COLLECTIONS PARTICULIÈRES
Nous allons maintenant conduire nos lecteurs chez les principaux collectionneurs d’Aix dont voici la liste par ordre alphabétique : MM. Paul Arbaud, S. de Bresc, Marquis de Boisgelin, H. Dobler, Marquise d’Espagnet, Marquis de Forbin la Barben, Baron de Fonscolombe, Marquise de Félix du Muy, de Garidel, Baron Guillibert, Comtesse de Lestang Parade, Mme Lucas de Montigny, Comte de Montvalon, Baron de Meyronnet St-Marc, MUe de Mareschal, Marquise d’Oléon, Marquis de Soporta, MM. Sailler, Vermont, etc., etc.
Si nous avons eu de la peine, a trouver chez les particuliers d’Aix, des statues et des œuvres de pierre ou marbre, nous aurons par contre une ample moisson d’intéressantes toiles dans les anciens Hôtels d’Aix et chez quelques collectionneurs de choix. Nous aurions pu parler de ces œuvres dans notre dernier chapitre, en traitant de la vie de leurs auteurs; mais il me semble que leur vraie place est dans celui-ci. Nous allons donc passer en revue ces tableaux, en nous arrêtant aux plus beaux et aux plus intéressants, dont nous donnerons la description et la reproduction à nos lecteurs. Nous nous introduirons successivement chez les notables collectionneurs aixois dont la plupart, sont mes amis personnels, pour admirer leurs toiles les plus précieuses.
A tout seigneur tout honneur; commençons parla maison des Marquis de Forbin, la Barben, une des maisons historiques de Provence encore bien fournies en tableaux de famille à qui la parenté rapprochée avec le peintre de Forbin contemporain et ami de Granet, directeur des Musées nationaux, donne un intérêt particulier. Les toiles les plus intéressantes qui se trouvent chez le Marquis de Forbin, soit dans son hôtel du Cours,
1 Peroneau actuellement mis à la mode à Paris et fait qui puisse être comparé à ce pastel, que l’on voudrait égaler à Latour, n’a jamais rien
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soit dans son superbe château de la Barben, portent les signatures de Daret (nativité chapelle), à' Augustin de Forbin , de La rgilli'ere et de Rigaud. Ce dernier portrait est de tout premier ordre.
De la famille de Forbin il est tout indiqué de passer à celle des Saporta qui lui est apparentée et dont la collection est encore plus considérable. Parmi les tableaux appartenant à M. le Marquis de Saporta se trouvent des Vanloo, des Arnulphi, des Célony, etc. La perle de cette collection est la Saintefamille par Puget , la gloire de la galerie du château de Fonscolombe ; on prétend que ce rare tableau (un des deux ou trois plus importants connus de ce maître génial), le représente avec sa femme et son fils.
Cette toile fut fort admirée à la dernière réunion rétrospective Provençale de l’Exposition Coloniale de Marseille.
Nous continuerons notre voyage d’art, à travers les galeries Aixoises, en allant visiter l’Hôtel de Meyronnet St-Marc. Feu M. le Baron de St-Marc, y avait assemblé une fort belle collection. A sa mort elle fut partagée ; son fils M. le Baron Philippe et sa sœur Mme la Comtesse de Vogue, la possèdent actuellement. Nous y avons déjà signalé un plafond de Daret. En dressant la liste des peintres dont les œuvres furent fixées aux murs des grands salons de cet hôtel, nous trouvons les noms d 1 Arnulphi, de Célony , de Vanloo (joueuse de vielle), Constantin, etc.
M. le Baron Henri de Fonscolombe, apparenté aux familles précédemment citées, a hérité des goûts de collectionneur de son ancêtre le célèbre Boyer de Fonscolombe. Amateur éclairé, il possède de fort beaux tableaux du XVIIIe siècle; parmi lesquels nous signalerons tout particulièrement un Nattier, portrait d’une des princesses royales et un Boucher exquis, Mars et Vénus , un des plus jolis tableaux de chevalet du célèbre maître.
La collection de M. le Baron H. Guillibert contient de véritables trésors dont : le ravissant portrait de Mm'de Ranché par Nattier, une des plus séduisantes œuvres du maître, et un tableau de Bernard (portrait en pied de Jean Louis de Ranché), œuvre considérable d’un peintre provençal des plus méritants, dont le cadre est une merveille de sculpture et de dorure. Signalons dans cette collection un autre Bernard. Portrait de M'ne de Chateaubrun et un Carie Vanloo fort agréable « La famille Vanloo ».
