‹ Les écoles d'architecture et d'art décoratif des XVIIme et XVIIIme siècles à Aix, capitale et siège du gouvernement de la ProvenceChapitre 28 sur 44 · Acte daté du 27 février 1 664 (minutes Boutard · texte numérisé non relu

Acte daté du 27 février 1 664 (minutes Boutard

« Du sieur Escuiran , promesse au Duc de Vendôme défaire en i665, toutes les gypseries de son pavillon et de les parachever, en une année , aux prix de 522 livres, 5 sols. »

C’est donc cet Escuiran qui était le maître gypsier qui travailla avec J.-C. Rambot; je suis heureux de pouvoir léguer à la postérité ce nom jusqu’ici complètement ignoré, d’un artiste modeste et expérimenté vivant à Aix dans la deuxième partie du XVIIe siècle.

Revenons à l’étude des dessus de portes, créés par l’heureuse collaboration des maîtres dont nous venons de donner les noms. Nous en trouverons quatre à l’hôtel de Maliverny et quatre autres au pavillon de Lanfant qui portent leur empreinte; ils sont agréablement composés. Nous en donnons la reproduction, ce seront de précieux documents à consulter pour tous ceux qui s’occupent de reconstitutions exactes.

Nous terminerons l’examen et l’étude des gypseries du XVIIe siècle par une visite à celles

Pavillon de Lanfant Cheminée en gypserie sculptée

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Château de Vauvenargues Dessus de porte en gypserie sculptée

qui ornent le hall et l’escalier d’honneur du Pavillon de Vendôme. Nous rappelons que dans ce pavillon le sujet de décoration est en fleurs et fruits. Nous y trouverons donc de superbes guirlandes de fruits et de fleurs assemblées par des rubans :

citrons, pommes, grenades, raisins, roses, formant de somptueux ensembles décoratifs largement et savamment traités, par la même main qui sculpta les riches et pareilles guirlandes de pierre, à l’extérieur de la montée du pavillon. Deux curieux dessus de portes sont aussi à admirer; l’un est composé, de sphinx à tètes de femmes, accroupis dos-à-dos sur le chambranle supérieur d’une des portes du rez-dechaussée ; ces bêtes étranges sont drapées à la Louis XIV et semblent garder le seuil de la demeure; le second se trouve au premier étage au-dessus de la porte qui donne sur l’escalier d’honneur; il représente un aigle superbe aux ailes éployées s’enlevant sur des feuillages et des fruits. Autour de la base de l’escalier s’enroulent de beaux rinceaux sculptés et au-dessus des deux pans coupés, ouvertures formant les angles de cet unique escalier, sont des guirlandes de feuilles d'acanthes qui festonnent, attachées par des rubans à des anneaux en relief, et retombent en chûtes de chaque côté des portes en question. Signalons encore à l’intérieur de ce pavillon, les moulures à oves et à feuillages, qui encadrent le plafond, soutenu aux quatre angles par des cariatides d’enfants, fort agréablement sculptées et complétant à merveille cette admirable et très particulière décoration.

Ces gypseries du XVIIe siècle étaient souvent dorées à la feuille et à l’eau, ce qui ajoutait encore à la richesse des appartements où elles se trouvaient. Telles étaient celles de la chambre de la Belle du Canet, et celles de la salle à manger dans sa maison de la rue Verrerie, pour s’harmoniser avec les somptueuses boiseries dorées qui décoraient les murs. Les cariatides de la rue Verrerie ont disparu, mais nous en retrouverons d’à peu près semblables, qui soutiennent, dans le boudoir du rez-de-chaussée de l’hôtel d’Estienne de St-Jean, la coupole peinte par Daret. Elles ont conservé leur superbe dorure et sont d'un joli mouvement. Nous nous rendons compte en les regardant de la richesse des appartements où il s’en trouvait : L’hôtel de Maliverny dans ses salons possède des encadrements de glace, dans le même genre, et d’un travail exquis. De grandes cariatides en gypserie se trouvent à l’hôtel de Caumont et nous en connaissons de curieuses, dans la bergerie d’une ferme des environs de St-Maximin qui, autrefois devait être une salle de réception, d’une riche demeure au trois quart détruite actuellement1.

1 N’oublions pas de signaler celles qui soutiennent les quatre angles du beau plafond par Daret de l’hôtel de Bresc, 17, rue du 4 Septembre.

Pavillon de Vendôme. - Guirlande en gypserie sculptée par J.-C. Rambot.

