitime,

Le premier devoir du Pouvoir Pablie est done de protegor cette môme liberté.

Dose, en définitive, le Pouxoir Public, ne peut jamais, sous le prétexte d'intérét géncral, S'autoriserà se heurter lui-méme contre liberté individuelle des citoyens, on à pénétrer dans le sanctuaire des ftunilles,

Eutrons dans le domaine des faits.

L'intérét gencral de la société demande, sans doute, que tous ses membres prennent, autuit que possible, les movens d'arriver à une honnèéte aisance, afin de faire disparaitre du sein de la nation le paupérisme avectoutes les misères sociales qu'il engendre. Mais cela ne

dénne pas au Pouvoir Publié le droit de rendre le tra-

Ps!

vail obligatoire, ou de déterminer le genre d'occupation que chacun doit embrasser, afin d’arriver à la fortune, L'homme demeure toujours en possession de son droit naturel de travailler quand il veut, où il veut et pour qui il veut, Figurez-vous un peu la binette que ferait un de nos bons américains prenant ses aises sur une place publique, en se voyant aborder par l’homme aux boutons de cuivre lui enjoignant d’aller rend: compte de l'emploi de son temps au Chef de police! L'« erierah à la tyrannie! Et l’on aurait raison.

A quoi done se réduit, sous ce rapport, la sphère 4 l'action de l'autorité publique, en vue de l'intérêt gén ra!?— A des mesures d’une portée générale et publique comme la protection de l'industrie et du commerce

‘encouragement de l'agriculture, l'amélioration des co ditions de la classe ouvrière, et autres mesures de ce genre, tendant à faciliter | nx pour lécoulement de la richesse nationale au set ù masse du peup: à Mais elle ne doit pas descendre sur le terrain de la Die rté individuelle et se faire le ‘‘contre-maître oblig re”? du citoven. [est iei sur son terrain reservé; et, tout envahisseur, il a le droit de dire avec toute la fierte que donne le sentiment de la liberté: “halte-là.”?

L'intérèt commun demande encore, sans doute, que les citoyens soient autant que ::ssible des hommes forts et robustes, afin de former une nation puissante, vigoureuse et capabie de faire valoir ses droits. Mais cela ne donne pas au Pouvoir Public le droit d'entrer dans le fover domestique, de voir à la nourriture des enfants, de se constituer le marmiton de la famille.

Le chef de famille serait en plein droit de lui dire: ‘Sortez de ma cuisine. Je suis maître

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chez moi; et vous n'avez rien à voir dans ma marmite.”

À quoi se réduit donc, encore ici, la sphère de l'action de l'autorité publique en vue de l'intérêt général de la société? —A des mesures générales tendant par exemple à éloigner les aliments malsains des marchés publics, comme la surveillance des importations de provisions de bouche, l'inspection des viandes qui sortent desabattoirs, ln défense des contre-façons faites dans le commerce, et autres mesures de ce genre. Mais elle ne doit jamais se permettre d'aller sentir dans la cuisine des gens, parce que e’est là un terrain reservé à la famille.

L'intérêt commun de la société demants core, sans aucun doute, que les citoyens reçoivent un éducation convenable, afin de contribuer à la formation d'un peuple intelligent. Mais cela de donne pas au Pouvoir public le droit de défoncer les portes du sanctuaire de la famille, de s'empare: des enfants pour faire, lui-même, leur éducation. Le père, investi de la souveraine autorité que la nature elle-même lui donne sur ses enfants encore bien plus que sur sa cuisine, a certainement le droit de se tenir debout sur le seuil de sa porte et de dire à l'envahissur. Arrêtez! Le maitre ici, est moi: moi qui tiens de ma paternité le devoir, et avec le devoir le droit de gouverner, d’aliministrer et d'élever ces sujets qui je nomine mes enfants, et qui sont, par l'autorité de Dieu et la loi de la nature, mes ‘sujets? parce qu'ils sont mes ‘‘enfants.”?

A quoi done doit se réduire, encore ici, la sphère de l’action du Pouvoir Public? Comme dans les deux cas précédents, à des mesures générales de protection. 1° Etat peut zider les familles à multiplier et à maintenir ieurs

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