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Pavillon de Lanfant. — Boiserie de Bernard Toro
de Daret, et de quatre dessus de portes de Levieux, représentant les raisons, ces derniers soutenus par des enfants en demi-relief, rappellant beaucoup par leur mouvement les gypseries de l’hôtel de Maliverny (oeuvre du même maître). Il faut y ajouter les lourdes moulures à feuillages qui encadraient le plafond peint par Daret, et les treillages dorés maintenant des carreaux de glaces qui complétaient ce très luxueux ensemble. Après la Révolution, la demeure de l’ancienne amie du cardinal de Vendôme, fut livrée aux Philistins et les célèbres bois dorés eurent comme les peintures à subir de rudes épreuves. Plus tard, sous le deuxième empire le premier président Rigaud en fit l’acquisition pour une somme dérisoire et les fit établir dans la salle à manger de son hôtel du Cours Mirabeau, l’ancien hôtel de « l’ami des hommes», actuellement propriété de la famille de Mougins-Roquefort. Malheureusement, quelques morceaux ayant du être ajoutés et refaits, au lieu de faire la dépense nécessaire pour en raccorder la dorure, en complétant ce bel ensemble, le premier président eut la malheureuse idée de faire peindre cette boiserie dorée et la fit recouvrir d’une vigoureuse couche de peinture, simulant le vieux chêne (le vieux chêne à l’huile était fort à la mode à cette époque). Du coup cette oeuvre remarquable de J.-C. Rambot perdit
les trois quarts de son ancienne splendeur et prit un aspect lourd et désagréable, qu’elle a encore. Le dernier propriétaire voulant utiliser son rezde-chaussée, l’a loué et ne pouvant laisser installer les bureaux d’une société financière au milieu de ces témoins d’un glorieux passé, il s’est décidé à les faire enlever. Il vient de faire généreusement don des boiseries et des panneaux peints qu’elles encadrent à la Ville d’Aix. On a failli mettre ce beau spécimen de bois taillé et doré au muséum d’Histoire naturelle ; réflexions faites,
Pavillon de Vendôme Dessus de porte bois sculpté par J.-C. Rambot
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après de nombreux pourparlers, c’est au musée qu’on l’installe, au moment même où j’écris ces lignes.
Le choix de l’emplacement qu’on lui donne, ne me parait pas des plus heureux, je souhaite qu’il ne soit que provisoire et mon désir particulier serait de voir ces boiseries encadrer les portes d’une grande salle de l’Archevêché ou l’on établirait (puisque hélas on y peut pour musée mobilier. Ce pourrait être un
Console bois doré par B. Toro anciennement à Aix
le moment loger Monseigneur l’Archevêqne) un des plus beaux de France si notre municipalité voulait s’en donner la peine. Le voudra-t-elle ?
Pour Aix quoi qu’on dise ou fasse ce n’est pas le présent ni surtout l’avenir qui pourra lui donner de l’intérêt. C’est son passé, son magnifique passé qui seul nous apportera le flot de visiteurs (je ne dis pas des Cooks) et les hommages mondiaux des artistes, que ni son carnaval, ni sa future ville d’eaux ne pourront lui procurer jamais. En effet on crée des villes d’eaux tous les jours dans des endroits mieux placés que notre chère ville pour assurer leur succès. Et quant à notre fameux carnaval d’Aix le jour où une ville environnante voudra faire aussi bien que nous. Elle fera mieux... Par contre demandez lui de nous présenter un ensemble d’Art et de belles choses comme celles que nous possédons encore ici, elle ne le pourra. Car ces choses ne se refont pas. Mais je crains de m’être laissé entrainer un peu trop loin, revenons à notre
Console de B. Toro Coll. Ph.de St- Marc
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sujet et à nos chères boiseries. Nous donnons la reproduction de cette belle œuvre de sculpture et de dorure malheureusement peinte en vieux chêne. Si on avait le temps et les moyens d’en gratter la couche de peinture, il serait possible de lui redonner son ancienne splendeur. Je m’en suis personnellement assuré. Ce travail est possible. Il demande seulement de la patience. Espérons qu’on pourra l’entreprendre et le mener à bonne fin dans l’intérêt de nos beaux souvenirs d’art décoratif ancien1.
