‹ Les écoles d'architecture et d'art décoratif des XVIIme et XVIIIme siècles à Aix, capitale et siège du gouvernement de la ProvenceChapitre 17 sur 44 · CHEZ LES PARTICULIERS · texte numérisé non relu

CHEZ LES PARTICULIERS

Hôtel du Chevalier Hancy — Mascaron

Il y eut à Aix, avant la Révolution, de nombreuses statues, des bustes et des statuettes, sans compter des médaillons en reliefs et de petits bas-reliefs qui décoraient, avec des fontaines d’angles, les salons, vestibules et salles à manger des hôtels des parlementaires et des collectionneurs, nombreux comme on le verra ultérieurement, au XVIIe et XVIIIe siècles. La plupart de ces belles collections furent vendues et dispersées, immédiatement avant ou après les désordres révolutionnaires. Beaucoup de leurs propriétaires émigrèrent et de ce fait furent ruinés. Leurs hôtels et châteaux furent pillés et même parfois incendiés et détruits.

L’opulente société Aixoise d’avant la Révolution, ne se remit jamais complètement de l’horrible tourmente qui l’avait dispersée; et quand elle se trouva réunie à nouveau et qu’elle eut à relever les ruines et à reconstituer les fortunes, elle ne put jamais le faire complètement. La société actuelle s’en ressent encore de nos jours. Les hôtels intacts, qui n’ont pas été complètement dépouillés de leurs richesses, se comptent aujourd’hui. Je ne pourrais donc signaler que peu d’œuvres de marbre, de pierre, bronze ou de gypse ayant pu échapper encore aux ventes qui se succèdent d’une façon désespérante, bien que souvent discrètes et anonymes, depuis plus d’un siècle à Aix.

Nous trouvons chez le comte de Bournat un très beau médaillon de marbre à encadrement de bois doré fort délicat. C’est un portrait du directeur des galères de

Ranché, sous Louis XIV, il fut exécuté par Puget et à fort

grand air. Cette œuvre fut très remarquée à la récente exposition rétros- pective d’art provençal,

qui fut si bien organisée à l’Ex- position Coloniale de 1906.

Au pavillon de Vendô- KefssÊt me, on Peut voir dans le

R. du Puit-neuf Mascaron (Chas tel)

grand atelier de J. B. Vanen marbre blanc du XVIIIe proviennent de la maison de premier l’enlèvement d’Eu-

loo, deux médaillons ovales siècle. Ils sont de Chastel Valbelle et représentent : le rope, et le deuxième Leda :

Rue Eineric- David Mascaron d'angle

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et le cygne. D’une '■ J belle facture et

d’une patine ad- u:?£ !î mirable ; ils sont

montés sur des Sphinx. Hôtel Castillon socles de marbre

gris. Signalons encore au pavillon de Vendôme, un joli buste polychrome du XVIIe siècle, représentant Henri IV roi de France et de Navarre, ainsi qu’un Apollon en marbre de Carrare.

Dans l’hôtel d’Estienne de St-Jean, rue Gaston de Saporta, hôtel dont les plans furent dessinés par Puget et qui est à tous les points de vue si intéressant, on trouve à un retour du grand escalier, un buste en plâtre de Louis XIV, un peu détérioré, mais bien caractéristique du XVIIe siècle.

Chez, le baron Guillibert l’on peut voir une tète d’ange attribuée à Puget. Chez Monsieur Paul Arbaud, dans le grand vestibule, sont les pièces suivantes : Une vierge du XVIIe siècle. De Chastel, une étude de fronton de glace (terre cuite), un nid d’oiseau (terre cuite), un grand cartel provenant de la porte de l’hôtel de Gras, très intéressant, un St-Jean-Baptiste par Veyrier, une Ste-Madeleine du XVIIIe siècle, etc. Dans sa bibliothèque se trouve un médaillon (portrait de St-Vincens).