Un des plus importants collectionneurs d’Aix est sans contredit M. P. Arbaud. Sa bibliothèque est incomparable, ses faïences sont célèbres, ses tableaux sont nombreux et
Collection Dobler. - Portrait de l’infante Marie-Anne Victoire (qui devait épouser Louis XV) et de Madame de Soubise sa gouvernante (L. M. Vanloo).
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intéressants ainsi que ses aquarelles et dessins de maîtres; signalons parmi ces derniers : le portrait d'Arnulphi par lui-même, de beaux Constantin, un ravissant petit Fauchier, deux dessins de J. -B. Vanloo dont les Trois Grâces.
Mme la Marquise d’Espagnet possède des Daret, encadrés de splendides bois dorés; ils représentent Pierre de Maurel, qui fit construire l’Hôtel du Cours et fut le protecteur du célèbre peintre (en costume romain, romain de Louis XIV bien entendu), puis M. et Mme de Mons qui font deux pendants dans le boudoir de la marquise. Dans la grande salle à manger, se trouvent de grands panneaux ovales : Les saisons , du même peintre. Signalons encore de lui dans cet Hôtel une copie du XVIIe siècle de Y Aurore du Guide. Et un admirable Oudry : Chien attaquant un héron. La Comtesse de la Balmondière, sa fille, qui occupe le deuxième étage de l’Hôtel possède de nombreux et intéressants portraits de famille dont plusieurs à cadres ovales.
La famille de Montvalon eut et possède encore de fort belles œuvres, en particulier deux portraits de J. -B. Vanloo qui sont en tous points admirables : Le portrait d’André de Montvalon, conseiller à la Cour de Provence et celui de sa femme. Ce dernier a quitté Aix pour prendre place dans une galerie Marseillaise, celle du Comte de Demandolx Dedons. Il fut très admiré à la dernière rétrospective de l’exposition Coloniale de Marseille. C’est un délicieux tableau, magistralement composé et exécuté; il peut rivaliser avec les tableaux du musée, les Rigaud et Largillière dont nous avons parlé. La robe dans les tons bleus éteints, délicate harmonie de couleur, la physionomie vivante, la pose naturelle du modèle parfaitement rendues, font de ce portrait un chef-d’œuvre. La Marquise de Boisgelin possède aussi deux beaux Vanloo dans son hôtel de la Place des Quatre-dauphins : portraits du
Collection Dobler. — Portrait d’homme (J. -B. Vanloo)
Marquis et de la Marquise de Brue; mais ils ne peuvent se comparer aux deux Montvalon et sont plus secs d’exécution. La famille de Boisgelin a d’autres intéressants tableaux. La Marquise de Félix du Muy a hérité de son mari et de la famille de Gassier d’une des plus belles collections d’Aix. Nous en signalerons le remarquable : Huet ovale : Diane et Endymion. Ces œuvres ne sont malheureusement pas appréciées à leur juste valeur ; laissées a l’abandon, il est à redouter qu’elle ne soient dispersées et même enlevées d’Aix dont elles sont un des plus beaux fleurons artistiques. La collection de Garidel est aussi négligée; le bel hôtel qui la renferme semble abandonné par son jeune propriétaire; souhaitons qu’il reprenne du goût pour Aix et qu’il revienne l’habiter; car il contient de véritables trésors par trop ignorés. Mêmes observations et regrets pour la collection de Lestang parmi laquelle se trouve un beau portrait d’homme, de Vanloo. M. Sallier possède, rue Roux-Alphérand, une fort belle réunion de tableaux. M. de Bresc, habile et érudit collectionneur, compte parmi ses toiles, le célèbre Finsonius représentant le savant Aixois Peiresc et un tableau de Fauchier (excellent peintre dont les œuvres sont malheureusement trop rares), représentant : Un moine plein de caractère. Il possède aussi un second Fauchier, portrait de Mme de Thomassin en Ste-Cécile. Mme Veuve de Montigny a hérité de son mari de plusieurs excellentes toiles, dont un superbe Mignard; le portrait de Madame de Seguiran par Vanloo et celui de Mirabeau qui fut remarqué à la rétrospective Coloniale de 1906 et à l’exposition de 1900 à Paris.