Après cette très importante boiserie, nous allons en étudier, de plus récentes dans quelques hôtels particuliers, qui furent faites sous la Régence et au XVIIIe siècle. Ce genre de travail sera toujours plus goûté des parisiens que celui dont nous venons de parler, car leur style convient mieux aux petites pièces plus ou moins basses de plafond dont ils peuvent généralement disposer. Bien que je ne partage pas tout à fait leur engouement, je n’en apprécie pas moins à leur juste valeur ces fines et élégantes boiseries, que nous irons admirer à l’hôtel de Saporta, à l’hôtel de Carondelet, à l’hôtel de Simiane, à l’hôtel de Castillon, etc. Nous insistons particulièrement sur celles de l’hôtel de Carondelet (Joursenvault), qui forment un ravissant ensemble. La pièce qui les contient est, à notre avis le plus parfait salon de style que nous connaissions à Aix. Elles datent de la Régence, et sont décorées d’ornements (corbeilles de fleurs, instruments de jardinage et de musique) qui paraissent plutôt avoir été exécutés sous Louis XVI. Il n’en est rien, nous avons déjà vu (boiserie de Giraud d’Agay) qu’on se trouve quelquefois en présence de fantaisies d’artistes qui ont été de véritables précurseurs. Les boiseries régence qui ornent une des chambres d’honneur de l’hôtel de Saporta sont moins importantes mais tout aussi pleines d’intérêt. Elles sont plus complètement dorées que les précédentes dont les ornements seuls avec les glaces et les consoles ont été revêtues d’or.
De jolis panneaux de boiseries du même genre se trouvent également à l’hôtel de Simiane constituant les dessus de portes et de glaces de l’ancien salon de la petite fille de Madame de Sévigné, elles ont été malheureusement redorées en partie. L’ameublement de ce salon n’est plus du tout homogène. Le rez-de-chaussée de l’hôtel de Castillon possède aussi un fort joli salon en boiserie, on y retrouve des motifs de décoration (trophées d’armes) sur les glaces et dessus de porte qui rappellent les panneaux de portes des hôtels d’Arbaud Joucques, et de Panisse Passis.
Avant de passer au dernier paragraphe de ce chapitre, qui comprendra l’étude des petits bois dorés d’ameublements (glaces, consoles, appliques, cadres, etc.), nous signalerons à nos lecteurs deux jolies boiseries du XVIIIe siècle, non dorées, qui ont des points de ressemblance et sont restées laquées en gris. La plus intéressante se trouve dans la salle à manger du Pavillon de Lanfant ou elle constitue le cadre et le dessus d’une grande armoire; elle est d’une grande élégance : tête de faune, corbeilles de fruits, médaillon central et guirlandes, sont délicatement travaillées par un maître. La deuxième appartient à M. Gondrand ancien photographe. Il l’a placée dans une serre au fond de son jardin ou l’on s’étonne de la voir voisiner avec des platreries modernes de très médiocre intérêt. Elle est agréable et intéressante quoique moins remarquable que la précédente et accompagnée d’une console également peinte en gris assez élégante de lignes. (N’oublions pas également les boiseries et dessus de portes Louis XVI de l’hôtel Vermont et de l’hôtel de Suffren Cours.)
1 J’ai le grand plaisir de constater en terminant M. Raynari. 11 a fort bien réussi. La dorure est très mon livre que ce travail vient d’être exécuté au musée belle et la boiserie reprend toute sa valeur, sous la direction du conservateur M. Pontier par
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Nous allons maintenant terminer ce chapitre par une promenade au Musée d’Aix et dans les hôtels particuliers, à la recherche des beaux cadres de tableaux et de glaces, des riches consoles et de toute une sérié de bois dorés d’appartement, dont Aix est encore très richement doté. Si l’on appelle généralement notre ville la cité des portes et des fontaines, on pourrait sans crainte d’erreur ajouter : et des beaux cadres. Notre musée seul en contient une quantité, et, il a été possible à un inspecteur des beaux-arts d’affirmer qu’il en possède pour une valeur marchande de plus de deux cent milles francs.