Les armoiries de la maison de Gras méritent une mention très spéciale. En effet, nous avons grâce à elles, certaines notions exactes sur le prix auquel Chatel estimait son travail. Monsieur J. Arbaud possède le document suivant que nous transcrivons vu le grand intérêt qu’il nous offre. C’est le reçu de Chastel signé de lui au Conseiller de Gras :

« J’ai reçu de Monsieur le Conseiller de Gras la somme de quatre-vingt-quatre livres, en paiement (des sculptures) de ses armoiries et de celles des chapiteaux de sa maison à la place des Prêcheurs à Aix. Le 1 1 Avril 1771, signé Chastel », Monsieur Arbaud possède également un très intéressant document concernant la boiserie de cette même porte. Nous en reparlerons au chapitre des boiseries.

A l’hôtel d’Eguilles existait autrefois dans la cage de l’escalier deux statues. L’une d’elle, œuvre de Pierre Puget représentant un faune se trouve actuellement au musée de Marseille. Madame Veuve de Montigny, possède le célèbre buste de Mirabeau exécuté par le sculpteur L. de Montigny, grand-père du défunt L. de Montigny, qui est une pièce capitale du

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XVIIIe siècle, ainsi que le buste de St-Huberty de Roland. Enfin l'Hôtel de Garidet abrite plusieurs bustes, terres cuites de grand mérite.

FONTAINES. — Avant toutes choses, on peut signaler aux étrangers, qu’Aix est la ville des jolies fontaines et des belles portes. Puisque nous en sommes aux sculptures sur pierre, nous allons passer en revue et mettre sous les yeux de nos lecteurs, les plus importantes de ces fontaines qui sur nos places publiques furent élevées au XVIIe et XVIIIe siècles.

Il en existe bien d’autres à Aix ; mais elles ne sont pas du cadre de cet ouvrage puisqu’elles sont antérieures ou postérieures aux époques dont nous nous occupons.

La plus importante et la plus belle de ces fontaines est, sans contredit, celle de la place de la Madeleine ou des Prêcheurs. Elle fut édifiée en 1760 et 1761 et se compose d’une vasque à mouvements demi-cintrés à seize pans, au centre de laquelle, s’élève le mouvement proprement dit. Celui-ci est en trois parties superposées; la première est formée d’une importante base carrée, aux angles à pans coupés; sur chaque face de cette base se trouve un panneau mouluré contenant une inscription; ces quatre inscriptions furent composées à Paris et envoyées par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Au-dessus de chacun des panneaux, s'appuyant du sommet h l’obélisque qui forme la deuxième partie, sont des médaillons ovales surmontés d’élégantes guirlandes à festons, qui contiennent les figures en demi-relief de Caïus Sextius Calvinus fondateur de la ville, de Charles III, dernier comte de Provence, de Louis XV représenté à l’époque de l’érection du monument et de son petit fils, le comte de Provence qui fut plus tard le roi Louis XVIII. Sous chaque inscription se trouve également une draperie décorative. L’eau jaillit de la base dans la vasque par le bas des quatre pans coupés qui sont fort gracieusement décorés. Au-dessus de cette base s’élève un grand obélisque en pierre de Calissane, supporté, au-dessus de chacun des pans coupés, par le dos d’un lion accroupi sur l’extrémité de la corniche. Nous avons dit que les médaillons à figures s’appuient à cet obélisque, au sommet duquel, (troisième partie), est placée une sphère à tranches de melon surmontée d’un aigle qui semble prêt à prendre son vol ; ses ailes éployées ont un beau mouvement plein d’élégance et de force.