M. le professeur Vermont, nouvel acquéreur de l’Hôtel de la Goy qu’il a fait restaurer avec goût, y a installé d’intéressants tableaux, parmi lesquels nous signalerons un Carie Vanloo (Education de l’Amour), répétition de celui du musée, et un bon Daret représentant une femme endormie; l’on prétend que c’est le portrait de la Belle du Canet ; à mon avis, cette toile intéressante du maitre Aixois est un tableau de genre. On trouve aussi dans cet hôtel de nombreuses toiles et de beaux cadres provenant de la collection Rambert. Ne passons pas sous silence les noms de MM. Subra, du Marquis de Gantelmi- Dille, de la Comtesse de Joursenvault qui possèdent quelques pièces des époques qui nous intéressent; et, terminons notre étude par l’énumération des meilleures œuvres actuellement installées au Pavillon de Vendôme. Grand admirateur et collectionneur passionné des époques qui nous intéressent, j’ai été assez heureux pour rassembler dans ma nouvelle demeure, quelques belles toiles et dessins des XVIIe et XVIIIe siècles, je signalerai particulièrement un important portrait double de Louis Michel Vanloo, qui figura à la rétrospective Provençale de 1 906 à Marseille ; plusieurs J ean Raoux, dont la Liseuse qui nous occupa déjà ; Les belles musiciennes charmant tableau de genre qui fut gravé en couleur par Marin dit Bonnet, (je possède cette estampe qui est rare) ; un sacrifice d’Iphigénie et un portrait de femme. Un très beau portrait d’homme de J. -B. Vanloo provenant de la famille (de B.) d’Aix, un Stella, un Albane, un Joseph Vernet, un Palma le jeune, etc., y sont à remarquer, ainsi que des dessins, une série d’aquarelles des XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreuses estampes en couleurs ou à la manière noire, et plusieurs gouaches intéressantes.
Je clôturerai ce chapitre en m’excusant auprès des personnes dont j’ai omis les noms et les tableaux; n’ayant pas la prétention de connaître tout ce qui peut exister à Aix et n’ayant parlé que de ce que j’ai pu voir et apprécier personnellement. M. Louis Jourdan possède (ancien Hôtel de Coriolis) un fort beau Gélony, concours du peintre pour l’Académie des Beaux-Arts (prix de Rome, il obtient le deuxième prix). Le comte Chasleval de Jessé à Château L’Arc a dans son grand salon, deux belles toiles importantes : Un chasseur et ses chiens de Desportes et un Largillière (portrait de femme très délicat). La Marquise d’Oléon
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dans son hôtel de rue Roux Alphérand, conserve de nombreuses toiles grandes et petites des époques qui nous intéressent. Je me plais à signaler entre autres curiosités deux éventails qui furent envoyés à Mme de Grignan par sa mère M« de Sévigné. Chez M. de Lânder,
en sa propriété de Violaine, on peut voir une belle toile dans un cadre rond, qui est soit un J. -B. Vanloo, soit un Rigaud.
e chapitre est, entre tous ceux que nous traiterons, un des plus intéressant sinon des plus long, car il est plus que tous les autres spécial à Aix et on aurait de la peine à trouver ailleurs des écoles de gypseries et de sculpture directe sur plâtre comparables. Nous possédons sous cette forme d’art décoratif de véritables trésors qui, plus heureux que tant d’autres, nous sont restés et probablement ne nous seront jamais complètement ravis. Ils sont en effet trop difficilement transportables. En recherchant dans des maisons d’Aix et les châteaux voisins, j’ai pu en retrouver une suite, régulièrement exécutée par séries, aux époques qui nous intéressent. Nous allons les étudier depuis Louis XIII jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, en poursuivant l’exécution de notre programme.