Nous signalerons et reproduirons parmi les plus beaux ceux qui encadrent les portraits de la famille de Gueydan par Rigaud et Largillière et plusieurs autres provenant du leg de Bourguignon qui se trouvent dans la même salle et dans celle qui lui fait suite immédiatement ; nous en avons déjà dit un mot au chapitre des peintures. Dans la deuxième salle que nous venons de citer se trouve un inappréciable chef-d’œuvre de sculpture1 et de dorure, que je ne me lasse pas de contempler dans mes fréquentes visites au Musée. Tout y est magistral et superbe : Composition, invention, exécution, ton de la dorure et détails d’ornementation, roseaux, oiseaux, char, armes, etc., etc. ; on pourra se rendre compte par la reproduction de la valeur de cette œuvre admirable. Elle ne pourra malheureusement pas nous donner une idée de sa riche tonalité de dorure. C’est une pure merveille d’art décoratif, œuvre d’un prestigieux artisan des belles époques ; nous ignorons son nom hélas ! rien dans la facture de ce cadre ne nous rappelle le faire de nos maîtres connus. Dans la même salle sur le panneau qui fait face à ce chef-d’œuvre, se trouve également encadrant un Rubens un superbe cadre d’un ton d’or vert très particulier, surmonté d’un curieux fronton. C’est un modèle de cadre très spécial qui se rapproche de ceux qu’on fit sous le premier empire2. Avant de quitter encore une fois notre cher Musée, il faut nous arrêter devant la belle table en bois doré Louis XIV qui se trouve sous le célèbre tableau d’Ingres (Jupiter et Thétis). Elle est d’une sculpture, d’une dorure remarquable et possède un dessus en mosaïque de couleur de toute beauté ; c’est le même type que celui des tables qui ornent la galerie d’Apollon (Louvre). Un autre meuble de bois doré dans la salle Rostand, traîneau ou berceau du XVIIIe siècle. Nous classerons maintenant, les boiseries d’ornements que nous allons étudier par catégories. Et nous énumérerons dans chacune les objets d’art qui s’y rattachent et le nom de leurs propriétaires actuels.
Consoles. — La plus belle console Aixoise que nous connaissions est actuellement à Paris. Elle appartient au baron Philippe de Meyronnet St-Marc, et ornait avant la mort de son père, le petit salon de l’hôtel de St-Marc, Cours Mirabeau. C’est une des plus belles œuvres connues de Bernard Toro. On y retrouve la fantaisie et l’élégante composition de ce maître tailleur de bois (figures d’hommes et d’animaux, dragons ailés, masques grimaçants, aigles dévorant des serpents y mêlent leurs formes et leurs mouvements dans le style décoratif le plus admirable. Cette console n’est pas dorée et fut exécutée pour rester à bois naturel. Dans le grand salon du même hôtel, existent deux consoles en bois doré du XVIIIe siècle, fort intéressantes également. Parmi les autres œuvres de B. Toro que nous connaissions, à Aix, nous signalerons l’ancienne console du notaire M. qui fut naturellement vendue. Nous en possédons heureusement la reproduction elle est plus simple de détails que la console des St-Marc, mais on trouve de grandes analogies dans les figures de ces deux
1 Voir reproduction au chapitre peintures. tableau vient-il de Bavière à la suite des guerres
2 J’ai retrouvé dans la Alt Pinacothèque de Mu- du premier empire, nich de nombreux cadres de ce genre. Peut-être ce
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œuvres. Une troisième console du même artiste existait chez les d’Albertas ; elle a disparu comme la plupart des objets d’art forts beaux et jadis nombreux dans l’hôtel de ce nom. Une jolie console de Toro de style plus simple que les précédentes se trouve chez le baron H. de Fonscolombe, dans un des salons de sa villa, elle est d’une sobriété de lignes de grand goût et possède une très riche dorure. On nous a signalé également une console au deuxième étage de l'hôtel de Beaulieu (d’Oléon) rue Roux Alphérand qui pourrait fort bien être aussi du même sculpteur1. De superbes consoles du XVIIIe siècle ornent, nous l’avons déjà dit, les salons aux boiseries de l’hôtel de Carondelet, de l’hôtel de Simiane, le grand salon de l’hôtel d’Espagnet, le grand atelier Vanloo au Pavillon de Vendôme, et le rez-de-chaussée de l’hôtel de Caumont. Cette dernière, parait-il, vient d’être vendue ainsi que la plupart des cheminées de ces appartements (c'est un nouveau désastre à enregistrer pour notre art décoratif ancien).