La plus importante fontaine après celle de la place de la Madeleine, se trouve sur la place des quatre Dauphins à laquelle elle a donné son nom. C’est un très élégant morceau de sculpture dont on n’a pu déterminer exactement l’auteur; je la crois de la fin du XVIIe siècle et de Pavillon. Les Dauphins ont été de tous temps employés pour les fontaines, particulièrement à cette époque, sous leur forme mythologique bien entendu. Puget s’en servit pour sa fontaine de Toulon. Chaste! les employa beaucoup en sculpture également: mais la fontaine dont nous parlons semble antérieure à son époque et les Dauphins qui la surmontent ne ressemblent point à ceux qu’il sculpta dans nombre de jardins et de parcs, où nous pouvons les voir encore. Tout le monde connaît cette fontaine avec sa jolie vasque à mouvement demi-cintré, son rocher fleuri de roseaux qui supporte les quatre Dauphins émettant l’eau par leurs gueules grimaçantes et le petit obélisque où s’appuie leurs queues, dans un joli mouvement de torsion symétrique aux quatre angles ; l’obélisque est surmonté d’une pomme de pin qui termine le mouvement d’une façon simple et heureuse. Cette fontaine a le grand mérite de s’approprier parfaitement à la petite place dont elle est l’ornement central.

Une très jolie petite fontaine du XVIIIe siècle, se trouve au bas du cours Sextius, au croisement du boulevard qui vient de la place de la Rotonde; elle a une gracieuse vasque à mouvement renflé ; au centre, du côté faisant face à l’Est, s’élève une élégante base rectangulaire délicatement décorée d’ornements et de moulures d’ou l’eau jaillit dans la vasque, projetée par la bouche d’un mascaron finement sculpté; au-dessus de cette base se trouve un joli vase canelé en marbre gris qui termine gracieusement cet ensemble. Signalons aussi la fontaine qui orne la place de l’Hôtel de ville, élevée en 1755, dont l’ornement le plus gracieux est une sphère entourée de feuillages en fer forgé, un des premiers ouvrages de Chastel, ainsi que les mascarons d’où s’échappent l’eau.

Nous aurons bien d’autres modèles de fontaines de cette époque à offrir à nos lecteurs.

Pl. VI.

Fontaine de la Place de la Madeleine

Aigle sculpté par Chastel

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Nous les décrirons au chapitre des parcs et jardins dont elles sont le charme et l’ornement.

Frises. — Passons aux frises; nous avons déjà décrit les plus belles au précédent chapitre ; nous en offrons à celui-ci la reproduction détaillée et complète ; il serait difficile de n’en pas admirer l’élegance et la variété. Rappelons que celles qui sont les plus intéressantes se trouvent à l’hôtel de Peyronetti, à la Mairie au Pavillon de Vendôme, à l’hôtel de Gaumont, à l’hôtel de Nibles, à l’hôtel d’Arbaud Jouques, à l’hôtel de Boigelin, à l’hôtel Bonnet de la Beaume.

Deux petites frises à rinceaux, se ressemblant beaucoup, surmontent l’entablement des portes des hôtels, d’Estienne-d’Orves et de Meyronnet St-Marc, qui se font presque face sur le cours. Une autre du même type mais plus fine et ornée en son milieu d’un mascaron se trouve au-dessus de la porte de la Sous-préfecture. Une quatrième également à mascaron se voit dans la rue des Trois Ormeaux.

Nous insisterons particulièrement sur les frises des hôtels de Peyronetti et de Caumont : La première date du XVIe siècle comme nous l’avons dit. Il est à remarquer que les bucranes qui en forment le leit-motif en quelque sorte, se trouvent dans les armes des seigneurs qui les firent édifier. Le motif central de cette frise est fort beau.

J’aime aussi beaucoup la frise Louis XVI de l’hôtel de la Beaume ; ses rinceaux sont parfaitement exécutés et d’une extrême élégance. -