Les premières décorations où se sont exercés à Aix les maîtres gypsiers et leurs collaborateurs, furent d’abord celles des cages d’escaliers. Il nous en reste de superbes, d’une richesse de décoration étonnante et d’une prodigieuse variété de motifs d’ornementation. Les plus beaux de ces escaliers, à ma connaissance, sont ceux du château de la Roque-d’Anthéron, très grandioses et très imposants et celui de l’ancien hôtel de Valbelle (actuellement gendarmerie d’Aix). Bien qn’un peu empâtés par des badigeons successifs à la chaux, on peut y voir encore, très suffisamment en relief, les nombreux motifs ornementaux qui les décorent; plusieurs escaliers de ce type existent encore à Aix, on les trouve : dans la maison du N° io de la Place de la Madeleine; à l’ancien hôtel de Simiane (rue Manuel); dans la maison portant le N° 5 de la rue Aude (jolie maison bourgeoise précédemment étudiée); au N° 4 de la rue de la Miséricorde; dans la maison qui fait l’angle dans la rue Venel et de la ruelle au nord de l’hôtel d’Etienne (ancienne demeure du peintre décédé Rambert) ; au i3 rue Bédaridcs (sujets religieux) et enfin au
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château de la Calade1. Tous ces escaliers sont du même type, ont le même genre d’ornementation, et diffèrent seulement entre eux par leur largeur et le plus ou moins de richesse de leurs panneaux; rarement ceux-ci existent audessus du premier étage, ce qui nous confirme dans l’idée, déjà exprimée, qu’à cette époque les maisons n’avaient qu’un étage avec un toit haut à lucarnes.
Les fils et les petits-fils de ces maîtres gvpsiers provençaux firent beaucoup mieux encore que leurs pères et développèrent leur industrie d’art en s’adjoignant des sculpteurs de talent, auxquels ils préparaient des masses de plâtre brut fixées à même les murs. Ces derniers travaillaient le plâtre comme la pierre et le marbre et en firent jaillir des œuvres pleines de grâce et d’originalité; quelques-uns, véritables virtuoses du ciseau, comme les Rambot et Jacques Fossé se créèrent au XVIIe siècle une spécialité dans ce genre de décoration et nous trouvons à Aix d’admirables œuvres de ces artistes dans quelques Hôtels de la ville et dans les châteaux des en-
Hêtel de Valbelle. — Fragment de la décoration virons qui daen gypserie de l’escalier tent de cette
époque. Us élevèrent particulièrement dans quelques-unes de ces demeures, de somptueuses et monumentales cheminées dont beaucoup furent malheureusement détruites au siècle suivant pour être remplacées par de banales cheminées de marbres de couleurs. Il nous reste encore quelques spécimens de ces anciennes gaines de plâtre; les plus belles que nous connaissions sont celles du château de Vauvenargues ; construit sous Louis XIII, il appartient à M. le Marquis d’Isoard Vauvenargues. Les deux gypseries dont nous donnons la reproduction sont d’une hauteur de qm. 60 environ et comprennent de nombreuses académies et des ornements décoratifs de cette facture grasse, large et savoureuse, si spéciale aux maîtres de ce temps.
Deux autres du même type, mais moins grandioses, se trouvent dans les deux salles du rez-de-chaussée du Pavillon de Lanfant ; elles sont comme les gypseries sculptées de ce pavillon, l’œuvre du sculpteur J. Claude Rambot ; une autre du même maître est à l’hôtel de Maliverny.
1 La maison du pharmacien Sigaud possède également un de ces escaliers et au 17 de la rue Thiers se trouve un curieux décor d’animaux, très archaïque, (chien, hibou, singe, etc.) de la même époque.
Château de Vauvenargues Cheminée en gypserie sculptée
Pl. IX
Le Gouverneur des Galères de Rancher Cadre en bois sculpté et doré époque Louis XV, ap
wtenant au baron Guillebert
Beaucoup plus nombreux, que les cheminées dont nous venons de parler, sont les dessus de portes de la même époque et du même sculpteur, les plus beaux se trouvent à l’Hôtel de Maliverny, au pavillon de Lanfant et au pavillon de Vendôme. Ces trois demeures furent édifiées par les mêmes architectes et ornées par le même J.-C. Rambot, aidé de son fils qui lui succéda et se consacra à ce genre de travail. J’ai eu la chance et le grand plaisir de retrouver, dans les papiers du pavillon de Vendôme, le nom du praticien qui probablement travailla aux gypseries de ces trois demeures, et le prix de revient de son travail.
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Pavillon v de Lanfant Cheminée en gypserie sculptée par J -C Rambot