De l’époque Louis XVI, nous ne signalerons parmi les nombreuses consoles que nous connaissons, que celle du salon aux cuirs dorés du château de Fonscolombe; de petite dimension elle est d’un dessin très particulier et possède une belle dorure. Nous avions oublié de parler dans ce même château appartenant au marquis de Saporta d’une grande table console en noyer naturel et où l’on retrouve le faire du maître toulonais. Nous ne pouvons avoir la prétention de parler de toutes les consoles qui sont à Aix; nous n’avons cité naturellement que les plus belles et nous reproduirons les plus remarquables d’entre elles. Il est curieux de remarquer que plusieurs de ces œuvres ont été retrouvées dans des caves où en i83o le goût de l’acajou et des bronzes dorés les avaient fait reléguer; plusieurs y ont perdu la fleur de leur dorure rongée par l’humidité et plusieurs autres ont pris directement de ces caves le chemin de l’étranger (heureux temps pour les collectionneurs où les fauteuils de style entassés sur la place des Prêcheurs, s’achetaient de cinquante centimes à un franc la pièce, où on se servait des tapisseries pour couvrir les meubles de paille et des faiences de Moustiers pour nourir et abreuver les volailles !).
Cadres de Glaces. — Combien ont disparu hélas et des meilleurs ! Mais, il y en eut tant à Aix, qu’il nous en reste encore de fort beaux spécimens à présenter à nos lecteurs. La plus belle de ces œuvres d’art que nous ayons connue est celle qui appartenait à la famille Bremond ; c’était un cadre sculpté par B. Toro, d’une merveilleuse dorure bien qu’elle eut été arrangée sur un de ses côtés, et d’une très grande beauté d’exécution. Elle orne dit-on maintenant, ayant été vendue il y a une dizaine d’années, l’hôtel d’un des membres de la famille de Rothschild à Paris, je n’ai jamais vu de bois doré plus somptueux; et, dire qu’on n’en a pas même conservé le souvenir par la photographie. Autant que je puis me le rappeler elle était surtout remarquable par un aigle qui déployait ses ailes sur son dessus vraiment royal. J’ai failli à cette époque l’acheter moi-même et si je ne l'ai pas fait c’est que j’en ai trouvé, au même moment, une presque aussi belle et plus importante encore, œuvre très particulière de J.-C. Rambot et qui a trouvé tout naturellement sa place dans le pavillon décoré par cet admirable Maître. Elle est surtout, comme la précédente remarquable par son dessus, terminé par un grand bouquet de plumes d’autruche et représente Mars, Vénus, Jupiter et l’Amour avec leurs attributs mythologiques sous la forme de quatre gracieux corps d’enfants délicieusement modelés et raccordés par des rinceaux et feuillages ou l’on retrouve la maîtrise du sculpteur des dessus de portes de l’hôtel de Maliverny. On la retrouve également dans les chutes et guirlandes, qui constituent
1 Cette console appartient à M1|c d’Aubergne.
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les côtés du cadre à vigoureuses moulures Louis XIV. Cet important ensemble est d’une dorure chaude et dans un très bel état de conservation ; c’est un modèle unique en son genre. Fort belle est également, celle du miroir Louis XIV, qui se trouve dans le grand salon du baron Guillibert ; d’une forme moins particulière que les glaces précédentes (c’est le classique miroir Louis XIV avec armes et écusson soutenus par deux amours formant dessus), mais le cadre en est admirablement fouillé ; c’est une véritable dentelle de bois doré, extrêmement intéressante et décorative. Des miroirs du XVIIe siècle du même genre plus ou moins riches d’ornements et plus ou moins grands se trouvent : chez Mmc Henriet, rue Roux Alphérand, dans l’hôtel de Montvallon, chez M. A. d’Estienne de St-Jean, à Violaine chez M. de Lânder, etc., etc. On voit que ces modèles de miroirs sont bien représentés encore dans notre cité. De très beaux miroirs de la régence s’y trouvent et s’y trouvaient surtout. Le plus remarquable que je connaisse appartient au comte de Lapeyrouse de Bonfils, mon beau-frère; il est difficile de trouver une oeuvre plus agréablement décorative. Toro y a sculpté des animaux, dragons et chimères absolument délicieux et la dorure de cette glace a un des plus beaux tons chauds et vermeils qu’il soit possible de voir. Je signalerai de cette belle époque et de ce maître, l’ancien miroir qui se trouvait autrefois au château de St-Antonin; il est actuellement à Paris dans le petit hôtel de Gournay, rue de la Faisanderie. De beaux miroirs de la même époque, remarquables surtout par leur mouvement, se trouvent au château de Fonscolombe (au marquis de Saporta).