Niches. — Les niches sont nombreuses à Aix ; surtout les niches d’angles des hôtels destinés à contenir des statues de la Vierge et de l’enfant Jésus; ces statues avaient pour objet, de mettre les hôtels qui en étaient ornés, à l’abri des maléfices et des maladies. Elles furent édifiées en grand nombre à l’angle des maisons patriciennes et bourgeoises à la suite d’une violente épidémie qui eut lieu en 1649, si Ie ne me trompe. Beaucoup eurent à souffrir du vandalisme révolutionnaire ; particulièrement celles des hôtels du Cours Mirabeau. Les plus jolies de ces niches et les plus ornées se trouvent aux angles des hôtels d’Espagnet et de Forbin sur le cours, de l’hôtel d’Agut rue Thiers. Signalons aussi, celle qui fait l’angle Sud-Ouest de la place des Quatre Dauphins, bien qu’on l’ait outrageusement badigeonnée à l’huile; la vierge qui est intacte, a seule échappée au vandalisme de nos peintres de bâtiment, qui, si on les laissait faire, badigeonneraient la ville entière. Avis aux propriétaires qui, se laissant trop souvent influencer par ce s industriels, enlèvent souvent à leurs maisons le seul cachet de la patine, qui leur donnait quelque intérêt.

D’autres niches en grand nombre existent à Aix et font partie de la décoration extérieure et intérieure des églises et des hôtels.

Nous signalerons particulièrement celles du Pavillon de Vendôme renfermant deux beaux pots à feu et terminées par d’élégantes coquilles. Celle qui orne la porte de l’Ancienne chapelle desaffectée, qui forme les belles salies du Muséum d’histoire naturelle vide malheureusement); celles de l’église inachevée des Jésuites rue Lacépéde, celles plus ornées de la façade de la chapelle des Ursulines rue Mignet, enfin celles des vestibules des hôtels Peyronetti et de Boigelin; ces deux dernières contiennent encore des statues.

Socles , consoles et pendentifs. — Us abondent dans nombre d’hôtels et de maisons bourgeoises et beaucoup sont du plus grand intérêt décoratif. Il faut distinguer, les socles proprement dits destinés, sur certaines façades, à supporter des sculptures ornementales bustes et corbeilles, des supports de balcon ou des bases de fenêtres. Ceux-ci sont des consoles. Les pendentifs ornent les côtés de nombreuses portes du XVIIe et XVIIIe siècles. Les plus intéressants du XVIIe se trouvent à l’hôtel de Forbin, à l’hôtel de la rue des Trois Ormeaux, ceux-ci caractéritisques, en forme de thyrses de yucca renversés. Signalons également ceux de l’hôtel de Félix du Muy, rue Mignet. A l’hôtel d’Agut se trouve un socle en forme de cul-de-lampe soutenant le centre du grand balcon. Du XVIIIe siècle, nous trouvons offrant un grand intérêt à l’hôtel du Poet, les deux consoles à têtes de lions, supportant les angles du balcon au-dessus de la porte d’entrée. Très intéressant est aussi le culot central du balcon de l’hôtel d’Arbaud Joucques, à tète de lion également.

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Grand portail, rue Emeric David

On trouve de ces socles ou pendentifs du XVIIIe siècle à l’hôtel de Castillon, rue Roux Alphèrand, rue Lacépède, rue Eméric David, rue Tournefort (coquilles et mascarons; de Toro, Maison Rose). A la Halle aux grains (porte d’entrée façade sud, très délicate de travail) ; rue Manuel, rue Matheron, rue du Puit neuf (forts élégants et comme ceux de la maison de la place Ramus, à rocailles), enfin rue des Cordeliers (maison bourgeoise, signalée au premier chapitre). Ces derniers ressemblent beaucoup avec leur mouvement à draperie à ceux, qui soutiennent au 2me étage du pavillon de Vendôme, les belles corbeilles de Chastel.

Mascarons. — Nous en connaissons une quantité et l’on peut dire qu’il s’en trouve dans presque toutes les rues d’Aix. Nous signalerons et reproduirons les plus intéressants.

Les plus beaux sont à mon avis : à la mairie (porte intérieure, grotesque). Rue Eméric David à l’angle de la rue Lacépède (curieux mascarons d’angle). A l’hôtel d’Arbaud, rue des Orfèvres. Dans la rue Thiers (les deux mascarons de la porte de l’hôtel déjà étudié au chapitre précédent). A la gendarmerie, rue Mignet(lion intéressant surmontant le portail monumental). Rue des Trois Ormeaux (grotesque). A l’hôtel de Félix du Muy (faune couronné d’une corbeille de fruits). A l’hôtel du chevalier Hancy, cours Mirabeau, voisin de l’hôtel d’Estienne d’Orves (tête de femme et tète de lion).