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Au XVIIIe siècle gypsiers se modifia et veau abandonna généraplàtreries dorées et elle créa, par contre, à tité de ravissants modèd’angles et d’anses à fonds, sous la Régence, Dans les hôtels élevés que, on ne retrouvera dessus de portes entiègoût était surtout aux cadrements de ces peinrement soignés; ils ries, mais le plus souvent rons faits en plâtre. Par- (qui ont la caractéristirelief), nous signalerons l’hôtel de Caumont. Au nant sur le grand vestilier et dans les appartesée. Dans un boudoir représentant des giques. Ç.I grand salui est atnous trou-

école des maîtres s’inspirant du goût noulement les moulures et sculptées en haut relief; cette époque une quanles de frises, de motifs paniers pour les pla- Louis XV et Louis XVI.

ou restaurés à cette époplus que rarement des rement en gvpserie, le trumeaux peints. Les entures furent particulièétaient parfois en boiseà Aix nous les retrouvemi ces dessus de portes que d’être moins en particulièrement ceux de dessus des entrées donbule qui précède l’escaments du rez-de-chausse trouvent deux dessus, “V? sujets mytholo- 1) a n s le Ion qui tenant, verons de

Collection Dobler. — Sphinx du Pavillon de Vendôme (gypserie sculptée de J.-C. Rambot), bois dorés du XVIIIe siècle

curieux assemblages des panneaux de gypserie avec des trumeaux peints; chaque dessus de porte est composé de deux parties, au-dessous un panneau de gypserie et par dessus un trumeau peint encadré de moulures en plâtre d’un joli mouvement : les motifs de gypserie représentent des enfants et les attributs les quatres saisons1.

Dans la décoration des anses à paniers des salons et boudoirs d’Aix, qui datent de la Régence, de Louis XV et de Louis XVI se trouvent une infinité de modèles qui sont des documents précieux, d’une grâce et d’une fantaisie charmantes. On y rencontre la plus grande variété de rinceaux, de médaillons d’angles représentant : des têtes de femmes; de mascarons ; de trophées et d’attributs mythologiques, d’instruments de musique, de groupes de personnages, d’amours, d’enfants jouant avec des animaux héraldiques, de dragons ailés, de singes, de palmiers, de feuillages divers, etc., etc., caractérisant très particulièrement l’époque où ils furent exécutés. Dans certains hôtels et boudoirs existent aussi des panneaux décoratifs en gypserie encadrés de moulures; soit dans les angles arrondis des pièces; soit au centre des panneaux formés par les portes et les cheminées avec leurs glaces. Ce sont généralement des vases, des trépieds, des assemblages d’armes de chasse ou d’engins de pèche, de palmes et d’instruments de jardinage, de cages et de paniers réunis par des guirlandes ou des rubans. Ce qu’à Paris, Bordeaux et Dijon par exemple, l’on sculptait particulièrement en boiserie, se faisait souvent à Aix en simple plâtre ; ces décorations moins coûteuses étaient aussi riches d’aspect. Les plus belles du XVIIe siècle sont à l’hôtel de

' Chastel et ses éleves en exécutèrent de nombreux modèles de ce genre au XVIIIe siècle. On connaît le

prix fait des gypseries exécutées à l’hôtel Bonnet de la Beaume (Docteur Latil), par cet artiste.

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Valbelle, acdarmerie napièce qui sert t a i n e comintéressantes, du rez-de-chaussée de Vauvenargues sur le rent les angles arrondis d’une très élégante salle représentent des sujets Ions également, celles la Beaume (M. Latil) et L’hôtel de Co- M. L. Jourdan, possèétage, orné de très belles quatre angles de l’anse les éléments sous très bien traitées, dés par des mouaux groupes reet des chimères et pondants à l’angle et à rent. Dans l’ancienne Ghastel (angle nord- 1

ouest de la rue des Arts et Métiers) se trouvent des cheminées et des gypseries très fines, sculptées par lui, au premier étage.

M. René de Monval en sa propriété de la grande Duranne possède un fort joli boudoir ayant une belle décoration murale en gypserie.

Nous allons donner, maintenant, ci-dessous, la liste des hôtels où se trouvent les plus jolies anses à paniers du XVIIIe siècle à Aix : ce sont l’hôtel de Saporta, rue Gaston de Saporta, où se voient trois élégants plafonds à dessins Régence. L’hôtel de Simiane1, l’hôtel d’Arbaud, rue des

1 Sa décoration trop surchargée et doree, à mon avis, faite pour la petite-fille de Madame de Sévigné , par l'avignonnais Laine en 1731 est moins intéressante que celles purement Aixoises des Hôtels d’Arlatan et de Grimaldi Réglisse , pour ne citer que ceux-là.

tuellement gentionale ; dans la de bureau au capimandant. Les plus XVIIIe siècle, au l’hôtel d ’I soard Cours ; elles décoet les panneaux a manger Louis XV et cynégétiques. Signade l’hôtel de Bonnet de de l’hôtel d’Espagnet.

riolis actuellement à de un salon, au premier gypseries sculptées. Les à panier représentent la forme d’académies Ces angles sont raccorvements à la Bérain, présentant des amours ont des attributs corresl’élément qu’ils entou-

I. II. III. Angles de plafonds en boiserie sculptée (ferme des environs de St-Maximin)

Pl. X.