Passons maintenant aux glaces et trumeaux du XVIIIe siècle également bien représentés à Aix et dans ses environs. Nous en trouvons de fort intéressants spécimens des époques Régence et Louis XV dans l’hôtel de Saporta à Aix, à l’hôtel de St-Marc, dans les hôtels de Carondelet, de Simiane, d’Isoard Vauvenargues, de Gantelmi Dille et d’Arlatan faisant partie de la boiserie et décoration originale des salons de ces belles demeures, je signalerai particulièrement celles de l’hôtel d’Arlatan, celles de l’hôtel de Carondel et celles de l’hôtel d’Isoard Vauvenargues et celles de l’hôtel de Sallier.
Enfin de l’époque de Louis XVI, nous citerons celles de M. A. Bouteille, de M. Exel (transition), de Mademoiselle de Régusse (Bastide St-Joseph), celles décorant la villa du baron de Fonscolombe, l’hôtel St-Marc, le château de Fonscolombe et le fameux salon de la Pioline (ce sont toutes des glaces classiques, d’une très belle dorure). Comme miroirs de cette époque offrant des caractéristiques spéciales nous ne pouvons enfin passer sous silence, ceux décorant, une chambre du deuxième étage du château de Fonscolombe, le boudoir de la marquise d’Espagnet et le salon des tapisseries Louis XVI du Pavillon de Vendôme, ce sont des modèles rares.
Cadres de tableaux. — Nous avons déjà parlé de ceux qui sont la gloire de notre musée1. Deux cadres d’une importance, peut-être encore plus grande, se trouvaient dans deux hôtels d’Aix : exécutés sous Louis XV, par le même génial sculpteur, ils se ressemblaient beaucoup, soit par les détails de leur ornementation, soit par la splendeur et le bel état de leur magnifique dorure; ils ont eu des destinées différentes. Le plus grand encadrait le portrait d’un parlementaire (assez médiocre du reste) de la famille d’Albertas. Il a été acheté, il y a quelques années dix mille francs par un antiquaire et Dieu sait où il peut être maintenant. Nous possédons encore heureusement son frère cadet un peu moins grand mais fort considérable aussi. Cet admirable cadre met en valeur une bonne toile du peintre
* Le fameux cadre aux attributs de chasse de la du Sébastien Bourdon (la Halte), du Beretini (Martyre toilette de Diane. Celui de la Grotte de Rubens, du de St-Maximin) enfin de deux cadres Louis XV (salle Peter Næf, du Vinci, du Gérard Dow, de l'Holbein, Bourguignon.
Pl. XV
Musée d’Aix
Cadre en bois sculpté et doré du XVIIe siècle
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(Bernard) représentant un des membres de la famille de Ranché; c’est le mari de la belle comtesse peinte par Nattiers qui lui fait face dans le salon du baron Guillibert. Toile et surtout cadre, eurent le plus grand succès à la rétrospective de l’Exposition coloniale de Marseille, et, pour ma part, je crois qu’il doit être difficile de trouver un plus superbe bois doré de cette époque.
De beaux caexistent encore très chez le baron Guilli- Boisgelin, le marquis tesse de Vogué, le M. P. Arbaud, mont. Nous consatrès particulière, à les beaux Daret, apquise d’Espagnet. Ils d’une grande finesse, d’exécution et d’une vermeille absolu- Ceux des trois poravons cités au chacarrés avec un encaovale extrêmement thèque Méjannes a je signale tout partiportrait de Duvair d’un rare et particu- Je signalerai tion de cadres et de ment qui se trouve dôme. Je crois y rares et presque employés au XVIIe et ont tous de belles en effet extrêmement collectionnés avec
années.