On trouve des têtes de guerriers dans les rues : Littera, Lacépède, des Cardeurs, Mignet, du Louvre, Eméric David. Des têtes de femmes, au rez-de-chaussée du pavillon de Vendôme, à la rue Lacépède, rue Manuel. Des grotesques à l’hôtel de Panisse Passy, rue

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Eméric David. Des lions surmontant des fenêtres à la halle aux grains (très beaux). Remarquables sont aussi : la tête de Méduse de l’hôtel d’Albertas (vestibule conduisant à la cour) ; la belle tête de Faune de Chastel, rue des Cordeliers ; les mascarons de « Fontaine de la Gendarmerie » rue Mignet (Chastel) ; les mascarons placés sur le sommet du cadre de la porte de l’hôtel de Caumont. Il s’en trouve également du même genre et probablement du même sculpteur, rue Tournefort (Maison Rose) et à l’hôtel d’Albertas des deux côtés de la petite porte. Ce fut Bernard Toro qui les sculpta.

Je signalerai particulièrement toute une suite charmante de têtes de femmes. La plus jolie et la plus fine à mon avis est au-dessus de la porte de la Sous-préfecture (très délicatement sculptée, expression spirituelle et charmante). Viennent ensuite dans l’ordre de mes préférences la tête de femme de la maison de la rue du Puy Neuf, par Chastel, celle de la rue Esparia en face de l’hôtel d’Eguilles ; celle qui se trouve sur la porte de la maison de la place Ramus ; celle qui se trouve rue Papassaudi ; celle de la rue Villeverte ; la tête de femme placée au-dessus de la porte de l’hôtel de Valoris (actuellement Banque, place du 4 Septembre) ; ainsi que celle rue du Cardinal, 28 ; celles des rues : Matheron, Mazarine, Française, de la Monnaie, Lacépède, etc. etc. 1

Le plus amusant à mon avis de tous ces mascarons du XVIIIe siècle (figures de femmes) est celui qui surmonte la belle porte de l’hôtel Bremond, rue Mignet. Il est d’une fantaisie charmante, représente le masque mignard d’une bergère Louis XV, coiffée du petit chapeau de paille des bergères du XVIIIe siècle très drôlement incliné.

Nous oublions, volontairement ou non, beaucoup de ces mascarons; il est impossible en effet de les signaler tous. Il faudrait des pages entières, dont nous ne disposons pas, pour pouvoir les présenter à nos lecteurs. Nous croyons que ceux que nous décrivons ici leur donneront une idée suffisante de notre richesse en ce genre à Aix.

Ils nous reste à parler de quelques dessus de portes et motifs décoratifs spéciaux en pierre, très agréablement ouvragés. A l'hotel de Castillon, on peut admirer deux forts jolis sphinx à têtes de femme, accroupis sur l’entablement de la porte. Ils sont gracieusement sculptés et dus au ciseau de Chastel qui travailla longtemps dans cet hôtel.

Au 10, même rue, joli vase dans un ovale de pierre. Au 36 (maison Drujeon) est un fragment de bas-relief enchâssé au sommet de la porte. Dans les mêmes conditions, près de la Cathédrale, se trouve enchâssé dans le mur d’une maison, un bas-relief représentant deux amours luttant, de style archaïque probablement fort ancien et extrêmement intéressant comme petite décoration. Les anciens Aixois ont souvent ainsi conservé des fragments de décoration de pierre. Nous venons d’en citer deux exemples; un troisième nous est offert par les bas-reliefs du pavillon Sec (précédemment étudié). Rue des Arts et métiers (à l’angle du boulevard St-Louis ancienne maison habitée par Chastel) nous signalerons des guirlandes de pierres intéressantes. Rue Cardinal, dans le bel hôtel situé au numéro 35 se trouve un charmant motif de décoration : Une lyre à tète de lion et des feuillages, beau et intéressant morceaux de sculpture. Rue du 4 Septembre, dans l’ancienne maison de Daret (actuellement hôtel de Saizieu qui a de grandes ressemblances avec l’hôtel de la rue du Cardinal) il y a un dessus de porte à guirlandes fort agréable et de même dimension à peu près que le précédent.