Sali.e d’Armes du Chateau de Vauvenargues Cuirs dorés. — Cheminée et dessus de porte en gypserie sculptée (époque Louis XIV)

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Orfèvres (elles sont des plus élégantes, dans des salles malheureusement occupées, par l’administration du Canal du Verdon, qui s’en soucie fort peu) et l’hôtel de Régusse.

Hôtel de Coriolis (L. Jourdan

Angle et anse à panier du salon Citons ensuite l’hôtel d’Arlatan, qui possède éga-

lement de ravissants plâtres, avec de séduisants encadrements d’angles et de cheminées. L’hôtel de Caumont, dont nous avons déjà signalé la belle décoration du rez-de-chaussée (trois salons); l’hôtel de Gantelmi Dille avec la décoration de singes bien amusante de son rez-de-chaussée ; l’hôtel de Montigny, dont une chambre et un salon du premier étage sont fort élégamment décorés (enfants, singes, oiseaux, palmiers, etc.).

L’hôtel de Monclar, rue Roux Alphérand N° 33 ; l’hôtel d’Oléon, même rue, l’hôtel d’Authman, l’hôtel d’Arbaud Jouques, sur le Cours, l’hôtel d'Espagnet, l’hôtel du Baron Guillibert, rue Mazarine (têtes d’angles remarquables). L’hôtel de Raousset Boulbon (Cours), l’hôtel de Barlet, rue Emeric-David, etc., etc., ont de belles anses à paniers et de remarquables encadrements de dessus de portes.

Mentionnons spécialement les gypseries du XVIIIe siècle de l’hôtel Vermont, qui a la particularité de posséder des décorations des époques Louis XIV, Louis XV et Louis XVI; son ravissant boudoir dont nous reparlerons plus loin, à une décoration franchement Louis XIV rappellant celle du boudoir de l’hôtel de Maliverny.

Au premier étage sur le devant se trouve un vestibule à décoration Louis XVI, lequel donne accès dans une chambre dont l’anse à panier est Louis XV, fort jolie de mouvement et dont les sujets sont des plus heureux. Au midi les grands salons et la chambre d’honneur sont de la fin du règne de Louis XVI, boiseries et armes de dessus de portes en bois sculptés d'une grande pureté de style.

A part ce dernier, tous ces hôtels sont Régence, Louis XV ou de style de transition. Le Louis XVI pur est pauvrement représenté à Aix ; il faut pour retrouver de bonnes gypseries de

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cette époque aller dans les environs, soit au château de Fonscolombe1 soit à la Pioline, où se trouve un salon Louis XVI d’une richesse inouïe, soit à la Cortesine (propriété de Courtois).

Nous en avons fini avec ces nomenclatures car il est des quantités de salons plus modestes que nous ne signalerons pas ; constatons pourtant l’élégance de lignes de ces moulures du XVIIIe siècle, dont les plus pauvres sont encore préférables à nos décorations modernes, riches mais sans intérêt. S'il est vrai, et c’est mon opinion la plus sincère, que les caractéristiques décoratives d’une demeure soient : i° l’escalier, 2° les plafonds, nous ne saurions trop insister sur la question des modèles, que les demeures les plus simples de notre ville offrent si généreusement. Combien je connais, à Paris et Marseille par exemple, de maisons modernes somptueusement décorées de meubles anciens authentiques, qui pêchent par ces deux bases : l’escalier et les plafonds sans anses à paniers; sans style ou de style Louis XV du deuxième empire. Quant on a vu un de nos salons d’Aix et qu’on le compare avec un des intérieurs qui ont ces imperfections, on les sent malgré leurs tentures et leurs meubles les plus riches, sans âme et sans expression. Nous ne saurions donc trop conseiller aux jeunes architectes de Provence et d’ailleurs de venir étudier nos gypseries Aixoises, et de s’en

inspirer dans leurs grandes lignes et leurs Salon de la Pioline

proportions pour les demeures qu’ils au- Cheminée, glace et gypseries Louis XVI dorées

ront à édifier à l’avenir. Leurs clients ne s’en plaindront sûrement pas.

Salon de l'hôtel de Simiane. — Ce remarquable hôtel, qui appartient actuellement à Madame Kuntzman, possède de très nombreuses gypseries peintes ou dorées, œuvres de l’Avignonais Lainé qui travailla à Aix en 1 7 3 1 et i732. Le salon de la petite-fille de Madame de Sévigné, de style Régence, est le plus somptueux d’Aix et s’il n’avait été maladroitement restauré et meublé en serait peut-être le plus beau. Les glaces et consoles sont dans le style de Bernard Toro. Les dessus de portes sont des œuvres de jeunesse du célèbre paysagiste Joseph Vernet. Ils sont d’une grande richesse et en parfait état de conservation. Enfin l’anse à panier extrêmement haute est entièrement couverte de gypseries

1 Les dessus de portes du grand salon de Fonsco- appréciées à Paris, pour leur dessin et leur compolombe, (remarquables groupes cl’enfants, symbolisant sition. les saisons) rappellent les grisailles de Sauvage , si

Pl. XI.

Pavillon de Lanfant Dessus de porte en gypserie

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