Il y en eut, autrefois râlement encadrant encore intacts, dans aujourd’hui, car la mode
Hôtel d’Arlatan Glace bois doré et gypseries (XVIII* siècle)
dres moyens et petits nombreux à Aix :
bert, la marquise de de Saporta, la combaron de St-Marc, M. Sallier, M. Vercrerons une mention, ceux qui encadrent partenant à la marsont à coquilles d’une rare habileté dorure chaude et ment inimitable, traits, que nous pitre peinture, sont drement intérieur séduisant. La bibliode fort beaux cadres, culièrement celui du par Finsonius, il est lier intérêt, également la collée baguettes d’encadreau Pavillon de Venavoir réuni des types tous les modèles XVIIIe siècles. Ils dorures, j’en suis épris et je les ai passion depuis des
ci' encadrement de tapisseries ( écussons d’angles). — dans la plupart des salons du XVIIIe siècle, génédes panneaux de damas, dont quelques uns sont certains hôtels d’Aix. On les compte naturellement aidant avec la manie qu’on a toujours eu de sacrifier au goût du jour, presque tous ces salons on été dépouillés de ces baguettes ; reléguées dans des greniers, elles ont fait la joie des antiquaires et des amateurs qui ont pu les y retrouver. J’en ai vu passer en vente publique ces dernières années et obtenir de très gros prix ; car, ces baguettes sont aussi recherchées aujourd’hui qu’elles furent dédaignées aux époques de mauvais goût. On s’en sert surtout maintenant pour faire des cadres, pour les estampes du XVIIIe siècle; parmi ces baguettes j’en ai vu d’admirables provenant des greniers de l’hôtel d’Estienne de St-Jean, se vendre il y a quelques années,
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un prix considérable. Il est vrai quelles étaient de ce modèle à volute rarement exécuté sous Louis XVI et dont j’ai parlé au chapitre ferronnerie, en étudiant la rampe de l’hôtel de Lagoy. Elles avaient également une dorure intacte, malgré leur séjour dans les greniers en question.
Parmi celles de l’époque de Louis XV, que nous connaissons, nous signalerons particulièrement : celles du salon de M. Montagne, rue Villeverte; celles qui décorent les salons et galeries Fonscolombe, qui sons d’angle et effet. Signalons égaencadrent les dat e 1 de Beaulieu de Moncîar, rue habité actuellement les plus fines du rubans et perles Vendôme et au colombe.
Lustres. — • furent généraleles églises ; on en dorés et sculptés, signalé les plus intéconnaissance au me (salle à man- M. E. Ducros (stutrouver en bon recherchés actuelleque l’on a d’y met-
Appliques,ou
On en fit pour les églises et pour les hôtels particuliers, surtout au XVIIe siècle, j’en possède plusieurs, ces deux paires sculptées et dorées par B. Toro qui figurèrent avec honneur à l’exposition rétrospective de la Coloniale de Marseille; elles représentent des dragons à grandes ailes éployées de chauve-souris et dont les trois têtes peuvent soutenir des bougies. Il est difficile de trouver des modèles plus intéressants. Ce type de dragons est très recherché et assez fréquent dans le dessin des gypseries boiseries Régence et les illustrations de beaux livres de ce temps ( Eisen-Picart-Ope hord Laine).
Appliques à écussons de glace réflecteurs. — On s’en servait beaucoup sous Louis XVI, Louis XV, et l’on éclairait les appartements avec ce genre d’appliques à cadres de glaces en bois doré et à support de fer forgé, dorés ou peints. D’autres avaient des glaces de Venise où l’on avait gravé d’élégants motifs de décoration; très employés en Italie, ils le furent en France et en Provence très particulièrement.
Nous signalerons à nos lecteurs ceux de M. L. Jourdan (hôtel de Coriolis, grand salon) et ceux qui m’appartiennent (salle à manger, pavillon de Vendôme), véritables chefsd’œuvre de sculpture et de dorure (voir la reproduction).
Lanternes. — On en fit en bois doré de fort belles soit pour éclairer la poupe des
h - -W’... . >rr.'