Nous signalons encore des motifs de vases et de guirlandes, rue Manuel, rue Ville-verte numéros 3o-34 et 40, et des impostes du type œil-de-bœuf, rue du 4 Septembre numéro 17, rue Thiers et Rue des Tanneurs.

Pots à feux. — Il y en avait beaucoup autrefois flanquant les angles de toits, ou décorant les niches et les sommets de portails. Signalons ceux du pavillon de Vendôme, du pavillon de Lanfant, du Château de Fonscolombe (environs d’Aix, voir chap. IX).

Portails monumentaux . — Il nous reste à Aix de beaux spécimens de grands portails

N’oublions pas les trois masque grimaçants des

fenêtres de la maison bourgeoise de la rue Aude.

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à carosses, dont plusieurs ont encore d’élégantes sculptures décoratives, et rentrent par conséquent dans le cadre de notre étude et de ce chapitre ; en voici l’énumération et la description.

Le plus beau du XVIIe siècle est celui de l’hôtel de Maliverny. Nous l’avons décrit au chapitre précédent, en déplorant les mutilations qu’il a subi. Le plus grand après lui est dans la rue de Nazareth, c’est celui qui permet d’accéder dans la cour de l’hôtel des d’Estienne d’Orves ; il est composé d’un ordre Dorique complet et d’un aspect très imposant. Un autre portail bien moins grandiose est dans la rue de la Poste et conduit aux écuries de l’hôtel de Forbin; il est encore du XVIIe siècle. Du XVIIIe siècle, il nous reste aussi trois grands portails fort beaux et plus ornés encore que les précédents.

Le plus important, est celui qui dans la rue Mignet, ouvre sur la cours de l’ancien hôtel de Valbelle (actuellement Gendarmerie). Nous avons signalé son beau mascaron à tête de lion; il a aussi de belles chutes de pierre. Le plus grand après lui, est celui qui forme l’entrée principale de la caserne Forbin; il se compose de deux montants à bossages, surmontés d’un fronton rond, un peu en retrait de manière à laisser à droite et à gauche la place pour deux vases en pots à feux aujourd’hui disparus. Le centre de ce fronton est occupé par un intéressant bas-relief, il comprend de deux figures de génies ailés, soutenant un écusson à coquille où devaient se trouver les armes royales. Au-dessus de cet écusson vole un amour soutenant une couronne; dans le fond se déployent des drapeaux. Le portail est surmonté par un buisson en fer forgé supportant la hampe du drapeau. La porte proprement dite s’ouvre un peu au-dessous du fronton dont elle est séparée par un cartouche; elle est ornée de moulures à garderons, au sommet de la moulure supérieure se trouve une élégante tête de femme formant mascaron décoratif.

Le troisième portail moins grand que les deux prédédents est celui de l’hôtel de Caumont; il est d’une grande élégance et remarquable par les sculptures de Toro qui le décorent II porte comme le balcon de cet hôtel, le cerf, qui se trouve dans les armes de la famille qui le fit édifier. (Voir chap. I)

Un moins grand portail, surmonté d’un beau balcon en ferronnerie, existe aussi dans la maison attenante à St-Sauveur. Je ne manquerai pas de signaler en terminant ce chapitre, la porte monumentale de l’entrée de l’Archevêché. Son dessin présente un beau fronton à plein cintre contenant des armes cardinalices. Nous faisons des vœux pour que quel que soit le sort de l’hôtel de l’Archevêché, cette belle porte

Plafond. — Hôtel de Châteaurenard

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