Bibliothèque Méjannes
Cadre bois sculpté et doré du portrait de Duvair par Finsonius
du château de ont leurs écusfont le plus bel lement celles qui mas rouge de l’hô- (Oléon) et de l’hôtel Roux Alphérand par M. A. Bouteille; style Louis XVI à sont au pavillon de château de Fons-
Les lustres en bois ment exécutés pour fit de richement Nous avons déjà ressants à notre pavillon de Vendôger), hôtel de dio). Il est rare d’en état. Ils sont très ment, vu la facilité tre l’électricité.
bras de lumière. —
Pl. XVI
Pavillon de Vendôme
Bois sculptés et dorés des XVIIe et XVIIIe siècles décorant l’atelier de J. -B. Van Loo
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galères, soit pour les églises et particulièrement les chapelles des Bourras (pénitents). Je possède une de ces lanternes dans le hall du pavillon de Vendôme, elles sont devenues fort rares et sont très recherchées.
Socles et culots. — Pour ces supports de vases de faiences ou de portes lumières l’imagination des tailleurs et doreurs de bois se donna libre carrière au XVIIe et XVIIIe siècles, et quelques-uns créèrent de véritables petits chefs-d’œuvre d'art décoratif. Ces remarquables socles sont presque introuvables maintenant. Les plus beaux que nous connaissions, sont dans le petit salon de l’hôtel de St-Marc à St-Hyppolyte, chez M. d'Authuile chez M. A. d’Estienne ; j’en possède également plusieurs.
Pendules , porte-montres. - — Elle furent rarement exécutées et généralement comme chefs-d’œuvre d’ouvriers d’art, concourant pour la maîtrise. Je possède ainsi une très belle pendule Louis XVI évidemment d’un modèle unique ; on y retrouve sous une superbe dorure, le rare mouvement à volute et grecques dont nous avons parlé plus haut. Les porte-montres sont moins rares, j’en connais un absolument admirable appartenant à mon ami M. G. Uslaub, remarquable collectionneur marseillais; j’en ai recueilli plusieurs mais de beaucoup moindre importance.
Cadres de Christ, porte-reliques , flambeaux
d'églises. — Nous terminerons enfin cet important chapitre, en disant un mot jets d’art religieux ou s’exergrands artistes sculpteurs XVIIIe siècles.
D’admirables cadres exécutés à Aix. Beaucoup
Lustre bois doré ( Collection Dobler)
sur ces catégories d’obcèrent même les plus et doreurs au XVIIe et
de Christ furent surtout ornent les alcôves des
Applique bois sculpté et doré de B. Toro (Collection Dobler)
chambres de nos anciens hôtels. Beaucoup aussi nous ont été enlevés par des ventes malencontreuses ou séparés de leurs ivoires. Il y a là de très intéressants spécimens de décoration. On ne saurait trop conserver ceux qu’on possède et recueillir, enlever aux outrages des rues, ceux qui ont eu de tristes aventures. Nous recommandons à nos lecteurs celui actuellement en dépôt chez M. Vita, orfèvre, j’en dirai autant des porte-reliques qui servaient autrefois d’ostensoirs dans les églises de campagne. Plusieurs absolument admirables ont été sacrifiés aux époques de mauvais goût, enlevés des vieux autels et remplacés par de l’affreux St-Sulpice. Il faut les recueillir quand on le peut, j’en connais d’un travail délicieux qu’on ne se lasse pas d’admirer. M. Paul Arbaud en possède deux sur bois doré et peint avec les armes d’un évêque, un troisième de tout premier ordre avec figure de bois dorée de la plus remarquable patine. Signalons également les ex-voto du XVIIIe siècle; on en trouve souvent chez les antiquaires Aixois.
Flambeaux. — Les flambeaux d’églises furent également fort beaux aux époques dont nous parlons et ont subi le même sort trop souvent que les porte-reliques. Remplacés par de beaux flambeaux d’argent modernes, ils ont traînés sur bien des places publiques ces dernières années surtout. Pourquoi ne pas receuillir ceux qui en valent la peine. Il est
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si facile d’en faire de beaux pieds de lampe et de les utiliser avec la lumière électrique. J’en possède quelques uns. Les plus beaux que je connaisse sont à Marseille chez mon ami le remarquable collectionneur qu’est le comte de Demandolx-Dedons. Ils proviennent d’une des plus vieilles églises d'Aix, et méritent la place d’honneur qu’il leur a donné dans ses salons si richement décorés et meublés avec tant de goût dans son hôtel de la rue Sylvabeîîe à Marseille.
Applique bois doré à bras de l’union ( Collection Dohler)
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Hôtel à’Albertas. — - Décoration d’alcôve du boudoir